Confinement : "Les entreprises ont la volonté de pousser au maximum le télétravail sans forcément tomber aux cinq jours sur cinq", assure l'association des DRH

"On a une culture managériale très présentéiste", reconnaît sur franceinfo Benoît Serre, vice-président délégué de l’ANDRH, qui plaide pour un équilibre "entre la protection sanitaire d'un côté et le développement économique de l'entreprise de l'autre".

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Radio France
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Une femme en télétravail à la maison, le 5 juin 2020. Photo d'illustration. (CLAIRE LEYS / RADIO FRANCE)

Face à la crise sanitaire liée au Covid-19, le gouvernement a demandé à toutes les entreprises qui le pouvaient de mettre leurs salariés en télétravail. Une demande ignorée dans beaucoup de sociétés. "Il y a une sorte de méfiance, mais les entreprises ont la volonté de pousser au maximum le télétravail sans forcément tomber aux 5 jours sur 5", a expliqué jeudi 5 novembre sur franceinfo Benoît Serre, vice-président délégué de l’ANDRH (Association nationale des directeurs des ressources humaines).

franceinfo : La consigne est-elle difficile à faire respecter ?

Benoît Serre : Juridiquement, le gouvernement ne peut pas imposer le télétravail. Je reconnais que dans un certain nombre de cas, les entreprises ou les dirigeants ne veulent pas parce qu'ils ont une mauvaise perception du télétravail. On a une culture managériale très présentéiste. Avant le Covid-19, toutes les études montraient que les gens en télétravail étaient aussi productifs, voire plus productifs. Celui qui ne travaille pas au bureau ne travaillera pas chez lui et celui qui travaille au bureau travaillera chez lui. La comparaison est difficile à faire avec le premier confinement où les gens se disaient que cela allait durer deux mois et où on avait mis en place un télétravail massif en prenant des risques sur l'organisation, la productivité de l'entreprise parce que c'était court. Là, on sait que ça va durer des mois et on met en place des organisations les plus équilibrées possibles entre la protection sanitaire d'un côté et le développement économique de l'entreprise de l'autre côté.

Vous avez rencontré la ministre du Travail. Que vous dit-elle ?

Le télétravail 5 jours sur 5 demandé par le gouvernement, et on le comprend, se pose sur des économies super fragilisées et sur des collaborateurs qui n'ont pas envie parce qu'ils ont souffert du télétravail. Elle entend ça. On sait que ce n'est pas facile, compliqué et que c'est un acte citoyen de le faire. Il faut bien comprendre que les entreprises s'organisent pour plusieurs mois et il faut leur laisser le temps et ne pas leur demander en 48h de rebasculer en tout télétravail comme en mars parce que ce serait dangereux pour les mois qui viennent, il faut trouver le bon équilibre.

N'est-ce pas plus simple qu'au mois de mars ?

Effectivement, c'est plus simple parce que les enfants sont à l'école et que les entreprises ont appris à fonctionner avec le télétravail. Mais elles ont aussi appris que le télétravail 5 jours sur 5, beaucoup de salariés n'en veulent pas. Cela fait une semaine mais dans une organisation ce n'est pas si simple.

Les entreprises sont fatiguées et il y a une sorte de méfiance en se disant que si les gens ne sont pas là c'est qu'ils ne travaillent pas, mais ce n'est pas vrai.

Benoît Serre, vice-président délégué de l’ANDRH

à franceinfo

Les entreprises ont la volonté de pousser au maximum le télétravail sans forcément tomber aux 5 jours sur 5, ça ne va pas plaire à la ministre, mais ce sont les réalités économiques des entreprises qui se jouent.

Peut-il y avoir des sanctions pour les entreprises qui ne respectent pas l'obligation de télétravail ?

La ministre a déjà dit qu'il pourrait y avoir des sanctions après une phase d'accompagnement par l'Inspection du travail. On n'a jamais considéré que ce qui relève de la sanction était plus productif, s'il faut en passer par là peut-être qu'on en passera par là mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure des manières. La sanction doit reposer sur une obligation juridique qui n'existe pas. Vous ne pouvez faire un décret imposant le télétravail. Maintenant, il y a un mouvement qui est lancé, des grandes entreprises qui s'y refusaient ont annoncé qu'elles le feraient, on est en train de progresser et j'espère qu'on n'arrivera pas à des sanctions. On est presque à 20% aujourd'hui contre 10% il y a un mois.

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