Comment la Chine peut-elle construire deux hôpitaux en une dizaine de jours seulement ?

Pour répondre à l'urgence sanitaire du coronavirus 2019-nCoV, le gouvernement chinois a annoncé la construction de deux hôpitaux, qui devraient ouvrir dès le 3 et le 5 février. 

Photographie aérienne de l\'hôpital Huoshenshan à Wuhan, le 25 janvier 2020. 
Photographie aérienne de l'hôpital Huoshenshan à Wuhan, le 25 janvier 2020.  (XIAO YIJIU / XINHUA / AFP)

Un ballet de pelleteuses, un fourmillement d'ouvriers et un compte à rebours serré. Le gouvernement chinois s'est lancé un défi : construire en une dizaine de jours deux hôpitaux pour accueillir chacun plus de mille patients infectés par le coronavirus 2019 nCoV qui sévit depuis décembre. Wuhan, la mégapole d'où s'est propagé le virus, a aussi été mise sous cloche par les autorités. Des mesures radicales pour éviter la propagation du virus, qui a contaminé plus de 7 700 personnes et fait 170 morts au 30 janvier.

>> Coronavirus : suivez la situation en Chine et dans le monde dans notre direct

Photographie aérienne de pelleteuses et de camions sur le site de construction du nouveau hôpital, à Wuhan (Chine), le 27 janvier 2020.
Photographie aérienne de pelleteuses et de camions sur le site de construction du nouveau hôpital, à Wuhan (Chine), le 27 janvier 2020. (HECTOR RETAMAL / AFP)

Le projet du gouvernement est monumental, mais nécessaire pour faire face à la crise sanitaire, car les hôpitaux de la ville sont pris de court par l'afflux de malades. Ces nouveaux établissements devront "assurer la protection contre la contamination", a déclaré sur place le Premier ministre, Li Keqiang, à radio Hubei, le 27 janvier. Les deux hôpitaux, appelés Huoshenshan ("Hôpital du dieu du feu") et Leishenshan ("Hôpital du dieu de la foudre") et situés au bord d'une quatre-voies de la banlieue wuhanaise, accueilleront exclusivement des victimes du nouveau virus. Le premier bâtiment, qui occupera une surface de 25 000 m², est attendu pour le 3 février, le second pour le 5.

Elle mobilise des ouvriers jour et nuit

Sur le chantier, des centaines d'ouvriers se pressent. Leurs quartiers de repos se situent de l'autre côté de la route. Ils se relaient jour et nuit. "Il faut qu'on aille vite pour combattre l'épidémie", déclare l'un d'eux à l'AFP. Agé d'une trentaine d'années, l'homme explique travailler neuf heures par jour, "parfois plus, parfois moins, ça dépend des besoins". Avec ses collègues, il est acheminé sur les lieux en autocar et sa température est contrôlée, pour s'assurer qu'il ne contracte pas le virus. 

Des ouvriers s\'afférant sur le site de chantier de construction de l\'hôpital de Huoshenshan, à Wuhan, le 28 janvier 2020. 
Des ouvriers s'afférant sur le site de chantier de construction de l'hôpital de Huoshenshan, à Wuhan, le 28 janvier 2020.  (XIAO YIJIU / XINHUA / AFP)

"L'épidémie est un démon. Nous ne permettrons pas au démon de se cacher", a assuré le président Xi Jinping. Pour cela, les tractopelles se hâtent et les camions affluent. "Les travaux d'ingénierie, c'est ce que la Chine fait de mieux. Ils ont la réputation de construire des gratte-ciel à grande vitesse. C'est très difficile à imaginer pour les Occidentaux", rappelle Yanzhong Huang, un expert en santé publique spécialiste des politiques sanitaires chinoises, interrogé par la BBC. Avant d'ajouter : "Les pays autoritaires peuvent compter sur une mobilisation de la base. Ils peuvent dépasser les considérations bureaucratiques et les contraintes financières et sont capables de mobiliser toutes les ressources", analyse-t-il. En effet, le coût humain et matériel de tels projets est faramineux : le gouvernement chinois a évoqué un budget de 300 millions de yuans pour ces deux opérations, soit 39 millions d'euros. 

Elle utilise des bâtiments préfabriqués

Les travaux évoluent avec une rapidité déconcertante. Et pour cause, pas de ralentissements dû à l'obtention d'un permis de construire ni à d'autres formalités. Le type de construction choisi contribue également à cette efficacité. En effet, si des techniciens s'affairent pour installer l'électricité, internet et créer un système d'évacuation des eaux, les bâtiments sont réalisés en préfabriqués. Ces constructions modulaires permettent de réduire les délais. Elles nécessitent toutefois une préparation du terrain : travaux de terrassement et installation de supports pour le futur bâtiment. Des étapes qui ont été réalisées en un temps record, mais qui ne permettront certainement pas à la structure de durer dans le temps. Quoi qu'il en soit, les autorités ont décidé de faire la promotion de la rapidité de leur incroyable chantier. La chaîne China Daily a ainsi mis en ligne une vidéo en temps réel. 

Elle a déjà fait la même chose en sept jours en 2003

Le projet peut paraître fou vu de l'étranger, mais n'est pas inédit en Chine. En effet, en 2002-2003, le pays avait connu une épidémie de Sras (syndrome respiratoire aigu sévère), qui avait contaminé 5 327 personnes dans le pays et fait 774 morts dans le monde, dont 349 en Chine continentale. Face à cette crise sanitaire, le gouvernement chinois de l'époque avait décidé de construire, dans la banlieue de Pékin, un hôpital en une semaine pour accueillir les personnes infectées. Selon China.com.cn (en chinois), 4 000 ouvriers avaient travaillé nuit et jour pendant une semaine pour tenir les délais. 

Des ouvriers réalisant des finitions sur le nouvel hôpital de Xiaotangshan, dans la banlieue de Pékin, construit pour soigner les malades atteints du Sras, le 29 avril 2003. 
Des ouvriers réalisant des finitions sur le nouvel hôpital de Xiaotangshan, dans la banlieue de Pékin, construit pour soigner les malades atteints du Sras, le 29 avril 2003.  (FREDERIC BROWN / AFP)

L'hôpital, construit en préfabriqués, disposait de scanners, d'appareils de radiographie, d'une unité de soin d'urgence et d'un laboratoire. Il avait accueilli près d'un septième des personnes infectées par le Sras et avait permis d'enrayer l'épidémie, selon les médias officiels chinois, qui parlaient alors d'un "miracle dans l'histoire de la médecine". L'hôpital avait ensuite été "doucement abandonné", se souvient l'expert en santé publique Yanzhong HuangFace à une nouvelle épidémie dont les chiffres dépassent désormais le nombre d'infections enregistré lors de l'épisode du Sras, les autorités chinoises ont décidé de renouveler l'exercice.