Coronavirus : le variant anglais "prend de plus en plus de force", alerte le docteur Rémi Salomon de l'AP-HP

L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a mené une enquête sur 1 000 malades du coronavirus. Le variant venu d'Angleterre représente 10% des prélèvements, "c'est beaucoup", s'inquiète le médecin.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Dans le service de soins intensifs réservé aux malades du Covid-19 de lhôpital Tenon, à Paris, le mardi 26 janvier 2021. (ALAIN JOCARD / AFP)

"Là manifestement c'est le virus qui prend le dessus", s'inquiète mercredi 27 janvier sur franceinfo Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris). Une enquête menée auprès de patients de l'AP-HP montre que le variant anglais "prend de plus en plus de force et fait craindre une montée plus rapide dans les jours et les semaines qui viennent". Pour le docteur Rémi Salomon, il ne faut pas attendre les résultats d'une prochaine étude flash, qui doivent arriver dans 10 jours, pour renforcer les mesures sanitaires de manière significatives.

franceinfo : Que dit l'étude menée dans les établissements de l'AP-HP sur la circulation du variant britannique ?

Rémi Salomon : C'est un coup de sonde qui concerne quand même huit prélèvements en région parisienne, plus de 1 000 prélèvements ont été analysés. C'est vrai qu'on a une proportion de variant qui monte assez vite, plus vite qu'on pouvait le craindre, avec environ 10% de variant anglais sur l'ensemble des prélèvements examinés, c'est beaucoup. On pourrait être vraiment à un tournant finalement, avec une montée qui pourrait devenir exponentielle dans les prochains jours. C'est vrai que compte tenu de la situation dans les hôpitaux, là, je parle des hôpitaux parisiens, on a des services qui sont déjà avec une activité très, très, très soutenue.

"Finalement, la deuxième vague n'est pas réellement sortie. On est resté sur un plateau, un plateau qui a plutôt tendance à monter."

Rémi Salomon

à franceinfo

C'est vrai que ce n'est pas la flambée qu'on pouvait craindre après les fêtes de fin d'année. Mais c'est par contre une montée sur un plateau qui est déjà très élevé. Et ce variant anglais qui prend de plus en plus de force et qui nous fait craindre une montée pour le coup plus rapide dans les jours et les semaines qui viennent.

À vous entendre, c'est une question de jours pour prendre de nouvelles mesures ?

La dernière enquête flash remonte au 7-8 janvier, une autre a lieu cette semaine mais il faut une dizaine de jours pour avoir les résultats. Dix jours, ça nous semble beaucoup, je pense que quelques jours seraient raisonnables. D'ici la fin de la semaine, on peut effectivement se dire qu'on attend de voir si deux semaines de couvre-feu permettent d'inverser la tendance. On n'a pas l'impression que ça se passe comme ça. Avec la vitesse d'arrivée du variant anglais, on se dit que là manifestement c'est le virus qui prend le dessus malgré les mesures, on est quand même avec des mesures importantes contrairement à la deuxième vague où les restaurants étaient ouverts au moment où on a commencé à confiner. Là, c'est vrai qu'on est dans une situation où on se dit qu'il va falloir aller un cran au-dessus dans les distanciations et un cran assez significatif si je puis dire.

L'exécutif veut apparemment être sûr et avoir des chiffres qui font qu'on ne pourra plus faire autrement que reconfiner ? D'après vous, on ne peut plus attendre ?

Je comprends que la décision soit extrêmement compliquée à prendre, ce n'est pas à moi de vous dire laquelle. Le politique doit tenir compte de tout. Moi, mon rôle en tant que soignant c'est de lui dire que la situation dans les hôpitaux est déjà extrêmement compliquée. Les personnels sont épuisés. Je sors d'un service de gériatrie où j'ai pu le constater en discutant directement avec les personnels qui sont déjà très fatigués et l'idée que le nombre de patients Covid va augmenter significativement dans les jours qui viennent les effraie, nous effraie tous. Donc, on ne sait pas comment on va faire.

"On va être obligés à nouveau de déprogrammer et donc on va avoir ce dilemme de savoir quels sont les patients qu'on ne prend pas, pour lesquels on retarde les soins, avec des conséquences également pour tous ces patients qui n'ont pas la Covid."

Rémi Salomon

à franceinfo

Mais retarder de plusieurs semaines, voire plus, c'est une perte de chances. Donc tout ça pour les soignants que nous sommes, c'est extrêmement inquiétant. Donc, mon rôle, c'est d'alerter sur une situation qui inquiète de plus en plus et toutes les données nouvelles qui arrivent ne font que renforcer cette inquiétude.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.