Covid-19 : "Plus de 30%" de demandes d'aide alimentaire "en plus" dans les grandes métropoles, selon les Restos du coeur

"Une situation qui va durer", s'alarme l'association qui craint que les gens qui parvenaient jusqu'ici à se "maintenir à flot" basculent durablement dans la pauvreté.

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Radio France
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Distribution d'une aide alimentaire à Roncq (Nord) par les Restos du coeur, le 5 mai 2020. (THIERRY THOREL / MAXPPP)

Louis Cantuel, responsable des relations institutionnelles des Restos du cœur, a indiqué vendredi 6 novembre sur franceinfo que le recours à l’aide alimentaire a augmenté de "plus de 30%" dans les grandes métropoles en période de confinement. "On est dans une situation qui va durer, au-delà de la crise sanitaire ", alerte-t-il alors que les plus précaires sont les plus touchés par la deuxième vague de Covid-19. Le risque, selon lui, "c’est un basculement durable dans la pauvreté".

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franceinfo : Avez-vous observé une augmentation des demandes lors des confinements ?

Louis Cantuel : On est sur une tendance qui est clairement à la hausse, qui est très disparate en fonction des territoires. Dans les grandes métropoles, à Paris et à Toulouse notamment, on a une augmentation très significative de l'ordre de plus de 30% de personnes en plus. Sur les activités, notamment à destination des personnes à la rue, dans toutes les distributions alimentaires de rue, on a eu pendant les confinements des augmentations de l'ordre de 40%. On est sur une situation aujourd'hui qui est vraiment très, très disparate en fonction des territoires.

Une situation qui peut durer, selon vous, au-delà de la crise sanitaire ?

Oui, c’est notre inquiétude aux Restos et l'alerte qu'on porte auprès des pouvoirs publics, on est sur une situation qui va durer. Ce n'est pas simplement une urgence de quelques semaines. Quand on prend la crise de 2008, on ne sait pas si c’est vraiment comparable, mais c’est la dernière grosse crise économique qu'on a connue en 2008, on a eu 15% de fréquentation dès la première année et 25% en 2 à 3 ans. On est vraiment sur une urgence sociale, mais une urgence qui va durer, malheureusement.

Est-ce que le profil des personnes qui viennent vous demander de l’aide alimentaire change ?

Derrière ces chiffres, il y a quand même des réalités humaines et des profils qui évoluent. En fait cette crise, on sait qu'elle frappe les plus précaires, plus durement sur le plan sanitaire, puisque respecter les gestes barrières, quand on est nombreux dans un appartement exigu, c'est compliqué. Mais aussi elle fragilise sur le plan social et économique des personnes qui pouvaient déjà être en difficulté, c'est-à-dire des personnes qui pouvaient se maintenir à flot ou s'en sortir avec des petits boulots qui avaient des contrats précaires, des saisonniers qui ont pu se retrouver sans activité. La situation dramatique aussi des étudiants dans ce pays où, effectivement, beaucoup s'en sortent par des petits boulots à côté. Toutes ces personnes qui étaient déjà en situation de quasi-précarité, peuvent se retrouver effectivement à avoir recours à l'aide alimentaire et le risque derrière, c'est un basculement durable dans la pauvreté.

Bruxelles débloque 870 millions pour l’aide alimentaire en France. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C'est effectivement une aide qui existe depuis longtemps puisqu'elle a été impulsée par Coluche, déjà, au milieu des années 1980. Elle avait été mise en place par Jacques Delors. C'est une aide européenne qui, en France, représente un tiers de l'aide alimentaire qui est distribuée. Sans cette aide, il y a un repas sur trois qui ne serait pas distribué en France. Elle est absolument essentielle. Aujourd'hui, sur la période jusqu'en 2020, sur le budget européen précédent, c'est un repas sur quatre. Donc, c'est une aide essentielle. On a eu un renforcement de cette aide. Ça fait plusieurs années qu'on se bat pour ça et avec la crise, ce sera absolument nécessaire pour faire face aux besoins qui augmentent.

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