Cartes Crise à l'hôpital : quels sont les services d'urgence en difficulté en France avant l'été ?

Confrontés à un manque de lits et de personnel, près de 130 services d'urgence répartis dans une soixantaine de départements affirment faire face à d'importantes difficultés, les forçant à limiter leurs activités ou à s'y préparer.

Article rédigé par
Lise Kiennemann - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Carte des centres hospitaliers français abritant un service d'urgence en difficulté, au samedi 4 juin, selon le syndicat Samu-Urgences de France (SUdF). (ELLEN LOZON / FRANCEINFO)

Alerter avant de "compter les morts". Neuf syndicats et collectifs ont appelé les soignants et autres salariés des hôpitaux à la mobilisation ce mardi 7 juin. Quelques jours après l'annonce par Emmanuel Macron du lancement d'une "mission flash" pour faire le bilan de la situation des urgences, ils demandent des hausses de salaire et d'effectifs. 

Les services d'urgences souffrent : 127 d'entre eux se trouvent même en grande difficulté, selon une liste du syndicat Samu-Urgences de France (SUdF) consultée par franceinfo. Soit 20% des 620 établissements – publics et privés – qui disposent de telles unités en France.

Conséquence : celles-ci sont d'ores et déjà contraintes de limiter leurs activités ou s'y préparent. "Il y a une rupture de l'accès aux soins", a averti Patrick Pelloux, le président de l'Association des médecins urgentistes de France, au micro de franceinfo, vendredi 27 mai.

Des urgences en tension dans toute la France

A l'origine des difficultés rencontrées par les établissements, la pénurie de moyens humains s'impose comme le premier facteur explicatif. Quelque 90% des hôpitaux en tension manquent de personnel médical quand 47% sont à court de personnel non médical (aides-soignants, infirmiers, personnel administratif, etc.), selon la liste de SUdF, syndicat qui a vu son président, François Braun, être chargé de la mission d'un mois sur les services d'urgences. A l'origine de ce manque de bras : des conditions de travail difficiles et un manque d'attractivité de la profession.

Autre difficulté : le manque de lits dits "d'aval", destinés aux patients devant être hospitalisés à leur sortie des urgences. Des lits fermés, la plupart du temps, en raison d'un nombre insuffisant de soignants pour s'en occuper. Ainsi, 32% des hôpitaux répertoriés par SUdF subissent ainsi à la fois un manque de personnel et un manque de lits.

La liste de Samu-Urgences de France (non exhaustive, d'autant qu'elle n'inclut pas la Corse, la Guyane et les Antilles, faute de données) montre toutefois que plus de 60 départements, dont Mayotte, sont concernés par ces difficultés aux urgences. La situation est d'ailleurs particulièrement critique sur cette île de l'océan Indien, où l'unique service d'urgence fait face à manque de lits et de personnel. Le Val-de-Marne, la Gironde ou encore l'Ille-et-Vilaine sont aussi durement touchés, avec chacun cinq services d'urgences en détresse.

Par ailleurs, tous les hôpitaux sont touchés, indépendamment de leur taille. A l'instar des établissements de Remiremont (Vosges), Redon (Ille-et-Vilaine) ou Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), nombre de petits centres hospitaliers sont à la peine. Mais 14 des 32 plus gros hôpitaux – les centres hospitaliers universitaires (CHU) ou centres hospitaliers régionaux (CHR) – figurent aussi sur cette liste. Parmi eux, les CHU de Dijon (Côte-d'Or), d'Angers (Maine-et-Loire) ou de Lyon (Rhône).

Quelques rares services forcés de fermer

Dès lors, comment faire pour assurer un service minimum ? Soixante-dix-neuf services d'urgences ont ainsi recours à des fermetures, souvent partielles. Parfois, les établissements sont contraints de fermer certaines nuits, comme à Voiron (Isère), quand d'autres suppriment des équipes du Smur (service mobile d'urgence et de réanimation) –le CHU de Metz par exemple. Les urgences de Senlis (Oise) ont elles été temporairement transférées à Creil. 

Dans certains cas encore rares, les urgences sont purement et simplement fermées. C'est le cas à Chinon (Indre-et-Loire), où les urgences ont cessé de fonctionner le 18 mai en raison de très nombreux arrêts-maladies. Sur la trentaine de membres du personnel paramédical, une seule infirmière était en capacité de travailler, rapporte en effet La Nouvelle République du Centre.

D'autres centres choisissent de réguler l'arrivée de patients. A Cherbourg, par exemple, l'accès aux urgences est conditionné à partir de 15 heures à un appel préalable au Samu, chargé d'orienter les patients en fonction de la gravité de leur situation. Autre solution : le délestage. Près de 10% des services d'urgences en tension redirigent ainsi leurs patients vers d'autres hôpitaux. Pour pallier le manque d'effectifs, un quart des services d'urgences référencés par SUdF se tournent par ailleurs vers l'intérim.

Signe de la gravité de la situation, cinq hôpitaux (Nevers, Rennes, Roubaix, Tourcoing et Longjumeau) ont aussi déclenché le plan blanc. Ce dispositif permet d'assurer la prise en charge des patients, en rappelant du personnel en repos ou en déprogrammant des opérations non urgentes. "Quand on déclenche un plan blanc, normalement, c'est dans une situation d'urgence, par exemple un gros accident industriel, avec une usine qui saute et des blessés, ou lors des vagues les plus critiques de Covid," explique Jacques Adamski, secrétaire général de la CGT des agents hospitaliers de Roubaix, à France 3 Hauts-de-France. Or ce système peut aussi épuiser le personnel.

De vives inquiétudes pour l'été à venir

A un mois des vacances, cette situation tendue inquiète les professionnels de santé. "Ce sera sans doute l'été le plus difficile qu'on n'ait jamais connu. Il faut vite trouver des solutions", a prévenu Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France, sur franceinfo.

Certains établissements demandent au personnel d'annuler des congés ou de recourir aux heures supplémentaires. Le centre hospitalier d'Amiens a ainsi raccourci les vacances de certains de ses employés, à trois semaines maximum, voire deux semaines pour certains, quand celui de Saint-Brieuc octroie une prime de 350 euros à ceux qui décaleraient leurs congés.

Des solutions qui risquent, selon certains soignants et syndicats, d'accentuer un épuisement déjà présent et de provoquer de nouveaux départs. 

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