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Covid-19 : "Il y a une situation critique" de la pauvreté en France, estime Joëlle Bottalico, secrétaire nationale du Secours populaire français.

L'association publie ce mercredi son baromètre sur la précarité en France. Avec la crise sanitaire et le confinement, le nombre de demandes d'aidde alimentaire a bondi de 45%. Les femmes seules et les étudiants se sont appauvris.

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Radio France
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Des volontaires du Secours populaires distribuent de la nourriture à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 6 mai 2020. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le confinement a sérieusement aggravé la pauvreté en France. C'est le dernier baromètre du Secours populaire qui le révèle et tire la sonnette d'alarme. Pendant les deux mois du confinement, 1 170 000 personnes ont sollicité l'aide du Secours populaire dans ses permanences d'accueil. Parmi ces personnes en situation de précarité, 45% étaient des nouveaux demandeurs.

"Il y a une situation critique et on ne sait rien de ce qui va advenir dans les mois et les semaines qui viennent", alerte sur franceinfo Joëlle Bottalico, secrétaire nationale du Secours populaire français. 

franceinfo : Qui sont ceux qui ont sollicité l'aide du Secours populaire ? 

Joëlle Bottalico : À la fois des familles connues de l'association, des personnes pour quelques unes au chômage partiel et en situation critique. Beaucoup de femmes seules, mais aussi des jeunes, notamment des étudiants dans une impasse complète, une grande détresse. Nous sommes allés vers eux, notamment sur les campus, y compris avec des urgences alimentaires.

Ça a été extrêmement violent comme situation d'être confronté à cette grande détresse [des étudiants], avec des personnes qui étaient perdues pour un moment.

Joëlle Bottalico

à franceinfo

Le Secours populaire a effectivement dû, dans cette période, apporter un concours et une aide soutenue, notamment sur les urgences alimentaires. Mais pas que, on a aussi fait des efforts sur les questions numériques avec des jeunes que nous avons rencontrés, qui ne possédaient pas les éléments essentiels pour la poursuite des études, notamment l'ordinateur ou des abonnements sur des liaisons internet, mais avec une vraie difficulté de suivi de ce qui a pu se mettre en place par la suite. 

Est-ce fréquent de voir des étudiants venant frapper à la porte du Secours populaire ? 

Non, mais ce qui est notable, c'est aussi qu'une partie d'entre eux est venue à leur tour aider le Secours populaire. Ca conforte le sondage puisqu'il annonce qu'il y a pratiquement 70% de personnes prêtes à s'engager. Mais parmi ces 70%, on a un grand nombre de jeunes et on l'a vérifié au fil de l'eau avec une jeunesse engagée, volontaire, prête à donner la main quand elle-même était parfois en situation critique. 

Ça vous fait chaud au cœur ? 

Oui, ce qui est vraiment agréable, en tous les cas dans la proximité que nous pouvons avoir avec ces personnes, c'est le sentiment de cette chaîne de solidarité et vraiment cette idée d'une réciprocité dans la démarche et pas juste attendre avec cette logique de celui qui donne et puis celui qui reçoit. Là, on se retrouve sur un pied d'égalité et on est vraiment dans une solidarité, une solidarité populaire. Et dans cette démarche là, ça, oui, ça réconforte. 

Y-a-t-il encore beaucoup de personnes qui passent sous les radars ? 

Oui, il y a encore des personnes sous les radars parce que ce n'est pas une démarche facile que d'aller vers une association comme la nôtre, et de pousser la porte en disant j'ai besoin d'aide, mais en même temps, on sait qu'aujourd'hui, il y a une situation critique et on ne sait rien de ce qui va advenir dans les mois et les semaines qui viennent. On a des alertes sur des personnes qui perdent leur emploi en ce moment, donc peut-être pour certaines, il y a encore quelques facilités avec des réserves, mais les réserves s'épuisent très vite quand il y a des contraintes financières, comme le loyer. 

Les aides gouvernementales sont-elles insuffisantes pour ces personnes là ? 

Ce qui est clair, c'est qu'il y a besoin de rassurer, de pouvoir dans la durée apporter un concours, ne serait-ce que pour sortir les personnes de la précarité ou du risque de précarité. Parce que ça fait partie des craintes majeures d'une partie de cette population, c'est de tomber dans la précarité. Et pour quelques unes d'entre elles, les craintes, malheureusement, vont se vérifier. Et quand on sait qu'il y a une espèce de bascule quand on est dans la précarité, après, on n'est pas loin de la pauvreté et quand on est en situation de pauvreté, en sortir c'est difficile. Six générations avant d'en sortir, six générations, 180 ans, selon le rapport de l'OCDE de juin 2018. C'est effrayant. 

Et si la situation s'aggrave encore dans les mois qui viennent ? 

On prend les devants. On essaie d'appeler à la fois la générosité publique, au sens large, à la fois des personnes privées, mais aussi la puissance publique qui, à un moment donné, doit garantir aussi l'État de droit pour les personnes en situation de fragilité.

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