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Coronavirus : "Les agriculteurs sont au travail", mais la situation est "très diverse selon les productions" affirme la présidente de la FNSEA

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Selon Christiane Lambert, les viticulteurs, les horticulteurs et les fermes équestres sont les secteurs qui souffrent le plus du confinement.

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Radio France
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Avec l'épidémie de Covid-19 de nombreux Français se font livrer des fruits et légumes à domicile, sans intermédiaire comme ici dans le Puy-de-Dôme. (THIERRY ZOCCOLAN / AFP)

Emmanuel Macron était dans le Finistère mercredi 22 avril, où il a visité une exploitation agricole, avant de poursuivre dans un supermarché. Le chef de l'Etat est allé "remercier les salariés qui permettent de nourrir le pays". "Les agriculteurs sont au travail", a assuré sur franceinfo Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, premier syndicat agricole.

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"Il a fallu s'adapter", souligne Christiane Lambert, mais "certains agriculteurs sont plus touchés", comme les viticulteurs ou les horticulteurs. "C'est très divers selon les productions." La présidente de la FNSEA souligne que les Français "se sont rendus compte que l'alimentation était le premier besoin" et ont pu voir, en allant "chez les producteurs les fruits et les légumes", de la réalité de leur travail. 

franceinfo : Quel est l'état d'esprit des agriculteurs ? 

Christiane Lambert : Les agriculteurs sont au travail. Il n'y a pas eu du tout de confinement professionnel, parce que c'est le printemps, il y a beaucoup de travail. En plus, comme les Français ont changé de mode d'alimentation, il a fallu s'adapter pour produire et livrer en temps et en heure et ne pas rompre la chaîne alimentaire. Certains agriculteurs, par contre, sont très touchés. Les horticulteurs ne vendent plus rien. Les viticulteurs, il n'y a plus de salons, plus de restaurants, donc la consommation a fortement baissé. Les fermes équestres, il n'y a plus de public, donc plus personne n'est accueilli. C'est très divers selon les productions.  

Quelles sont les revendications des agriculteurs ?

La première attente est que les promesses du président de la République, la souveraineté alimentaire retrouvée, soit une réalité, que cela se concrétise. Depuis de très nombreuses années, nous avons regretté que dans les grandes surfaces notamment, les prix des produits soient toujours tirés vers le bas. Ce qui a amené à beaucoup d'importations. Savez-vous, par exemple, que nous importons 55% des fraises que nous consommons ? Et donc, c'est le prix des fraises espagnoles, qui est le prix directeur, qui tire les prix vers le bas. Ce que nous attendons, c'est que la loi alimentation qui a été votée il y a deux ans, soit vraiment mise en œuvre pour avoir des revenus et des prix rémunérateurs pour les producteurs et de l'attractivité. Si on veut de la souveraineté alimentaire, c'est à dire produire notre alimentation, ils faut que ce soit rentable aussi pour les agriculteurs.  

Si les prix augmentent, qui en profite ? 

Ça dépend. Aujourd'hui, pour les fraises, pour les asperges, ça va dans la poche des producteurs. Ils vendent leurs asperges et leur fraises avec un prix rémunérateur pour les producteurs. C'est bien. C'est moins le cas aujourd'hui pour les producteurs de viande. C'est plus difficile pour les producteurs de lait parce qu'il y a un changement énorme de consommation. Les Français ne mangent plus de fromage à la coupe, ils mangent des yaourts, du lait. Et donc ça a changé la valorisation des produits. Donc, tous les agriculteurs ne retrouvent pas les centimes en plus dans leur portefeuille.  

Quelle est la leçon de cette crise pour les Français ? 

Beaucoup se sont rendus compte que l'alimentation était le premier besoin. Le président de la République lui-même a dit "se soigner, se nourrir et travailler". Se nourrir, c'est très important. La bonne santé fait aussi qu'on résiste mieux au Covid-19. L'alimentation a été longtemps banalisée. Tout le monde pensait qu'on aurait toujours largement mangé, qu'on pouvait aller chercher tout en Chine, en Amérique du Sud, au Canada, partout. Aujourd'hui, nous sommes en capacité de fournir tous les besoins en blé, en farine, en lait. Nous sommes déficitaires sur un certain nombre de produits, dont les fruits. Nous avons augmenté nos importations de 50% sur les dix dernières années parce que les prix moins chers sont ailleurs qu'en France. En France, nous avons des prix plus élevés parce que nous avons des coûts sociaux plus importants et des coûts sanitaires et environnementaux plus importants. Mais cela permet de faire vivre des milliers d'emplois et de faire travailler les Français. Cette souveraineté alimentaire, si c'est l'objectif de la France, ça veut dire aussi qu'il faut qu'il y ait une pédagogie de l'alimentation, expliquer pourquoi bien manger est plus cher. Et les Français qui sont allés acheter chez les producteurs de fruits et de légumes ont vu aussi que, pour gagner leur vie, les agriculteurs travaillent de 5h du matin à 22h, et préparent leur camion pour le lendemain matin. Et bien leur travail a un prix.

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