Coronavirus : les députés communistes veulent créer une commission d'enquête sur la gestion de la crise sanitaire pour "penser à l'avenir"

"Je ne voudrais pas qu'au final, on exonère le gouvernement de toutes ses responsabilités", estime André Chassaigne, député PCF du Puy-de-Dôme.

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Radio France
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André Chassaigne, président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale, veut créer une commission d'enquête sur les dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de la crise du coronavirus. (JEAN-FRANÇOIS ACHILLI / FRANCE-INFO)

Les députés communistes ont décidé, mardi 7 avril, de créer une commission d'enquête sur les dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de la crise du coronavirus. "Notre objectif n'est pas de remettre en cause l'action du gouvernement, c'est surtout de penser à l'avenir", a expliqué sur franceinfo André Chassaigne, député PCF du Puy-de-Dôme et président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale.

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"Je ne voudrais pas qu'au final, on exonère le gouvernement de toutes ses responsabilités", précise le député. Il craint que demain, face à une autre pandémie, "on ne puisse pas répondre de façon différente". André Chassaigne attend des réponses sur les dysfonctionnements concernant "le moment où le confinement a été décidé", les masques, les tests ou la chloroquine.

franceinfo : Quel est l'objectif de cette commission d'enquête ?

André Chassaigne : Il faut savoir qu'avant de prendre cette décision, nous avons beaucoup réfléchi, hésité, parce que nous sommes très engagés, très impliqués dans la lutte contre la pandémie. Est-ce que c'était le moment de poser ces questions-là sur les dysfonctionnements dans la gestion sanitaire de la crise? Nous avons quand même pensé que oui. Parce qu'aujourd'hui, on a fait un état des lieux. On a commencé à travailler, notamment dans l'exposé des motifs de cette proposition de résolution pour une commission d'enquête, et on découvre une succession de dysfonctionnements sur lesquels il faudra bien faire la lumière. Et on pense qu'aujourd'hui, la mission d'information qui est mise en place à l'Assemblée nationale ne sera pas à même de répondre à ces questions.

Votre collègue Sébastien Jumel parle d'une mission d'enfumage. C'est votre avis aussi ?

On a quand même des précédents. On a vu comment s'est passée la commission d'enquête à l'occasion de l'affaire Benalla. C'est le Sénat, dans cette commission d'enquête, qui a relevé le niveau d'investigation. Et on craint que cette mission d'information mise en place à l'Assemblée nationale, qui est chapeautée par la majorité avec des co-rapporteurs qui sont quasiment tous de la majorité, n'aille pas au fond des choses. Donc, on a pensé que oui, il fallait poser véritablement ces questions dès aujourd'hui sur les dysfonctionnements constatés.

De quels dysfonctionnement parlez-vous ?

Ça part d'abord des mises en garde constantes qu'on a retrouvées : des mises en garde de l'OMS, de la Banque mondiale, y compris sur des orientations qui avaient pu être définies au niveau de notre pays. Et on se rend compte que toutes ces alertes-là n'ont jamais été prises au sérieux. Et non seulement ça n'a pas été pris au sérieux, mais il y a eu en France la dégradation continue du système de santé publique, des réductions de moyens. Ne serait-ce que sur l'année 2020, cinq milliards d'euros ont été supprimés au budget de la Santé dans la loi de finances de la Sécurité sociale.

(Sur la crise du coronavirus), il y a la question qu'on peut se poser sur le moment où le confinement a été décidé. Il faut qu'on se pose la question, pourquoi, alors qu'il y avait des signes qui étaient très forts, cette décision n'a pas été prise plus tôt. Il y a eu surtout les tests. Ces tests qui en fait, contrairement à d'autres pays où cela a été réalisé massivement, en France, le nombre de tests réalisés chaque jour n'a pas évolué pendant plusieurs semaines, même si aujourd'hui, on affirme qu'on va aller au-delà. Il y a la question des masques, où à un moment on dit, ce n'est pas nécessaire d'avoir des masques. On se moque quasiment de ceux qui portent les masques. Ensuite, on modifie le point de vue et au regard de la pénurie des masques, on dit qu'il faut fabriquer des masques à la maison. Il y a l'histoire aussi de la chloroquine, ce feuilleton qui montre aussi le dysfonctionnement dans la chaîne de décision.

Est-ce que vous craignez que la majorité vous refuse le droit de créer cette commission d'enquête ?

Bien évidemment. On a déjà un précédent avec le droit de tirage du groupe socialiste pour une commission d'enquête sur les retraites qui a été évacuée par la commission des affaires sociales. Ceci étant dit, ça va être délicat parce qu'aujourd'hui, on a une mission d'information parlementaire qui n'est pas une commission d'enquête. Nous avons droit, à chaque session, à avoir le droit de tirage, c'est à dire qu'on puisse être à l'initiative d'une commission d'enquête. Je ne vois pas comme la majorité actuelle pourrait refuser la mise en place de cette commission d'enquête. Ou alors, ça serait le signe qu'il y a des choses à cacher.

Est-ce que c'est le moment de créer ce genre de commission ? Est-ce qu'il ne faut pas mettre au premier plan la crise sanitaire ?

Evidemment on est très impliqué, très engagé dans la lutte contre la pandémie, que ce soit au niveau national, ou au niveau de nos circonscriptions, de nos départements respectifs. Je ne veux pas dire qu'on est exemplaire, mais je pense bien franchement qu'on est à bloc par rapport à ça. Il n'y a pas d'ambiguïté. Ceci étant dit, le Parlement a un rôle de contrôle de la politique gouvernementale. Il est bien évident que cette commission d'enquête, si nous la mettons en route, va commencer à travailler vraisemblablement à la sortie de la crise. Mais on aura au moins la certitude que les problèmes de fond, sur les dysfonctionnements, seront étudiés. Parce que je doute aujourd'hui, compte tenu de l'orientation qui est prise par la mission d'information, qu'on aille au fond des problèmes. Et je ne voudrais pas qu'au final, on exonère le gouvernement de toutes ses responsabilités et surtout, qu'on ne soit pas à même de prévoir l'avenir et de faire en sorte que demain, s'il y a une nouvelle pandémie, on ne puisse pas répondre de façon différente. Parce que notre objectif à nous n'est pas de prioritairement remettre en cause l'action du gouvernement, c'est surtout de penser à l'avenir. C'est ça qui est important.

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