"C'est un peu comme déposer des fleurs sur sa tombe" : l'artiste C215 dessine une fresque géante à la mémoire d'une caissière morte du coronavirus

Pour rendre hommage à cette habitante de Saint-Ouen, première victime parmi les caissières du groupe Carrefour, le street-artiste Christian Guémy a réalisé son portrait sur un mur de la ville. Haute de 3 mètres, la fresque s'affiche aux yeux de tous pour que "cette mémoire vivante continue de vivre".

Le portrait d\'Aïcha Issadounène par C215 à Saint-Ouen, la première victime du coronavirus parmi les caissières du groupe Carrefour.
Le portrait d'Aïcha Issadounène par C215 à Saint-Ouen, la première victime du coronavirus parmi les caissières du groupe Carrefour. (VICTOR VASSEUR / FRANCE-INFO)

De grands pochoirs sont plaqués contre le mur. Des jets de peintures sortent de la bombe, le visage d'Aïcha Issadounène, première victime du coronavirus parmi les caissières du groupe Carrefour décédée à l'âge de 52 ans, prend forme.

Ses cheveux bouclés, ses lunettes ovales, son collier autour du coup. Nora, sa petite soeur, se retient pour ne pas pleurer. "C'est beau, c'est magnifique, c'est un bel hommage. On a l'impression qu'elle est là", dit-elle émue. "Elle a grandi ici, elle est née ici. Toute son enfance, toute sa scolarité, toute sa vie était à Saint-Ouen. Elle aurait été fière, c'est une belle récompense." Le dessin est à trois mètres de haut. Il attire l'oeil avec ses traits roses et bleus qui entourent le visage de cette caissière.

Le portrait d\'Aïcha Issadounène par C215 à Saint-Ouen, la première victime du coronavirus parmi les caissières du groupe Carrefour.
Le portrait d'Aïcha Issadounène par C215 à Saint-Ouen, la première victime du coronavirus parmi les caissières du groupe Carrefour. (VICTOR VASSEUR / FRANCE-INFO)

Frédérique va passer tous les jours devant cette fresque. "Il n'y a pas eu que les infirmières. Il y a quand même des gens qui ont continué à servir, à vendre les produits, sans forcément les protections qu'il fallait. On les a condamnés", déclare-t-il. "Moi qui suis de Saint-Ouen, je ferai en sorte que tous les gens que je connaisse puissent voir ce visage. Qu'ils sachent qui était cette femme", insiste Frédérique. 

"La mémoire de ceux qui l'ont aimée"

Aïcha était serviable, attachante et bienveillante racontent ses proches. "Moi je ne peux pas regarder", déclare un homme très touché. "Vous avez le temps de le regarder, ça vous laisse du temps, lui répond l'artiste, Christian Guémy alias C215, vous avez tout votre temps maintenant." L'artiste explique sa démarche : "C'est la mémoire vivante, la mémoire de ceux qui l'ont aimée, c'est pour eux. Que cette mémoire vivante continue de vivre."

On oublie déjà ceux qui sont tombés du Covid.L'artiste C215à franceinfo

Christian Guémy alias C215 ne connaissait pas Aïcha. D'abord frappé puis ému, et interpellé par ce décès, c'est pour cela qu'il a dessiné ce portrait. "C'est un peu comme déposer des fleurs sur sa tombe mais c'est juste mémoriel, parce qu'on vit dans un monde où une actualité chasse l'autre, un thème chasse l'autre", regrette l'artiste.

Un passant devant la fresque dévoilée d\'Aïcha Issadounène par C215 à Saint-Ouen.
Un passant devant la fresque dévoilée d'Aïcha Issadounène par C215 à Saint-Ouen. (VICTOR VASSEUR / FRANCE-INFO)

"La permanence de ce portrait, à cet endroit-là, à petite échelle, rappellera aux gens qu'on a traversé quelque chose d'inouï et de très éprouvant pour tout le monde."  C215 ne compte pas s'arrêter là. Il aimerait aussi dessiner le visage de Roméo. Ce collégien a fabriqué des centaines de visières en imprimantes 3D pour les donner aux personnels soignants pendant l'épidémie.