Pendant le confinement, les familles monoparentales entre débrouille et épuisement : "J'essaie d'être sur tous les fronts, mais je suis humaine et crevée"

Avec la fermeture des écoles, les parents doivent jongler entre leur activité professionnelle, souvent en télétravail, et la garde des enfants. Une situation particulièrement difficile pour les pères et mères "solos".

Article rédigé par
Alice Galopin - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Une enfant fait ses devoirs chez elle, à Lille (Nord), le 5 avril 2021. (MAXPPP)

"Ce nouveau confinement avec les écoles fermées, je le vis comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête." Céline, qui élève seule ses trois garçons âgés de 6 à 12 ans, se dit "à bout". En télétravail, cette assistante de direction de 43 ans peine à jongler entre ses activités professionnelles et l'enseignement à distance pour les enfants, qui a repris mardi 6 avril. "Ça devient impossible pour les parents seuls de tout gérer", souffle-t-elle.

En France, une famille sur cinq est monoparentale, selon les données de l'Insee. Des foyers qui, comme celui de Céline, se composent dans l'écrasante majorité de mères seules avec enfants. Pour ces parents "solos", difficile de gérer à la fois "l'école à la maison, les angoisses des enfants liées au reconfinement, le travail et les tâches quotidiennes", raconte cette mère.

"J'essaie d'être sur tous les fronts : le travail, l'éducation des enfants... Mais je suis humaine et crevée."

Céline, mère de trois enfants

à franceinfo

Avant même la fermeture des écoles, "les enfants étaient déjà à la maison", en raison de cas de Covid-19 au sein des classes ou de professeurs absents, souligne Céline. Depuis plusieurs semaines, ses journées se déroulent donc à "100 à l'heure. Tout faire en même temps, n'avoir aucune aide et aucun répit, tel est mon quotidien", expose-t-elle. Un rythme qu'elle ne parvient cependant plus à tenir depuis le début de la semaine : "J'ai dû me mettre en arrêt maladie, je suis tombée en épuisement."

"Je ne peux pas me permettre une baisse de salaire"

Nicolas, père d'un enfant de 5 ans, a lui aussi des journées bien remplies. A 49 ans, il exerce en télétravail dans le secteur bancaire et a complètement chamboulé son emploi du temps pour assurer la garde de son fils durant la fermeture des écoles. "En journée, je travaille essentiellement sur des tâches qui demandent peu de concentration, explique-t-il. Je ne peux par exemple pas rédiger des rapports avec beaucoup de chiffres, quand [mon fils] est à côté de moi". Une situation qui contraint souvent Nicolas à poursuivre son travail après le coucher de son enfant, "deux à quatre heures par nuit"

Quelles sont les solutions offertes aux parents pour tenter de mieux concilier travail et garde des enfants ? La ministre du Travail, Elisabeth Borne, a annoncé le 1er avril que les salariés en télétravail pouvaient demander à être placés en activité partielle "si la garde [des] enfants" les "empêche de poursuivre [leur] activité normalement"Ils bénéficient alors d'une indemnisation à hauteur de 84% de leur rémunération nette, ou de 100% pour les salariés au smic.

Mais cette option paraît peu envisageable pour de nombreuses familles monoparentales. "En région parisienne, n'avoir qu'une seule source de revenu c'est un peu juste, alors je ne peux pas me permettre une baisse de salaire", souffle Nicolas. Un avis que partage Stéphanie, mère de deux enfants de 6 et 10 ans : "Quand on est deux parents, on peut vivre avec un peu moins, mais seule, je ne peux pas."

Commerciale dans la construction immobilière, Stéphanie alterne entre travail à distance et en présentiel lorsqu'elle doit signer des contrats avec ses clients. "Mardi et mercredi, j'ai été contrainte d'emmener les enfants à l'agence de 10 à 15 heures, rapporte cette femme de 45 ans. Je les ai mis dans un bureau vide à côté du mien, l'un sur sa console, l'autre devant des dessins animés." Pour cette salariée dont les revenus dépendent de ses ventes, impossible de refuser des clients, "sinon ils vont voir la concurrence."

Peu de solutions de garde

Stéphanie s'est également heurtée à la difficulté de trouver une solution de garde, dans l'urgence. Dans les écoles, l'accueil est réservé aux enfants de parents exerçant une profession dite "prioritaire", comme les personnels des établissements de santé, de la police, de la gendarmerie ou de la pénitentiaire. "Je peux tout de même les faire garder via une association", mais à "20 euros de l'heure, ça reste une solution ponctuelle". Un problème que soulève également Hélène*, mère d'un collégien de 13 ans, qui jongle aussi entre télétravail et présentiel. 

"Je pars à 7 heures le matin, je reviens à 18 heures, je ne peux pas me permettre de payer une journée complète de garde."

Hélène*, mère d'un collégien de 13 ans

à franceinfo

Au-delà de l'aspect financier, les problèmes sont aussi matériels pour cette agente administrative dans le public. A la maison, il n'y a qu'un seul ordinateur. "Je ne peux pas le prêter à mon fils quand j'ai besoin de travailler, regrette-t-elle. Alors, il ne peut pas faire l'école à la maison."

Pour ces parents seuls, l'organisation des vacances scolaires, qui débutent vendredi soir pour tout le pays sans distinction de zones, s'annonce comme un nouveau casse-tête. Faute de solution de garde, Hélène devra laisser son jeune adolescent "seul à la maison" lors de ses journées de travail en présentiel. "Je n'ai pas d'autre choix", se résigne-t-elle. Comme Nicolas, Stéphanie espère pouvoir compter sur les parents d'élèves de son entourage en congés pour garder ses deux enfants, ne serait-ce que "quelques heures dans la journée". Quelques heures de répit qui lui permettront juste de pouvoir... travailler.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.

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