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Baisse des salaires : "Une solution qui n'est ni bonne pour les salariés ni pour l'économie", selon la CGT

Pour maintenir les emplois menacés par la crise économique liée au coronavirus, Catherine Perret, secrétaire confédérale de la CGT propose de baisser le temps de travail "pour que tout le monde puisse travailler".

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Pour limiter le nombre de suppression de postes, la CGT défend l\'instauration de la semaine de 32 heures.
Pour limiter le nombre de suppression de postes, la CGT défend l'instauration de la semaine de 32 heures. (LUDOVIC MARIN / POOL)

Syndicats et patronat étaient réunis jeudi 4 juin, dans l'après-midi, à l'Elysée autour d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe pour discuter de l'emploi, mis à mal par la crise économique liée au coronavirus. Parmi les pistes évoquées : la baisse temporaire des salaires en échange d'un maintien de l'emploi. "C'est une solution qui n'est ni bonne pour les salariés ni pour l'économie", a déclaré sur franceinfo Catherine Perret, secrétaire confédérale de la CGT. "Il n'y a pas de raison de déréglementer le droit du travail et de faire du chantage à l'emploi", a-t-elle expliqué. Catherine Perret a mis en avant la proposition de son syndicat, qui est "de réduire le temps de travail pour que tout le monde puisse travailler et qu'on partage le temps de travail".

franceinfo : Le gouvernement défend une solution pour les entreprises qui vont mal : une baisse possible des rémunérations le temps de passer la crise. Est-ce que vous l'acceptez, vous, la CGT ?

Catherine Perret : Non, pas du tout. Nous ne pensons pas du tout que c'est une bonne solution. La première solution, me semble-t-il, c'est déjà de prendre en compte le nombre de salariés qui se retrouvent au chômage à cause de la crise sanitaire et qui, pour l'instant, sont en épuisement de leurs droits. Et on attend avant tout de monsieur Macron une réponse immédiate sur la prorogation des droits chômage et l'annulation de la réforme chômage qui est catastrophique. C'est notre première priorité, notre première urgence. Ensuite, il n'y a pas de raison de déréglementer le droit du travail et de faire du chantage à l'emploi.

Il y a la possibilité de partager le travail et de faire en sorte que tout le monde puisse travailler en maintenant leur niveau de rémunération.

Catherine Perret, secrétaire confédérale CGT

Ces accords de "performance collective", qui permettent une baisse des salaires, datent de 2017. Ont-ils permis selon vous de sauver des emplois ?

Ça date de la loi Travail que la CGT a combattue avec des millions de Français dans les rues pendant de nombreux mois et, à l'expérience, partout où il y a eu des accords, ça n'a malheureusement pas sauvé l'emploi, et ça n'a pas sauvé les entreprises, donc c'est une très mauvaise méthode que d'obliger les gens à gagner moins pour ne pas perdre leur emploi. C'est une solution qui n'est ni bonne pour les salariés ni pour l'économie. Et j'ajoute qu'aujourd'hui, il faudrait quand même qu'on fasse un petit peu le bilan de la situation économique d'un certain nombre d'entreprises, justement, qui demandent à baisser les salaires alors que de nombreuses continuent de verser des dividendes extrêmement importants à leurs actionnaires et que de nombreuses également n'ont pas eu de problème économique majeur qui justifie qu'on baisse les droits des salariés.

Les économistes de l'OFCE craignent jusqu'à 100 000 défaillances d'entreprises, 500 000 emplois qui pourraient disparaître d'ici la fin de l'année. Comment les sauver ?

La question urgente, c'est de mettre sur la table la proposition que la CGT porte de réduire le temps de travail pour que tout le monde puisse travailler et qu'on partage le temps de travail. Nous avons une proposition de passer à la semaine de 32 heures, par exemple. Ça pourrait être une proposition à étudier et à mettre sur la table. Il faut justement profiter de cette crise pour changer le travail et changer l'organisation du travail dans notre pays. Dans beaucoup d'endroits, on travaille trop et il y a malheureusement trop de jeunes qui n'accèdent pas à l'emploi. Donc, ouvrons le débat en grand. Alors, évidemment, ça pose la question du rapport entre le travail et le capital. Nous, on considère qu'il y a moyen de produire autrement et de partager le fruit du travail autrement.

Il faut que les entreprises qui dégagent de gros bénéfices fassent plus d'efforts pour justement permettre à tout le monde de travailler bien.

Catherine Perret, secrétaire confédérale CGT

Il y a un problème particulier, c'est le cas des petites et moyennes entreprises qui ont été durement touchées par la crise. Il faut un soutien, bien sûr, de l'Etat, mais il faut aussi un soutien et une solidarité des grandes entreprises, qui utilisent souvent des petites et moyennes entreprises en sous-traitance et qui ne veulent pas assumer la responsabilité, justement, de la baisse, par exemple des commandes. Ça, c'est des questions majeures de solidarité entre les entreprises.

Pour limiter le nombre de suppression de postes, la CGT défend l\'instauration de la semaine de 32 heures.
Pour limiter le nombre de suppression de postes, la CGT défend l'instauration de la semaine de 32 heures. (LUDOVIC MARIN / POOL)