Coronavirus : la reprise d'une épidémie lente à l'automne est un scénario "probable" et qui sera "le plus difficile à repérer", estime un membre du Conseil scientifique

Recommencer "l'épreuve" du confinement serait "très difficile" pour les Français, estime Franck Chauvin. Un tel scénario n'est plus été envisagé, sauf de manière "limitée".

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Radio France
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Franck Chauvin, membre du Conseil scientifique, 14 novembre 2011. (YVES SALVAT / MAXPPP)

Franck Chauvin, membre du Conseil scientifique, a estimé ce vendredi sur franceinfo que l’épidémie de coronavirus "est maîtrisée" actuellement alors que quatre scénarii pour son évolution sont envisagés par les experts. Franck Chauvin a dit craindre non pas une explosion de l'épidémie de Covid-19 à l’automne, mais une lente dégradation des indicateurs. Un scénario "probable" mais "inquiétant" car il serait "le plus difficile à repérer". "Il faudra prendre des mesures extrêmement efficaces tout de suite, même si elles peuvent être limitées à certains groupes", a-t-il expliqué.

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Le confinement généralisé n'est plus dans vos scénarii ? 

Ça a été très rude, une épreuve à laquelle se sont soumis les Français avec beaucoup de discipline, il faut le reconnaître, mais recommencer une telle épreuve serait probablement très difficile pour les Français pour leur vie quotidienne, très difficile pour l'économie, très difficile pour tout le monde.  

L'épidémie s'essouffle, mais elle n’est pas pour autant terminée ? 

Non, bien sûr que non. Le virus circule beaucoup moins grâce au confinement. Et effectivement, il faut surveiller de très près ce qui se passe pour éviter la reprise d'une épidémie, la fameuse seconde vague dont on n'est pas sûrs d'ailleurs que ce sera une seconde vague. 

Il faut absolument tout faire pour éviter que se reproduise ce qui s'est passé, c'est-à-dire une épidémie qui recommence et qui n'est plus sous contrôle, qui obligerait à prendre des mesures de confinement extrêmement drastiques. 

Franck Chauvin, membre du Conseil scientifique

à franceinfo

Il faut éviter ça, c'est possible, à condition de se préparer dès maintenant. C'est pour ça qu'on a préparé plusieurs scénarii et proposé un plan qu'on a appelé un plan de prévention de protection renforcée Covid, de façon à pouvoir actionner des mesures dès lors que ça serait nécessaire.

Il y a quatre scénarii qui vont du premier, qui est un peu ce qu'on vit en ce moment, puis le dernier, c'est le stade critique, celui qu'il ne faut absolument pas atteindre ?

Oui, exactement. Donc, on a quatre scénarii dont on ne sait pas d'ailleurs comment ils pourraient s'enchaîner. On sait qu'on va rentrer dans le scénario 1. On n’y est pas tout à fait, puisqu'il faut attendre que tous les indicateurs se stabilisent. Ce n'est pas encore tout à fait le cas. Si on regarde les nouvelles hospitalisations en réanimation, elles sont très faibles, les nouvelles hospitalisations, elles sont faibles aussi et les nouveaux cas aussi. Donc, vraisemblablement, on rentre dans ce scénario 1. Je ne sais pas si c'est le meilleur des mondes, mais dans tous les cas, au point de vue épidémique, l'épidémie est maîtrisée. En revanche, il faut se préparer à la suite, c'est-à-dire qu'il faut que si jamais ça redémarre sous une des formes qu'on a décrites, à ce moment-là qu’on puisse actionner des mesures qui sont prêtes, acceptées par la population et faciles à mettre en œuvre.

Ça peut vouloir dire confiner uniquement une ville si on a un foyer très actif, comme à Mulhouse au début de l'épidémie ?

Exactement. Mulhouse, on peut le considérer dans ce qu'on a appelé un cluster critique, c'est-à-dire dont on sent qu'on n'arrive plus à le contrôler. On perd les chaînes de contamination. À ce moment-là, on peut avoir des mesures très localisées de confinement et faire jouer la solidarité. C'est-à-dire qu'à ce moment-là, il faut que tout le pays soit solidaire de cette zone qui voit repartir l'épidémie et pour laquelle on essaye de mettre en place des mesures de confinement et de maîtrise de l'épidémie.

Dans votre rapport, vous écrivez que vous redoutez à l'automne un troisième scénario dans lequel il n'y aurait pas une explosion de l'épidémie, mais une lente dégradation des indicateurs. Un scénario inquiétant ?

Oui, c'est inquiétant et c'est le scénario qui est probable et qui est le plus difficile. Il est le plus difficile non pas à maîtriser. Il est le plus difficile à repérer et il nous faudra à ce moment-là détecter très vite sur la base d'indicateurs extrêmement précoces, ceux qui sont en train de se mettre en place, la reprise de l'épidémie. À ce moment-là, il ne faudra pas attendre. Il faudra prendre des mesures extrêmement efficaces tout de suite, même si elles peuvent être limitées à certains groupes.

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