Coronavirus : la France "est dans une bonne trajectoire, mais ce serait irresponsable de crier victoire maintenant", estime le virologue Christian Bréchot

Pour l'ancien directeur de l’Inserm et de l’Institut Pasteur, "il faut vraiment être prudent" malgré l'évolution "favorable" de l'épidémie de Covid-19 en France.

Le virologue Christian Bréchot, président du Global Virus Network, ancien directeur de l’Inserm et de l’Institut Pasteur, le 14 septembre 2017 à Veyrier-du-Lac en Haute-Savoie.
Le virologue Christian Bréchot, président du Global Virus Network, ancien directeur de l’Inserm et de l’Institut Pasteur, le 14 septembre 2017 à Veyrier-du-Lac en Haute-Savoie. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

La France "est vraiment dans une bonne trajectoire, mais ce serait irresponsable de crier victoire dès maintenant", a déclaré vendredi 22 mai sur franceinfo le professeur Christian Bréchot, virologue, président du Global Virus Network, ancien directeur de l’Inserm et de l’Institut Pasteur. Même s'il n'est pas certain de l'arrivée d'une deuxième vague de l'épidémie de coronavirus dans l'hexagone, ce spécialiste appelle à la prudence car "les chiffres continuent de gonfler dans d'autres pays comme les Etats-Unis" et il y a eu une recrudescence dans le nord de la Chine.

franceinfo : La courbe du nombre de victimes de l'épidémie en France a clairement la forme d'une cloche. Est-ce que l'on peut dire que le virus est en voie de disparition en France ?

Je pense qu'il faut vraiment être prudent. On est dans une évolution qui est favorable et d'ailleurs cette évolution très favorable, on la voit dans de très nombreux pays et sur différents continents, c'est évidemment très positif. Mais enfin, il faut vraiment quand même être encore prudent parce que d'une part, vous avez d'autres pays où les chiffres continuent à augmenter, par exemple aux États-Unis. Alors, il ne faut pas qu'on raisonne uniquement en franco-français, parce que ce qui se passe autour de nous va évidemment avoir un impact sur le risque de seconde vague. Par ailleurs, au niveau français, on dépend d'événements qu'on ne maîtrise pas toujours. Le grand facteur qui pourrait malheureusement faire revenir une deuxième vague, ce serait des grands rassemblements, des personnes qui ne respecteraient pas les mesures de distance ou les lavages de mains, des mesures simples, mais qui doivent être mises en place. Et ça, c'est difficile à prédire. Donc, je dirais que on est vraiment dans une bonne trajectoire, mais que ce serait irresponsable, à mon avis, de crier victoire dès maintenant.

Il y a 15 jours, de nombreux spécialistes nous prédisaient une deuxième vague, ils se sont trompés ?

Personnellement, je préfère me tromper en essayant d'aider à ce qui il y ait une préparation pour qu'on puisse répondre à des difficultés éventuelles que l'inverse. Je trouve qu'on a suffisamment pâti dans cette pandémie du fait qu'on n'était pas assez bien préparé. Maintenant, on est en train d'en sortir, on a une évolution favorable. Si la première chose qu'on fait c'est de déclarer, parce qu'on a eu quinze jours bons, que c'est fini et que ce n'est plus la peine de faire attention, on prend un risque.

Il faut avoir encore une fois une très grande humilité par rapport à un virus qu'on connaît encore mal et des études qui sont relativement récentes.Christian Bréchot, virologueà franceinfo

Est-ce qu'il y a des pays où on a pu constater une deuxième vague ?

Dans le nord de la Chine actuellement, vous avez une recrudescence qui n'est pas énorme, mais elle existe. Singapour a eu une deuxième vague qui a frappé, parce qu'il y avait des dortoirs avec des immigrants et qu'il y a eu un effet de masse, ça a relancé l'épidémie alors que les résultats étaient bons. Encore une fois, je pense que l'évolution est vraiment favorable actuellement. La seule chose qu'on puisse dire c'est que les deux mesures qui ont marché de façon certaine, c'est dans des pays comme la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour et dans une certaine mesure l'Allemagne, qui ont très tôt diagnostiqué, tracé et isolé. Et la seconde chose, c'est le confinement parce qu'on peut dire ce qu'on veut le confinement ça a marché après, même si ça ne résout pas le problème sur le long terme.