Coronavirus : "N'accouchez pas chez vous, nous ne pourrons pas être près de vous", prévient le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes

Avec les mesures de précaution liées au coronavirus, les conjoints ne peuvent en général plus accompagner les femmes en salle d'accouchement dans les maternités. Beaucoup décident donc d'accoucher chez elles, d'où cette mise en garde de l'Ordre des sages-femmes.

Une sage-femme prend soin d\'un nouveau-né (illustration).
Une sage-femme prend soin d'un nouveau-né (illustration). (SEBASTIAN GOLLNOW / DPA)

Les conditions d’accouchements en cette période de confinement dû à l'épidémie de coronavirus sont compliquées : les conjoints ne sont plus acceptés dans les maternités et certaines femmes préfèrent accoucher chez elles plutôt que de se passer d'eux. "N'accouchez pas chez vous en ce moment, les sages-femmes libérales ne pourront pas être près de vous", a alerté mercredi 25 mars sur franceinfo Marianne Benoit-Truong Canh, vice-présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes (CNOSF).

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franceinfo : Les conjoints peuvent-ils assister à l'accouchement ?

Marianne Benoit-Truong Canh : Cela va dépendre des maternités. Aujourd'hui, à peu près partout en France, les conjoints sont exclus des consultations, des échographies et des suites de couche. Pour ce qui est de la salle de naissance, cela va dépendre de l'organisation des maternités et de la capacité qu'elles ont à mettre en œuvre la présence du conjoint ou pas. Cela déclenche une vague de panique chez les femmes à terme ou qui vont bientôt accoucher. Cela peut être angoissant, mais nous sommes là pour les rassurer.

On entend un peu partout en France des patientes qui disent qu'elles vont rester chez elles pour accoucher à la maison parce qu'elles n'imaginent pas être privées de leur conjoint. On voudrait vraiment lancer un appel : n'accouchez pas chez vous en ce moment, les sages-femmes libérales ne pourront pas être près de vous, les familles ne pourront pas répondre à vos attentes si la situation se passe mal. Le virus ne touche pas le nouveau-né, il ne meurt pas du Covid-19, il ne faudrait pas qu'ils meurent d'autre chose. Donc, allez dans les maternités.

Les femmes qui accouchent en ce moment restent-elles longtemps à l'hôpital ?

Elles doivent rester le moins possible à l'hôpital pour éviter au maximum de se faire contaminer. Dans les zones très tendues, comme à Mulhouse, elles restent entre 6 heures et 24 heures à l'hôpital. Dans d'autres zones, on est entre un et trois jours. Les sages-femmes libérales, c'est leur job d'aller voir les femmes à la maison. Elles travaillent pour ça, elles sont prêtes à ça. Tout ce qu'on demande c'est de leur donner des masques, il faut les protéger. Les masques sont en train d'arriver, mais il faut plus de six masques par semaines.

Craignez-vous que les suites d'accouchements soient moins surveillées ?

Non, parce que j'ai toute confiance en mes collègues. Le gouvernement a aussi mis en place la téléconsultation pour les sages-femmes, pris en charge par l'Assurance maladie. Donc vous pouvez consulter votre sage-femme en téléconsultation pour toutes les problématiques que vous pouvez avoir pendant la grossesse et aussi dans les suites de couche. C'est extrêmement protecteur pour les femmes, les nouveau-nés et les soignants.

Cette période est-elle problématique pour les IVG ?

On s'inquiète vraiment des délais. Aujourd'hui, une IVG c'est 12 semaines de grossesse. Or, les rendez-vous de gynécologie ont été annulés, on fait vraiment de la prévention Covid. Donc, on s'inquiète que les femmes qui veulent faire des IVG ne puissent pas les faire dans les délais. Le Conseil de l'ordre se positionne pour demander au gouvernement un allongement exceptionnel de 15 jours du délai le temps de la crise.