Coronavirus : "Cette crise va jouer un rôle d'accélérateur dans les transformations" du secteur de la publicité

Geoffrey La Rocca, directeur général de TeadsFR, estime que la crise sanitaire du coronavirus et le confinement vont amener les entreprises à avoir un discours davantage axé sur la responsabilité sociale et environnementale. 

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Radio France
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Une piétonne passe devant un panneau publicitaire dans les rues de Caen, le 8 janvier 2020. (SAMEER AL-DOUMY / AFP)

"Cette crise va jouer un rôle d'accélérateur dans les transformations" du secteur de la publicité, analyse jeudi 23 avril sur franceinfo Geoffrey La Rocca, directeur général de TeadsFR, une entreprise spécialisée dans la vidéo publicitaire en ligne, alors que le secteur est "quasiment à l’arrêt" depuis le début du confinement lié à l’épidémie de coronavirus. Il a évoqué notamment "les projets qui sont en lien avec la responsabilité sociale et environnementale des entreprises" ou encore la "transformation digitale".

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Pour le publicitaire, c’est "la façon dont les Français vont consommer à l’avenir" qui va s’en retrouver changée. Une évolution qui permettra aux entreprises publicitaires et marketing de "réaffirmer leur identité, leurs valeurs" selon Geoffrey La Rocca.

franceinfo : La publicité est-elle un secteur figé depuis le début du confinement ?

Geoffrey La Rocca : C'est clairement un secteur quasiment à l'arrêt. Durant les mois de mars et avril, les marques ont fortement annulé leurs campagnes. Je pense notamment à des secteurs particulièrement touchés au sein de la publicité comme la publicité extérieure avec les panneaux publicitaires que l’on peut voir en sortant de chez soi. Mais comme les gens ne sont plus dehors avec le confinement, il n'y a pas d'intérêt pour les annonceurs de les acheter. La publicité au cinéma et à la télévision sont très touchées aussi. C'est ce qui ressort d'un baromètre très suivi par le marché, et qui a été réalisé par l'Union des marques. C'est une association qui réunit les grands annonceurs, dont l’enquête a été réalisée à partir d'un questionnaire qu'elle a envoyé à ses adhérents. On voit que les supports digitaux sont un peu mieux préservés. Les actions sont maintenues, parfois renforcées au détriment de la publicité classique traditionnelle dite "offline". C'est loin d'être le cas en revanche pour toutes les autres opérations événementielles, qui ont toutes été reportées ou annulées. On se rend compte aussi que la plupart des responsables marketing estiment que la crise va changer leur entreprise. Près de deux tiers considèrent que la communication sera différente, ne sera plus la même qu'avant. Pour certains, ça va être l'occasion de réaffirmer leur identité, leurs valeurs. On avait vu cette tendance avant la crise. Ça va être un peu plus exacerbé maintenant.

Les marques sont-elles déjà en train de réfléchir à l’après, sur la manière dont elles vont s’adresser aux Français ?

Oui, parce qu'on voit que cette crise va jouer un rôle d'accélérateur dans les transformations et va renforcer l'urgence des projets qui sont en lien avec la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, la fameuse RSE, dont on parle de plus en plus, ou encore sa transformation digitale. C'est ce que pensent beaucoup de responsables marketing. On voit aussi que ça impacte énormément la façon dont les consommateurs changent leurs habitudes pour acheter, mais aussi pour lire et consommer des contenus. C'est la base même de la publicité, ces contenus qu'on consomme avec la télévision que l’on regarde, quand on va au cinéma, quand on lit des articles. Un autre baromètre montre que les contenus liés à la santé et à la maladie ont progressé énormément, et que les Français trouvent du réconfort en cuisinant avec 42 % sur les contenus liés aux recettes, ingrédients et ustensiles. Il y a également beaucoup plus d'actualité économique qui est consommée. Je pense que les Français vont aussi changer leurs habitudes parce qu’ils vont peut-être un peu mieux comprendre le monde.

Cette tendance va-t-elle continuer après le confinement, sur le long terme ? N’est-ce pas juste une parenthèse parce que l'on est à la maison et que l’on a plus de temps pour s'intéresser à ce type de sujet ?

Pas forcément. On a vu, par exemple, l'émergence du télétravail, qui était un peu un tabou en France, contrairement aux pays anglo-saxons. Vous savez, cette fameuse phrase qu'on avait dans les open space, quand les personnes partaient à 17h : "Tu as pris ta demi-journée ou ta journée ?" C'est terminé. On sait désormais qu'on peut être efficace en télétravail. Du coup, je pense que ça va rebattre les cartes de l'organisation de la journée. Beaucoup de personnes aujourd'hui en télétravail travaillent plus qu'avant. Parce qu’il n’y a plus le temps de transport, le temps entre les rendez-vous, etc. On va donc avoir plus de temps pour se consacrer à d'autres sujets, et je pense que ça va transformer profondément la façon dont les Français vont consommer à l'avenir.

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