Coronavirus : doit-on redouter un manque de transparence des autorités chinoises ?

Alors que le monde s'affole de la propagation d'un nouveau coronavirus venu de Chine, le 2019-nCoV, la question de la transparence du gouvernement chinois se pose. 

Un officier sanitaire prend la température de deux passagers à l\'entrée d\'une station de métro de Pékin, le 28 janvier 2020. 
Un officier sanitaire prend la température de deux passagers à l'entrée d'une station de métro de Pékin, le 28 janvier 2020.  (KOKI KATAOKA / YOMIURI / AFP)

Fin décembre, un nouveau coronavirus, le 2019-nCoV, faisait son apparition sur un marché de Wuhan, dans la province du Hubei, en Chine. Transmissible entre êtres humains, ce virus responsable de pneumonies sévères s'est répandu dans une dizaine de pays en un mois. Ainsi, au 28 janvier, 4 474 personnes ont été infectées à travers le monde.

L'épidémie ne va pas sans rappeler celle du Sras, qui a tué, en 2002-2003, 774 personnes. Ce coronavirus était lui aussi apparu en Chine et s'était propagé à grande vitesse, dans le silence du régime chinois. La gestion de l'épidémie avait valu au pays les reproches de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la pression de la presse internationale. Dix-sept ans après, la question de la transparence de Pékin se pose à nouveau. 

Une communication verrouillée

"Le gouvernement cache la vérité depuis le début. Le nombre de personnes infectées et le nombre de morts sont faux", s'alarme Zhangyi*, un habitant de Wuhan, au lendemain de la mise en quarantaine de cette ville de onze millions d'habitants. Sur les réseaux sociaux chinois Wechat et Weibo circule une vidéo d'un médecin, identifié comme travaillant à Wuhan. L'homme, équipé d'une combinaison, d'un masque et de lunettes, s'effondre au téléphone, désemparé. "Le gouvernement supprime la vidéo", rapporte Zhangyi. Mais elle réapparaît sur d'autres groupes et continue de faire son chemin, alimentant la panique et le désespoir ressentis par de nombreux habitants confinés.  

En République populaire de Chine, difficile de questionner la parole du régime. Peu de personnes disposent d'un réseau privé virtuel (VPN) permettant d'accéder à des réseaux sociaux ou des moyens de communication différents de ceux autorisés par le gouvernement de Xi Jinping. Les médias sont contrôlés par le régime. Après un silence de près d'un mois, l'appel, lundi 20 janvier, par le président chinois à enrayer "résolument" l'épidémie a ouvert un nouveau cycle : celui d'une communication abondante, mais verrouillée : des messages de prévention circulent à présent sur Wechat ou via des haut-parleurs dans les rues wuhanaises. 

Une transparence revendiquée

Cette communication du régime s'est accompagnée de mesures radicales : la mise sous cloche de près de 56 millions de personnes dans la province du Hubei et la construction de deux hôpitaux supplémentaires à Wuhan, qui devraient être achevés en un temps record. Le premier, baptisé "Hôpital du dieu du feu", devrait être terminé pour le 3 février, suivi de près par le deuxième, voué au "dieu de la foudre". Pékin a également envoyé 450 médecins militaires et infirmiers en renfort. Une gestion spectaculaire qui répond à l'image puissante que veut se donner le régime. 

Le décompte des personnes infectées ou mortes est donné quotidiennement par les autorités chinoises. Sur place, le correspondant de France 2, Arnauld Miguet, souligne que les journalistes étrangers n'ont pas, "par exemple, accès aux scientifiques pour les interroger sur la véracité des chiffres, (...) ni aux hôpitaux" et aux autorités locales. Le journaliste note toutefois les efforts du gouvernement, qui semble jouer le jeu d'une "transparence affichée"

La Chine a tiré les leçons du Sras 

Les mesures drastiques prises par le régime sont saluées par Zhangyi, qui regrette toutefois leur arrivée tardive. De leur côté, l'OMS tout comme le président américain Donald Trump soulignent la bonne gestion de la crise et la transparence du régime.

"La Chine joue le jeu, affirme Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genève (Suisse). Le virus a probablement dû apparaître au cours du mois de décembre avant d'être identifié le 31 décembre, ce qui a été rapporté à Genève [où siège l'OMS]. Les autorités ont décidé de fermer le marché de Wuhan le 1er janvier. La séquence génétique du coronavirus a été partagée quinze jours après à l'OMS et à la communauté internationale."

Les autorités chinoises semblent donc avoir appris de leur gestion catastrophique du Sras et être enclines à collaborer. Leurs chiffres apparaissent toutefois très bas au vu des estimations scientifiques étrangères. "Le nombre réel de cas chinois, en incluant les non détectés, selon le groupe international coordonné à Northeastern, est sans doute de plus de 25 000", affirme Alessandro Vespignani, professeur à l'université américaine Northeastern de Boston, à l'AFP. 

Toutefois, je ne pense pas qu'il s'agisse d'une sous-estimation volontaire de la part des Chinois.Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genèveà franceinfo

La différence entre le nombre de cas déclarés et les chiffres estimés pourrait s'expliquer simplement. "Au cours d'une épidémie, il y a toujours des cas qui passent entre les mailles de l'identification. Contrairement au Sras, ce coronavirus 2019-nCoV n'est pas un virus bruyant cliniquement dans toutes ses formes d'infection. Beaucoup d'infections très bénignes ne donnent pas lieu à une pathologie identifiable qui amène à consulter un médecin", détaille ainsi Antoine Flahault. Le médecin conclut : "La capacité de diagnostic est sans doute aujourd'hui dépassée faute de tests en nombre suffisant." Les chiffres avancés ne sont donc pas exhaustifs, mais correspondent à la réalité chiffrable par les autorités chinoises. 

* Le prénom a été changé pour garantir l'anonymat