Covid-19 : les nouvelles mesures de confinement peuvent-elles vraiment freiner l'épidémie ?

Seize départements français sont soumis à de nouvelles restrictions depuis le 20 mars. Mais des épidémiologistes critiquent ce confinement qu'ils jugent trop léger pour enrayer une épidémie en plein rebond.

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Des Parisiens prennent le soleil en bord de Seine, le 20 mars 2021. (SANDRINE MARTY / HANS LUCAS / AFP)

Confinement, saison 3. Dans seize départements, quelque 21 millions d'habitants des Hauts-de-France, d'Ile-de-France, de l'Eure, de Seine-Maritime et des Alpes-Maritimes sont soumis, depuis samedi 20 mars et pour quatre semaines au moins, à de nouvelles restrictions. Les déplacements à plus de 10 km du domicile pour se promener ou faire du sport sont interdits, et certains commerces sont fermés.

Objectif : juguler l'épidémie de Covid-19 qui repart, avec plus de 30 000 tests positifs enregistrés quotidiennement ces derniers jours, soit presque un tiers de plus que la semaine précédente, selon le site CovidTracker. Mais ce confinement, allégé par rapport aux précédents, peut-il être vraiment efficace ? Les épidémiologistes qui se sont exprimés sur le sujet sont sceptiques.

Les commerces ne sont pas identifiés comme lieux de contamination

Première raison de douter de cette efficacité : les nouvelles "mesures de confinement" présentées par le Premier ministre Jean Castex se résument surtout, en définitive, à la fermeture de certains commerces (de vêtements notamment), tandis que restent ouverts, entre autres, les commerces alimentaires, les garages, les pharmacies, les opticiens, les tabacs, les chocolatiers, les fleuristes et les cordonniers.

Or l'impact à attendre de cette mesure est, semble-t-il, relativement faible. Car les magasins ne sont pas identifiés comme des lieux de contamination, selon les derniers résultats, au 1er mars, de l'étude ComCor (PDF) de l'Institut Pasteur, portant sur 77 208 personnes "avec infection aiguë par le Sars-CoV-2".

"La fréquentation des lieux publics où les gestes barrières peuvent être respectés (commerces, salles de cours, amphithéâtres, lieux de culte et salons de coiffure) n'a pas été associée à un sur-risque d'infection."

L'Institut Pasteur

dans son étude ComCor

Des mesures jugées "décalées" par rapport à la gravité de la situation

Les dernières mesures prises sont à la fois jugées peu lisibles et peu utiles. "Je ne sais pas comment les définir", ironise Alexandre Bleibtreu, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, contacté par franceinfo. "Est-ce que c'est un confinement ou pas ? Je ne sais pas." Fallait-il un confinement plus dur ? "On peut refaire 25 000 fois l'histoire, la seule façon d'éviter que le virus se transmette, c'est de limiter au maximum les interactions sociales, répond-il. Est-ce que c'est humainement et politiquement faisable, je ne le sais pas. Je suis médecin, pas politique."

Interrogé sur BFMTV le 20 mars, l'épidémiologiste et ancien directeur général de la santé William Dab, lui, s'est montré extrêmement critique, sans prendre de pincettes. "J'ai du mal à m'y repérer. Le mot confinement est totalement inapproprié. Le Premier ministre a commencé son discours de façon apocalyptique, mais au total, ce qu'on apprend, c'est quelques règles de déplacement et la fermeture de petits commerces. Et là, il y a un décalage entre la gravité de la situation épidémiologique et la réalité des mesures qui sont adoptées." Un sentiment qu' Alexandre Bleibtreu a dit "partager", sur Twitter.

Le gouvernement ne fixe plus d'objectifs en matière de baisse des contaminations

En ancien directeur général de la santé, William Dab relève surtout qu'"il n'y a plus d'objectif annoncé" en termes de baisse des contaminations. "Le président Macron voulait revenir à 5 000 contaminations par jour début décembre", remarque-t-il sur BFMTV, mais aucune voie n'est tracée pour diviser par six le nombre de tests positifs, qui dépasse les 30 000. "L'impression que ça me donne, c'est que le pari qui est fait maintenant [par l'exécutif], c'est que la bataille sur les contaminations est perdue."

"Alors qu'est-ce qui nous reste ? poursuit William Dab. Il nous reste que de plus en plus de gens attrapent la maladie et donc sont immunisés et que de plus en plus de gens vont être vaccinés et sont immunisés. Au final, c'est ça qui va permettre de ralentir l'épidémie, plus que les mesures qui ont été adoptées, qui sont très complexes et qui n'auront pas d'efficacité majeure."

Un autre épidémiologiste, Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à la faculté de médecine de l'université de Genève, estime que l'exécutif français a renoncé dès décembre, sans le dire, à l'idée d'obtenir une baisse des contaminations grâce au triptyque "tester, tracer, isoler". Et qu'il applique depuis une stratégie "en roue libre" qui n'a cessé d'échouer.

Une seule arme encore en main : la vaccination

Il ne reste donc plus au gouvernement qu'une arme nouvelle contre l'épidémie, qu'il met désormais fortement en avant : la vaccination. Ecartés au départ, les vaccinodromes reviennent à l'ordre du jour.

"Le service de santé des armées va travailler à développer un certain nombre de grands centres de vaccination – on peut les appeler 'vaccinodromes'", a annoncé lundi le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d'un déplacement à Epinay-sous-Sénart (Essonne). Avant d'évoquer "au moins 35 centres (…) déployés à la fois par l'armée et les pompiers sur le territoire national" et d'autres avec "l'Etat, l'Assurance maladie". Certes, quelque 6,2 millions de personnes ont reçu au moins une première dose de vaccin, et le gouvernement table toujours sur 10 millions de premières doses injectées mi-avril. Mais le chiffre reste très loin des 26 millions de Britanniques déjà dans ce cas et les cafouillages autour de l'autorisation ou non du vaccin AstraZeneca risquent de laisser des traces.

Pour autant, faut-il oublier le reste de l'arsenal ? Médecin généraliste en Bretagne qui suit de près l'évolution de l'épidémie, Yvon Le Flohic, joint par franceinfo, regrette qu'on ne mette pas suffisamment le paquet sur les tests dans les potentiels clusters, comme les écoles. "J'ai eu trois cas positifs d'enfants de 3 ans cette semaine avec des cas dans la famille", déclare-t-il. Avant de répéter son mantra : "Cette épidémie est une 'cluster-émie', elle se répand par les foyers épidémiologiques. On peut la sécuriser par les tests, qui sont une bonne solution dans les écoles pour éviter la propagation." Tests à grande échelle qu'il prône plus encore dans ces autres clusters potentiels que sont les hôpitaux, plus dangereux à ses yeux que les écoles.

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