Coronavirus : la France est "prête" à lutter contre une éventuelle propagation de l'épidémie, selon le virologue Bruno Lina

Selon Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon et au Centre international de recherches en infectiologie, la France est "plutôt en ordre de marche" pour affronter une éventuelle épidémie de coronavirus.

Bruno Lina, le 21 octobre 2009, à Lyon.
Bruno Lina, le 21 octobre 2009, à Lyon. (PHILIPPON JOEL / MAXPPP)

Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon et au Centre international de recherches en infectiologie, estime que les hôpitaux français sont "plutôt en ordre de marche" et que la France est "prête" à lutter efficacement contre ce nouveau coronavirus venu de Chine, où près de 1 300 cas et 41 morts ont été recensés depuis décembre.

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En France, trois cas ont été confirmés, deux à Paris et un à Bordeaux, trois personnes ayant séjourné récemment en Chine. Elles ont été prises en charge par les hôpitaux, qui sont prêts à en accueillir d'autres, selon le spécialiste.

franceinfo : Diriez-vous comme la ministre de la Santé Agnès Buzyn que la France est prête à affronter un plus grand nombre de cas ?

Bruno Lina : Effectivement, on est plutôt en ordre de marche par rapport à la gestion des cas. Vous savez que depuis les émergences virales et bactériennes qu'on a pu avoir depuis 2003, toute une série d'organisations ont été mises en places de façon à ce que des hôpitaux soient équipés en chambres d'isolement, de façon à accueillir ces patients dans de bonnes conditions et permettre d'éviter de transmettre la maladie à d'autres personnes. Et puis, il y a un réseau de laboratoires qui présentent un certain nombre de caractéristiques communes, lui permettant de faire des analyses pratiquement en temps réel. Enfin, il y a tout l'acheminement qui est calé : le centre 15, les urgences et les circuits dans les hôpitaux. Donc on est prêts, oui. Et les hôpitaux de référence peuvent s'adapter : au CHU de Lyon, par exemple, on a la capacité de faire évoluer la structure de façon à bloquer une aile entière du service en zone à dépression.

Agnès Buzyn affirme qu'on va remonter jusqu'à toutes les personnes ayant croisé ces trois malades. Est-ce vraiment possible ?

C'est un travail fait par les épidémiologistes de Santé publique France, et c'est un travail qu'ils ont l'habitude de faire. Vous savez que quand on a des patients qui présentent des pathologies liées à des virus ou des bactéries graves, on fait cette démarche. Il est très important de le faire de façon à circonscrire cette épidémie. Là où nous avons probablement de la chance, mais cela reste encore à confirmer, c'est qu'on est infectieux que lorsqu'on est symptomatique, on sait que c'était le cas pour le Sras et pour d'autres coronavirus. Ce qui veut dire qu'une personne en incubation ne transmet probablement pas la maladie. Ce n'est qu'au moment où il est malade qu'il devient contaminant, et c'est plus facile de retrouver les gens sur cette période plus courte.

Est-ce qu'on peut guérir de ce coronavirus et comment ?

Il y a eu 1 300 cas et 41 décès : cela veut donc dire que 1 260 personnes ont guéri, ou vont guérir. Notre système immunitaire nous permet de guérir dans la grande majorité des cas de ces viroses respiratoires. Ce n'est pas toujours suffisant, puisqu'on voit qu'il y a des formes sévères et que quelques décès sont observés. Mais nous ne sommes pas tous égaux devant ce virus : les données préliminaires montrent actuellement que les enfants ne sont pas touchés. On a extrêmement peu, voire pas d'enfants et même de jeunes adultes de moins de 25 ans, puisqu'on n'a pratiquement pas de cas. Il y a beaucoup de formes simples de cette infection. Dans les cas de formes sévères, il s'agit de personnes présentant des pathologies chroniques, cardiaques, respiratoires, neurologiques, plus fragiles. Cela rejoint un petit peu ce que l'on observe avec la grippe. Ce sont ces personnes les plus fragiles qui risquent de faire des formes plus compliquées et éventuellement de mourir.