Covid-19 : quatre questions sur la proposition de confiner la capitale faite par la mairie de Paris

La mairie de Paris va proposer au gouvernement un confinement de trois semaines dans la capitale afin "d'avoir la perspective de tout rouvrir" à son issue, a affirmé jeudi soir le premier adjoint Emmanuel Grégoire à franceinfo.

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La maire de Paris Anne Hidalgo arrive à l'hôtel de ville entourée de ses collaborateurs, le 3 juillet 2020. (BERTRAND GUAY / AFP)

Après l'annonce par le Premier ministre Jean Castex de la mise sous "surveillance renforcée" de Paris, et de 19 autres départements, face à la remontée épidémique, la capitale veut prendre les devants. 

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"La trajectoire est inquiétante et nécessite incontestablement de réfléchir à des mesures complémentaires", a estimé le premier adjoint à la mairie Emmanuel Grégoire, jeudi 25 février à franceinfo. Il prône un confinement strict mais court. Voici quatre questions qui se posent après cette proposition.

1Où en est l'épidémie à Paris ?

D'après le dernier point épidémiologique publié par Santé publique France jeudi 25 février, le taux d'incidence à Paris est de 304 cas pour 100 000 habitants. "75% des lits de réanimation sont saturés, il y a une incidence en explosion, et c'est lié aux variants", explique le premier adjoint à LCI. Sur France Inter, le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) Martin Hirsch s'inquiétait lundi de constater qu'"un patient sur deux hospitalisé chez nous est atteint du variant anglais". Avec la rentrée scolaire imminente après les vacances d'hiver, l'adjointe en charge de la Santé Anne Souyris (EELV) ajoute qu'elle craint une "explosion des chiffres" du Covid-19 dans la capitale.

2Que propose la mairie ?

Selon le premier adjoint d'Anne Hidalgo, "la situation actuelle" sous couvre-feu est "la pire parce que ce sont des demi-mesures avec de mauvais résultats". "On ne peut pas s'imposer de vivre dans une semi-prison pendant des mois", a-t-il ajouté. Plutôt qu'un confinement le week-end, une mesure "très contraignante sur le plan de l'impact sociétal et assez peu efficace sur le plan sanitaire", Emmanuel Grégoire préfère donc "un confinement tout court" à Paris. Il propose également "le recours au télétravail de façon obligatoire et des mesures ciblées sur les commerçants avec discernement, de façon objectivable, sur les critères et puis de durée limitée". Lors d'une conférence de presse vendredi 26 février, il a ajouté qu'en cas de reconfinement, "nous sommes favorables au maintien de l'ouverture des écoles". 

La mairie entend faire remonter ses propositions au gouvernement en début de semaine prochaine, après dialogue avec l'Agence régionale de santé (ARS) et la préfecture de police au cours du week-end. "Cela n'aurait de sens au moins qu'à l'échelle de l'Ile-de-France, d'autant que tous [les départements] sont sous surveillance comme annoncé par le Premier ministre donc [cela] implique un dialogue large dans les jours à venir", a ajouté Emmanuel Grégoire sur Twitter.

3Quelle est l'issue attendue ?

A l'issue de ce reconfinement, la mairie de Paris veut "vraiment redonner de l'oxygène et avoir la perspective de tout rouvrir", y compris les bars, restaurants et lieux culturels, a affirmé Emmanuel Grégoire, tout en conservant des mesures de protection sanitaire. "Pendant ces trois semaines de confinement, on organise la suite des événements pour repartir sur de bonnes bases et avoir cette fois-ci une vraie préparation, une vraie planification. On pourra préparer, faire avec les gens, faire des écoles qui fonctionnent, faire en sorte d'avoir une vie culturelle fonctionnelle. Ce virus va rester encore, jusqu'à la fin d'une vraie période de vaccination pour tous", ajoute Anne Souyris auprès d'Europe 1

4Quelles sont les réactions à cette proposition ?

"Si on est rentrés dans ce cadre de discussions avec les élus, c'est pour qu'ils fassent des propositions, donc celle de la mairie de Paris sera évidemment étudiée", a assuré vendredi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur France Inter. Il a toutefois ajouté : "Il y a assez peu de scientifiques qui considèrent que, avec un confinement de trois semaines, on peut terrasser le virus et tout ouvrir, comme l'ont dit les élus de la mairie de Paris."

Au sein de l'opposition parisienne, le groupe Changer Paris (Républicains, centristes et indépendants) a dénoncé dans un communiqué une proposition "aberrante". "Prétendre confiner Paris sans tenir compte de ses voisins est un non-sens absolu : le virus ne s'arrête pas aux portes du périphérique !", fustigent les élus de droite et du centre parisiens, qui reprochent à Anne Hidalgo d'avoir fait cette proposition "sans aucune concertation, ni avec les maires d'arrondissement, ni avec les élus des communes limitrophes".

La présidente de région Valérie Pécresse (Libres !) a elle qualifié d'"illusoires" d'éventuelles décisions sanitaires prises "au niveau départemental en Ile-de-France", dans une déclaration au Parisien. "Comment fait-on, dans une région où des millions de personnes prennent les transports en commun tous les jours pour aller travailler et se déplacent quotidiennement d'un département à l'autre ?" a-t-elle lancé. 

De son côté, le président de la Confédération des commerçants de France, Francis Palombi, s'est dit "effaré" par cette proposition : "C'est une ineptie, il y a déjà le couvre-feu, de nombreuses mesures ont été mises en place. Qu'il y ait certaines mesures complémentaires, je peux l'admettre, mais le confinement total à Paris, on ne peut pas tolérer. Ça va mettre au plus mal, encore plus mal, les commerces à Paris", avance-t-il auprès d'Europe 1.

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