"J'étais un zombie" : les troubles alimentaires comme la boulimie ou l'anorexie aggravés par la crise du Covid-19

Les unités spécialisées, hôpitaux et professionnels de santé voient arriver depuis un an de plus en plus de patients atteints de troubles des comportements alimentaires, qui se sont aggravés ou qui se sont révélés à cause des confinements et l'isolement.

Article rédigé par
Farida Nouar - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Les troubles alimentaires sont aggravés par la crise sanitaire (photo d'illustration). (BSIP / UIG VIA GETTY IMAGES)

"Tout s'est arrêté d'un seul coup..." Alice est une jeune femme dynamique mais fragile, anorexique depuis plusieurs années, mais stable. Mais en mars dernier, au premier confinement imposé à cause du Covid-19 elle perd ses repères. "Je n'avais plus rien dans ma vie, se souvient-elle. Je passais la plupart de mes journées à la fac et là, tout s'est arrêté. C'était pour moi un gros vide et un gros stress. Parce que, du coup, il ne reste que la maladie. Au début, ça allait. La première semaine, ça allait aussi. Et puis ensuite, comme je n'avais plus d'activité, je me disais : pourquoi manger comme avant ?"

"J'avais perdu 5 kilos. Quand le confinement a été prolongé, mes parents m'ont dit de rentrer, que je n'allais jamais tenir. Moi, je ne voyais pas que j'étais en train de tomber. Et à la fin des deux mois de confinement, j'étais un zombie."

Alice

à franceinfo

Alice ne pèse alors plus que 33 kilos. Depuis la crise sanitaire, les troubles du comportement alimentaire touchent de plus en plus de jeunes adultes comme elle, notamment des femmes. Et des adolescents, aussi. "C'est vraiment une déferlante à laquelle on assiste", souligne Corinne Blanchet, médecin à la Maison de Solene, la Maison des adolescents de l'hôpital Cochin à Paris, qui a vu arriver des adolescents en grand danger. "Vers octobre-novembre, aux vacances de la Toussaint, on a vu un grand nombre de jeunes patients, entre 12 et 18 ans, qui n'avaient aucun antécédent particulier et qui, dès le premier confinement, ont mis en place des restrictions alimentaires, qui ont augmenté leur pratique sportive, sous l'effet du stress lié à la crise sanitaire et la perte des repères avec leurs copains."

Des formes sévères sans antécédents

"Ces adolescents, poursuit Corinne Blanchet, se sont retrouvés isolés et on a vu arriver des patients qui, en quatre ou cinq mois, avaient construit une maladie anorexique avec des pertes de poids de 15-20 kilos, dans des états quasi-réanimatoires avec des indices de masse corporelle à 10-11."  L'indice de masse corporelle (IMC), c'est le ratio poids-masse corporelle. En dessous de 16,5 kg/m2, on considère le sujet en situation d'anorexie.

"Ça a été vraiment une déferlante en terme de volume de patients, conclut Corinne Blanchet, mais aussi des formes cliniques extrêmement sévères pour des patients sans antécédents. Et ça, c'est vraiment très particulier à cette période." Une déferlante qui se poursuit, s'inquiète-t-elle. La Maison de Solene a dû ainsi réduire ses durées d'hospitalisation : de six, elles sont passées à trois mois aujourd'hui pour pouvoir accueillir plus d'adolescents.

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