La (vraie) recette des frites est-elle en danger à cause de la Commission européenne ?

La double cuisson serait sur la sellette en raison de sa nocivité pour la santé.

Des frites à Lille (Nord), le 23 octobre 2013.
Des frites à Lille (Nord), le 23 octobre 2013. (MAXPPP)

Tous les puristes des Hauts-de-France et de Belgique sont affirmatifs : l'authentique recette des frites nécessite deux bains d'huile. "L'un à température moyenne, l'autre à température plus élevée", explique France 3 Hauts-de-France, afin d'obtenir des frites bien croustillantes. Mais ce mode de cuisson serait dans le collimateur de la Commission européenne, rapporte le quotidien belge Het Nieuwsblad (en flamand), dimanche 18 juin.

En effet, un projet de l'Union européenne compter lutter contre la présence dans nos aliments de l’acrylamide, une substance cancérogène qui apparaît "spontanément lors de la cuisson d’aliments à plus de 120 °C", précise le magazine Sciences et avenir. Or la double cuisson des frites entraînerait une forte concentration d'acrylamide, selon Het Nieuwsblad.

La double cuisson érigée au rang de patrimoine

"L’Europe menace notre culture de la frite", a estimé le ministre flamand du Tourisme, Ben Weyts. "C’est précisément grâce à cela que nous avons les meilleures frites au monde et je n’ai pas l’intention d’y renoncer", a insisté cet élu ouvertement eurosceptique.

Il y va de notre tradition culinaire.Ben Weytsau quotidien flamand "De Zondag"

Une prise de position contestée par plusieurs scientifiques. "Nous ne pouvons pas la tester sur des humains, mais plusieurs études établissent un lien entre cette substance et les cancers de l’utérus, des ovaires et du rein", a expliqué au journal flamand le docteur Janneke Hogervorst, qui travaille sur le sujet.

"La culture populaire ne peut quand même pas primer sur la santé publique ? Je trouve ça bizarre et populiste", a jugé le spécialiste de l'alimentation Patrick Mullie. Et d'argumenter : "Les cigarettes Belga étaient également une tradition nationale. A-t-on eu tort pour autant de lutter contre leur consommation ?"

"Du bashing anti-Union européenne"

De son côté, Bart Staes, un député européen flamand et écologiste, a également vivement critiqué la sortie de Ben Wyets, le comparant à "un éléphant dans un magasin de porcelaine qui vient nuire à la lutte contre une meilleure protection contre le cancer par la polémique", d'après la RTBF"C'est du bashing anti-Union européenne dans la plus pure tradition rabique eurosceptique", a-t-il jugé.

Un journaliste de Politico basé à Bruxelles a rapporté, mardi, les propos de Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission européenne, qui s'est montré plutôt rassurant.