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Coronavirus : Fournir des masques aux personnes fragiles est "une évidence morale et sanitaire", défend le président de la Ligue contre le cancer

Selon Axel Kahn, la meilleure façon de protéger ces patients n'est pas de les forcer à rester chez eux mais de "permettre de les protéger" pour qu'ils conservent leur "goût à la vie".

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Radio France
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Le professeur de médecine, généticien, spécialiste des questions éthiques, essayiste et président de la Ligue nationale contre le cancer Axel Kahn, à Paris en 2015. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Les personnes souffrant d'affections de longue durée, notamment les malades du cancer, auraient dû faire l'objet de dispositions particulières vis à vis de l'épidémie de coronavirus, estime Axel Kahn, le président de la Ligue contre le cancer, sur franceinfo. Dans la perspective du déconfinement, il demande à ce que ces patients puissent bénéficier gratuitement de masques de protection, "une évidence morale et sanitaire" selon le scientifique, ancien chercheur en génétique.

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franceinfo : À qui s'adresse votre tribune ?

Axel Kahn : C'est une demande que nous adressons aux autorités. C'est à dire en réalité au gouvernement. Tout simplement parce que ce que nous demandons rappelle une évidence et nous semble totalement dans la droite ligne du souci manifesté il y a peu de temps par le président de la République et le président du conseil scientifique qui était de protéger les personnes fragiles. Nous avons dit, à la Ligue contre le cancer, que la manière de protéger les personnes fragiles n'était certainement pas de les assigner à résidence pour des périodes prolongées, ce qui est une discrimination totalement inconstitutionnelle. C'est de les protéger, de les conseiller, de les accompagner. Ce sont des personnes qui souffrent très souvent d'infections de longue durée qui impliquent la gratuité des soins et pour ces personnes, en raison de leur fragilité, le port d'un masque est évidemment un soin de prévention. Et par conséquent, leur fournir ce soin gratuitement, comme les autres soins, est une totale nécessité. C'est une évidence morale et sanitaire, naturellement.

Ces personnes auront plaisir sans doute à écouter le chant d'un oiseau, à voir une petite fleur. Elles ont besoin, justement parce qu'elles sont fragiles, d'être protégées.

Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer

Des distributions de masques sont organisées par les collectivités et les régions, rien n'est prévu de leur côté pour les personnes souffrant d'une affection de longue durée ?

En effet. Pour l'instant le gouvernement, et je crois que le ministre des Solidarités et de la Santé l'a précisé, considère que cela ne fait pas partie du panier de soins gratuits pour les personnes souffrant d'une affection de longue durée ou d'états assimilés. Mais ça n'est pas possible et c'est totalement contradictoire avec l'intention manifestée il y a peu. Ces personnes doivent être protégées. Il y a même une officine de santé publique qui a proposé de les confiner obligatoirement. C'est-à-dire qu'ils auraient une amende s'ils sortent de chez eux jusqu'en 2021. Mais c'était, pour beaucoup d'entre eux, les tuer, leur ôter tout goût à la vie. Les protéger c'est leur permettre de trouver quelque goût à la vie, quand bien même la vie n'est plus très longue, mais évidemment en les protégeant des autres et en protégeant les autres d'eux-mêmes, et par conséquent en leur fournissant ce qui le permet. C'est une évidence, je le répète. Je ne vois pas pourquoi nous sommes obligés de redemander plusieurs fois ce qui va totalement de soi.

Il n'y a aucune difficulté matérielle. Il faut le décider. Non pas parce que ce serait une exceptionnelle générosité, mais parce que c'est une évidence.

Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer

Que faudrait-il imaginer ? Des distributions de masques ? Un remboursement sous prescription ?

Je crois que c'est assez simple. Il y a trois possibilités. La première consiste à ce que les masques soient fournis avec les autres médicaments que prennent ces personnes en affection de longue durée à la pharmacie. Ce sont souvent des voisins ou d'autres personnes qui vont chercher ces médicaments et donc ils prendraient les masques. Deuxième possibilité : envoyer ces masques par la poste pour les trouver dans des boîtes aux lettres ou alors comme la plupart de ces personnes ont affaire à des auxiliaires de santé, médecins ou infirmières, que ces auxiliaires de santé soient habilités à leur fournir les masques.  Comment peut-on hésiter à faire cela ?

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