Le baclofène bientôt autorisé pour soigner l’alcoolisme

L'Agence du médicament devrait valider l'utilisation temporaire de ce relaxant musculaire pour traiter l'alcoolodépendance.

Boîtes de baclofène, relaxant musculaire prescrit parfois pour traiter l\'alcoolodépendance.
Boîtes de baclofène, relaxant musculaire prescrit parfois pour traiter l'alcoolodépendance. (AFP / ERIC BERACASSAT / ONLY FRANCE)

Le recours au baclofène pour soigner l'alcoolisme fait son chemin. Ce médicament, initialement prescrit comme relaxant musculaire, devrait se voir accorder une recommandation temporaire d'utilisation (RTU) pour traiter l'alcoolodépendance d'ici la fin du mois de juin. Le directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), Dominique Maraninchi, l'a annoncé lundi 3 juin à l'occasion d'un colloque sur le sujet, à Paris.

Qu'est-ce que le baclofène ?

Le baclofène, anciennement connu sous le nom de liorésal, est à l'origine un relaxant musculaire, utilisé notamment dans le traitement de la sclérose en plaques. Ses effets sur l'envie de boire ont été découverts par hasard par le docteur Olivier Ameisen dans les années 2000. Ce cardiologue devenu alcoolique affirme que le "baclo", utilisé à fortes doses durant quelques semaines, l'a rendu indifférent à l'alcool, sans effets secondaires importants, et sans abstinence. Olivier Ameisen a tiré de son expérience un livre, intitulé Le Dernier Verre, qui a popularisé le médicament et ouvert le débat dans la communauté médicale. 

Quels sont ses usages actuellement ?

A l'heure actuelle, le baclofène ne bénéficie pas de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) qui lui permettrait d'être prescrit officiellement comme traitement contre l'alcoolodépendance. Mais de plus en plus de médecins, convaincus de ses effets sevrants, délivrent des ordonnances de baclofène à des alcooliques. Sa prescription hors AMM a ainsi augmenté de 29% en 2012, selon des chiffres de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam).  Environ 50 000 buveurs excessifs s'en font prescrire en France. En avril, une trentaine de personnalités, dont de nombreux médecins, ont dénoncé "l'atermoiement" des pouvoirs publics dans la mise à disposition du public du médicament dans un appel rendu public.

Nos confrères de France 3 Rhône-Alpes ont rencontré Pascal Etroit, ancien alcoolique qui estime avoir  trouvé dans le baclofène un traitement idéal.

Que prévoit l'Agence du médicament ?

Le baclofène devrait se voir accorder une recommandation temporaire d'utilisation d'ici la fin du mois de juin, a indiqué le directeur général de l'ANSM. Elle devrait être valable trois ans. La RTU peut être prise par l'ANSM lorsqu'il n'existe pas de traitement alternatif approprié disposant d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour une pathologie donnée. Elle a pour objectif de sécuriser l’utilisation du médicament grâce à la mise en place d’un suivi des patients. Elle ne peut excéder une durée de trois ans. 

Dominique Maraninchi a souligné le besoin de "plus de connaissances" sur l'efficacité du médicament. En France, deux essais cliniques ont été lancés pour tester son efficacité : l'essai Bacloville, autorisé en avril 2012 par l'ANSM, et l'étude Alpadir, initiée en milieu hospitalier en octobre dernier. Leurs résultats sont très attendus dans un pays qui compte 1,5 million d'alcoolodépendants et 3,5 millions de personnes souffrant de consommation excessive.