"C'est indigne et irresponsable" : les propos d'Agnès Buzyn sur le coronavirus provoquent la polémique au sein de la classe politique

L'entourage du Premier ministre a indiqué qu'Edouard Philippe comptait répondre à Agnès Buzyn lors de son passage au journal de 20 heures sur France 2, mardi.

La candidate à la mairie de Paris Agnès Buzyn, dimanche 15 mars 2020.
La candidate à la mairie de Paris Agnès Buzyn, dimanche 15 mars 2020. (RAFAEL YAGHOBZADEH / POOL / REA / ABACA)

"A-t-elle su et prévenu trois mois avant ? Et dans ce cas, pourquoi rien n'a-t-il été fait ?" A l'image de Jean-Luc Mélenchon, de nombreux membres de la classe politique se sont indignés, mardi 17 mars, des propos tenus par Agnès Buzyn au sujet du maintien des élections municipales par le gouvernement. Dans un article publié par Le Monde, l'ancienne ministre de la santé qualifie en effet le scrutin de "mascarade" au regard de l'épidémie de coronavirus, et raconte avoir plaidé auprès du Premier ministre pour un report du premier tour dès le mois de janvier.

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Des aveux jugés "consternants" par le chef de file de La France insoumise, qui a appelé sur Facebook la mission d'information, décidée mardi matin en conférence des présidents à l'Assemblée nationale, de "se saisir" de ces propos.

Un "tsunami politique"

Le vice-président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a abondé sur Twitter : "Agnès Buzyn admet donc que le gouvernement savait que l'épidémie allait être gravissime, et qu'il a tenté de faire comme si de rien n'était ?! Il faudra qu'ils rendent des comptes !"

"Si c'est vrai, ce sera un tsunami politique sans précédent", a de son côté réagi le président des députés LR, Damien Abad, interrogé par Libération. "Mais nous ne voulons pas entrer aujourd'hui dans cette polémique, nous restons concentrés en responsabilité sur les mesures d'urgence."

Les déclarations de l'ancienne ministre ont créé des remous jusqu'au sein du gouvernement. "C'est indigne, déloyal et irresponsable. Chacun de nous fait ce qu'il peut pour gérer cette crise, on réagit très mal. La machine complotiste tourne à plein régime et elle l'alimente. Elle réécrit l'histoire et essaie de se donner le beau rôle, c'est sidérant", tempête un membre de l'exécutif interrogé par France Télévisions.

Buzyn "regrette l'utilisation de ses propos"

Face à la polémique, la candidate à la mairie de Paris a réagi dans l'après-midi. Dans un premier communiqué, Agnès Buzyn précise que "les formulations employées relèvent de perceptions et d'intuitions personnelles""Ces propos, recueillis en pleine crise, doivent être pris dans leur contexte. La formulation de 'mascarade' traduit en particulier le ressenti a posteriori d'Agnès Buzyn face au décalage de la campagne menée et de l'enjeu sanitaire présent", précise le texte.

L'ancienne ministre dit regretter "la tonalité de cet article et l'utilisation qui en est fait en cette actualité où tout le pays doit être tourné vers la gestion de crise", et ajoute que "le gouvernement a été pleinement à la hauteur des défis pour affronter ce virus".

"Lorsque j'ai appris l'émergence du coronavirus en Chine, j'ai eu l'intuition qu'une épidémie pouvait se profiler et ne pas se cantonner à la Chine. C'est vrai, j'ai exprimé mon inquiétude depuis le premier jour parce que c'était mon rôle. J'ai reçu le soutien immédiat du président de la République et du Premier ministre", a ajouté dans un second communiqué la candidate LREM à la mairie de Paris.

Contacté par le service politique de franceinfo, l'entourage du Premier ministre a indiqué qu'Edouard Philippe comptait répondre à Agnès Buzyn lors de son passage au journal de 20 heures sur France 2, mardi soir.