Fermeture partielle des urgences de nuit : "Il va falloir généraliser", prône le chef du service des urgences du CHU de Bordeaux

Restreindre l'accès aux urgences la nuit permet de dégager "plus de moyens pour les patients qui en ont réellement besoin" et "cela évite des heures d'attente" aux patients qui ne relèvent pas des urgences, se félicite Philippe Revel qui souhaite une réorganisation pérenne en ce sens.

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Radio France
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Philippe Revel, chef du service des urgences au CHU de Bordeaux, le 2 mai 2022. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP)

Les restrictions à l'accès des urgences de nuit au CHU de Bordeaux "nous ont permis de réduire à peu près entre 20 et 25% le passage", a indiqué vendredi 1er juillet sur franceinfo Philippe Revel, le chef du service. 120 services d'urgence ont déjà réduit leur activité, faute de personnel. Les vacances qui approchent ne vont sans doute pas arranger la situation. Le rapport Braun, commandé par le gouvernement, préconise tout bonnement de fermer partiellement les urgences la nuit lorsqu'il n'y a pas assez de personnel. Cela permet "des conditions de travail plus faciles et donc plus de temps pour s'occuper des patients qui sont présents", a-t-il expliqué. Selon lui, "il va falloir le généraliser, car il est important que l'on puisse réfléchir à la réorganisation de nos urgences", indique-t-il.

franceinfo : Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Cela nous a permis de réduire à peu près entre 20 et 25% le passage aux urgences la nuit sur le site de Pellegrin et d'ainsi modifier le fonctionnement à l'intérieur du service, rendant plus de moyens pour les patients qui ont réellement besoin de nos soins au cours de la soirée. Des conditions de travail plus faciles et donc plus de temps pour s'occuper des patients qui sont présents. Pour les patients qui ne relevaient pas directement des urgences, cela évite des heures d'attente, pour un avis qui ne motive pas cette attente si longue.

Quels sont les types d'urgence que vous refusez ?

Des patients qui ont indiscutablement besoin d'une prise en charge médicale, mais qui devraient normalement être pris en charge par un autre circuit, notamment par la médecine générale, médecine de ville, ou par d'autres professionnels de santé, mais qui, faute de trouver de solution, viennent quand même aux urgences. C'est ce que nous souhaitons réorganiser.

Vous les orientez vers quels services ?

La nuit, il y a quelques systèmes de garde comme SOS Médecins ou d'autres professionnels qui sont postés sur la métropole bordelaise jusqu'à minuit. Après, il y a beaucoup moins de malades qui viennent après minuit. Donc on leur propose des solutions et, le cas échéant, pour les moins graves, on leur dit de contacter leur médecin traitant le lendemain. Mais ils ont quand même eu cet avis médical. Et donc, quelque part, ils ont une première information pour se soigner.

On ne risque pas de passer à côté d'une urgence vitale en réalisant un diagnostic par téléphone ?

Non, parce que les équipes de régulation médicale au Samu sont tout à fait formées à faire cette évaluation et en fonction d'un certain nombre d’informations que l'on récolte au téléphone, on est capables de déterminer la gravité de l'état du patient et d'engager sa filière.

Le rapport Braun recommande de généraliser ce filtrage aux urgences. C'est possible, selon vous ?

Oui, il va falloir le généraliser, car il est important que l'on puisse réfléchir à la réorganisation de nos urgences. Il faut pouvoir créer plusieurs niveaux de prise en charge. Il y a les urgences en tant que telles, mais il y a aussi, justement, ce qui peut se faire à l'extérieur des urgences par des soins en ville, par d'autres professionnels. C'est l'occasion de mettre en place cette réorganisation.

Dans vos services, faites-vous face à de nombreux de départs de personnels soignants ?

Oui, énormément. Tant chez les médecins que chez les paramédicaux.

"On a une fuite de nos collaborateurs depuis six mois, ce qui nous a obligés à engager ces réorganisations parce que nous n'avions plus assez de monde pour faire tourner le service à partir du mois de mai."

Philippe Revel, chef du service des urgences au CHU de Bordeaux

à franceinfo

On a finalisé nos plans d'organisation de l'été. On devrait avoir un fonctionnement continu. On est quand même très inquiets sur les lits d'aval, c'est-à-dire la capacité à pouvoir hospitaliser les patients au cœur de l'été. On reste très vigilants et l'organisation qu'on propose est très fragile parce qu'il suffit qu'il y ait d'autres départs, des maladies ou des arrêts imprévus, et cela nous mettrait de nouveau en difficulté. Nous sommes dans une situation qui est stabilisée, nous sommes sur le fil et nous ferons tout pour ne pas tomber.

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