Coronavirus : pourquoi les résultats des tests sérologiques sont à prendre avec précaution

Les autorités de santé n'ont pas développé massivement les tests sérologiques à ce stade, car ils ne sont pas jugés assez fiables pour le moment.

Article rédigé par
Manon Mella - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un médecin effectue un prélèvement sur un personnel de santé en vue de réaliser un test sérologique, à Châteauroux (Indre), le 18 avril 2020. (THIERRY ROULLIAUD / MAXPPP)

"Testez-vous contre le Covid-19." Ces annonces publicitaires concernant des tests sérologiques fleurissent sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Ces outils de dépistage rapide disent permettre "en 15 minutes" de savoir si une personne a été infectée par le virus Sars-Cov-2. Pourtant, si "des tests de sérologie sont disponibles dans certains laboratoires", ils "ont parfois montré des limites préoccupantes", a prévenu le Premier ministre Edouard Philippe, mardi 21 avril. La Cellule Vrai du faux de franceinfo vous explique pourquoi.

Parce que les tests de dépistage rapide ne sont pas encore homologués

Les publicités promouvant les tests sérologiques annoncent parfois une fiabilité de "94%". Mais, ces dépistages ne permettent pas de dire si une personne testée est atteinte par le Covid-19. Le test permet potentiellement d'indiquer si le patient a déjà eu le virus. La Haute autorité de santé (HAS) a prévenu, le 16 avril, que "l’interprétation des résultats des tests unitaires peut s’avérer problématique et génératrice d’un grand nombre de faux positifs ou de faux négatifs". L'autorité sanitaire prévient également que "les données restent à ce jour insuffisantes pour définir précisément la place de ces tests dans la stratégie de prise en charge du Covid-19". Edouard Philippe a expliqué, mardi, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, que "lorsque vous avez 40% d’échec dans la lecture d’un test, concevoir une politique de santé publique avec ce niveau d’incertitude, c’est une très mauvaise idée".

Afin de clarifier et encadrer certains points, la Haute autorité de santé a mis à disposition un cahier des charges qui détaille les critères de qualité et d’exigence concernant l’ensemble des tests sérologiques. Elle recommande que les tests sérologiques soient "préalablement évalués par le Centre national de référence (CNR) des virus des infections respiratoires avant tout achat/utilisation". Pour cela, les fabricants doivent remplir un formulaire destiné au Centre national de référence de l’Institut Pasteur qui se charge d’évaluer la performance du test en question. Les résultats seront ensuite "transmis systématiquement au ministère des Solidarités et de la santé et à Santé publique France", puis "publiés sur le site de la Société française de microbiologie, site de référence pour les biologistes médicaux". Pour le moment, les tests sérologiques sont encore en cours d’évaluation par le CNR. Ceux qui seront validés "pourront être pratiqués dans la majorité des laboratoires d'analyse médicale", indique l'Académie nationale de médecine, vendredi 10 avril.

Parce qu'un test positif ne veut pas dire que la personne est immunisée

A l'heure actuelle, "beaucoup de scientifiques disent l’incertitude réelle de savoir si la présence d’anticorps détermine l’immunité", a expliqué Edouard Philippe, mardi après-midi devant les députés. Un test positif ne signifie pas que la personne est définitivement immunisée contre le virus. Il serait donc dangereux de ne plus respecter les gestes barrières. Développer des anticorps ne protège pas contre une nouvelle infection, explique la Haute autorité de santé : "Pour que l’immunisation soit protectrice, il faut notamment que l’organisme produise des titres importants d’anticorps empêchant l’action du virus (...) sur une longue période afin de pouvoir garantir une protection durable."

Edouard Philippe a également évoqué d'autres questions auxquelles la science n'a pas encore trouvé de réponses : "Dans quelle mesure la présence d’anticorps ne serait pas un facilitateur plutôt qu’un bloquant ?" Ce n'est pas la seule question en suspens. "Tant qu'on n'a pas répondu à ces questions (...) considérer qu'il faille s'appuyer massivement sur les tests sérologiques serait anticiper une situation qui risque de ne pas coller à la réalité", a prévenu le ministre de la Santé Olivier Véran, dimanche 19 avril.

Parce que le test peut être négatif pour une personne qui a été contaminée

Un test effectué avant l'apparition des anticorps peut s’avérer négatif même si la personne a été contaminée. La Haute autorité de santé précise qu’en général les anticorps chez les patients symptomatiques sont détectables "à partir de la deuxième semaine suivant l’apparition des symptômes". Des cas ont aussi été rapportés avec des productions d’anticorps plus tardives, "au-delà du quinzième jour après l’apparition des symptômes, et jusqu’à 30 jours après infection", notamment chez des patients asymptomatiques, précise la HAS.

En effet, le professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique sur le Covid-19, avait déjà expliqué que chez les sujets asymptomatiques les anticorps ne "pourraient apparaître que 28 jours après la contamination initiale". Pour ces raisons, plusieurs études scientifiques préconisent plutôt d’associer la technique de dépistage virologique réalisée par un prélèvement dans le nez avec un test sérologique. La première technique permet de savoir si le patient est contagieux, tandis que la seconde permet de savoir si des anticorps ont été développés.

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