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Ryanair : la CGT dénonce un "chantage à l'emploi" et estime que les baisses de salaires "ne sont pas des mesures efficaces"

La direction de la compagnie aérienne demande à ses salariés d'accepter une baisse de leur rémunération. En cas de refus, elle envisage de se séparer de 20% de son personnel en France.

Ryanair demande aux syndicats de signer un accord collectif prévoyant la baisse des rémunérations des hôtesses, stewards et pilotes de 10% à 20%.
Ryanair demande aux syndicats de signer un accord collectif prévoyant la baisse des rémunérations des hôtesses, stewards et pilotes de 10% à 20%. (NICOLAS BLANZAT / FRANCE-BLEU LIMOUSIN)

La secrétaire confédérale de la CGT Céline Verzeletti dénonce un "chantage à l'emploi", lundi 1er juin sur franceinfo, alors que la compagnie Ryanair demande aux syndicats de signer un accord collectif prévoyant la baisse des rémunérations des hôtesses, stewards et pilotes de 10% à 20%. Sans cette signature, l'entreprise menace de licencier 20% de son personnel en France, soit 50 salariés. Selon la syndicaliste, "ce ne sont pas des mesures efficaces". Elle recommande des hausses des salaires quand c'est possible. Début mai, l'entreprise irlandaise avait annoncé un plan global de 3 000 suppressions de postes.

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franceinfo : Des entreprises proposent à leurs salariés un accord pour préserver leur emploi en baissant leurs salaires. Dénoncez-vous une forme de chantage ?

Céline Verzeletti : Quand on parle d'accord, c'est vite dit, ça n'en a que le nom. Quand une grande entreprise dit à ses salariés que s'ils veulent garder leur emploi, il va falloir accepter soit de travailler plus longtemps sans être mieux payé, soit accepter des salaires beaucoup plus bas, c'est plutôt du chantage à l'emploi et malheureusement, je trouve que ce ne sont pas des mesures efficaces parce que baisser les salaires, ça appauvrit les salariés et donc à moyen et long terme, ça va nuire à l'économie et donc ça va nuire à l'emploi.

Ce sont toujours les mêmes qui font des efforts sans que ça ait une efficacité pour la relance de la production.Céline Verzeletti, secrétaire confédérale CGT

Selon vous, ce sont toujours les salariés qui doivent payer les pots cassés ?

Les accords dont on parle sont issus de la loi "Travail" que nous avions dénoncée à l'époque. Beaucoup de flexibilité pour les salariés et ce sont toujours eux qui doivent faire des efforts en temps de crise. Dans les grandes entreprises, commençons par baisser les grosses rémunérations des PDG, par supprimer les dividendes donnés aux actionnaires et après on verra s'il y a toujours besoin de faire des économies. Ce que nous disons à la CGT, c'est qu'il faut bien regarder les comptes des entreprises et on s'aperçoit souvent, notamment dans les entreprises du CAC40, qu'elles continuent à verser des dividendes. Ça veut dire qu'elles dégagent d'énormes profits alors même qu'elles demandent des efforts aux salariés. Donc, si c'est pour maintenir les marges de bénéfices et pour maintenir le versement d'importants dividendes, c'est non. C'est là où il y a un gros problème, c'est que souvent ce n'est absolument pas parce qu'il y aurait un problème au niveau de la production ou que véritablement il y aurait besoin de baisser les salaires pour préserver les emplois.

Que proposez-vous comme alternative ?

Il faut absolument que l'État soit assez exemplaire. L'État employeur, lui, devrait garantir plus de droits et revaloriser les salaires. Je pense que c'est en augmentant les salaires qu'on pérennise une économie et qu'on permet plus d'emplois. Et ensuite, c'est aussi en diminuant le temps de travail qu'on permet aussi le partage du travail et qu'on évite comme ça qu'il y ait énormément de personnes privées d'emploi. L'épidémie, le confinement, l'arrêt provisoire de certaines économies ont fait qu'il y a beaucoup plus de personnes privées d'emploi. Comment fait-on et comment réfléchit-on pour faire en sorte que chacun puisse trouver du travail et que chacun soit rémunéré comme il le faut aussi ? Ce n'est certainement pas en proposant - ce que font de grandes entreprises - d'allonger le temps de travail. Ce n'est pas une bonne réponse et ça a déjà été fait dans le passé : on a demandé des efforts à des salariés, il y a eu des accords, ils ont été dans l'obligation de travailler plus, dans l'obligation d'avoir des rémunérations plus basses et finalement, au bout de quelques années, il y a quand même eu des fermetures d'entreprises ou des délocalisations.