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Confinement, mode d'emploi 7. Le déconfinement à hauteur d'enfants

"C’est dans ma tête" est encore, pour la dernière semaine, "Confinement, mode d’emploi", et plusieurs auditeurs nous ont écrit, parce qu’ils s’inquiètent pour leurs enfants. La psychanalyste Claude Halmos leur répond.

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Un enfant fait ses devoirs pendant le confinement, le 23 avril 2020, à Toulouse (Haute-Garonne).
Un enfant fait ses devoirs pendant le confinement, le 23 avril 2020, à Toulouse (Haute-Garonne). (CELINE GAILLE / HANS LUCAS / AFP)

Plusieurs auditeurs s’inquiètent pour leurs enfants à la veille du déconfinement. Comme Samuel, qui nous dit : "Le confinement avec mes deux fils (4 ans, et cinq ans et demi) s’est bien passé mais, depuis quelques jours, ils sont plus opposants, plus agités. Nous avons l’impression, ma femme et moi, qu’ils sont inquiets, et nous ne comprenons pas pourquoi, parce que le déconfinement devrait plutôt les rassurer".

franceinfo : qu’en pensez-vous, Claude ?      

Claude Halmos, psychanalyste : le déconfinement peut inquiéter les enfants, tout autant que les adultes. Parce que les enfants n’ont pas seulement, parce qu’ils sont petits, de petites joies, de petits chagrins, ou de petites angoisses. Ils ont des émotions à leur mesure, c’est-à-dire, proportionnellement, aussi grandes que les nôtres.          

Pourquoi le déconfinement peut-il les inquiéter ?      

Les enfants sont, tous, fragilisés par la période très difficile qu’ils viennent de vivre. Leur vie a été bouleversée, du jour au lendemain, par l’arrivée d’un virus, qui a terrifié les adultes. Ils ont senti ces adultes, qui d’habitude les rassurent, saisis par la peur ; et leur monde a vacillé. Ils ont dû ensuite rester à la maison, collés à leurs parents, et à leurs frères et sœurs, privés de l’école, de leurs amis, et de leurs grands-parents (qu’ils pouvaient, disait-on, rendre malades). Et certains ont vécu, en plus, la mort de proches. C’est vraiment lourd !          

Le déconfinement devrait donc les rassurer ?          

Il les rassurerait s’il signifiait le retour à leur vie d’avant. Mais ce n’est pas le cas. On leur dit qu’ils peuvent retourner dehors, mais que le virus y est encore ; retourner à l’école, mais que tous n’iront pas, parce que ce serait dangereux, etc... Il y a donc, pour eux, des perspectives joyeuses : retrouver la maîtresse, les copains, le square ; mais aussi, comme sur un dessin, la menace, à l’horizon, de gros nuages noirs qui pourraient tout gâcher. De ce fait, ils naviguent entre la joie, et l’inquiétude, sans toujours savoir où ils en sont, et cela peut être très déstabilisant pour eux.            

Que peut-on faire, pour les aider ?    

D’abord, leur parler : leur rappeler ce que sont le virus, ses dangers, et les moyens de s’en protéger. Leur expliquer ce que permet le déconfinement, et ce qu’il ne permet pas encore ; pourquoi, si c’est le cas, ils ne retournent pas à l’école ; et, s’ils y retournent, la façon dont les choses vont se passer.  

Et, à partir de là, il faut les écouter. Pour savoir ce qu’ils ont compris, ou non, et surtout ce qui les inquiète. Les masques, par exemple, peuvent angoisser les enfants petits, parce qu’ils modifient l’apparence. Mais on peut leur montrer, en les faisant se cacher eux-mêmes sous une feuille de papier, par exemple, que, derrière son masque, une personne reste la même.

Et il faut que les parents reparlent, régulièrement, de tout cela avec eux. Et qu’ils le fassent simplement, avec les mots qui leur viennent. Parce que les enfants n’ont pas besoin de beaux discours. Ils ont besoin de parents qu’ils sentent présents à leurs côtés, et prêts à les aider.  

Un enfant fait ses devoirs pendant le confinement, le 23 avril 2020, à Toulouse (Haute-Garonne).
Un enfant fait ses devoirs pendant le confinement, le 23 avril 2020, à Toulouse (Haute-Garonne). (CELINE GAILLE / HANS LUCAS / AFP)