Fermetures de lits, primes, recrutement de jeunes diplômés... face à la pénurie de soignants, le système D des hôpitaux pour passer l'été

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Alors que de très nombreux hôpitaux en France font face à un manque de soignants et ferment déjà des services, l'inquiétude est forte à l'arrivée de la période estivale.

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Radio France
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Les urgences de l'hôpital d'Orléans sont fermées depuis deux mois. (ANNE LAURE DAGNET / FRANCEINFO)

"Comment passer l’été ?" La question très triviale et concrète se pose dans de nombreux hôpitaux en France qui manquent de bras. Cette crise que traverse l’hôpital n’est pas nouvelle, et l'on en parle régulièrement, mais cette fois, elle prend des proportions qui frôlent le jamais-vu.

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Cette crise touche de plus en plus les services d'urgences dans la totalité de la France, même dans les grandes villes comme BordeauxLes urgences fonctionnent au ralenti ou ferment leurs portes dans deux hôpitaux sur dix. Pour éviter la catastrophe lorsque le personnel partira en vacances cet été, chacun a ses solutions. À Amiens, le DRH de l'hôpital Fabien Martinez a carrément raccourci les congés de certains de ses employés. "Pour l'instant, on maintient trois semaines de congés pour nos professionnels au maximum, mais certains n'auront que deux semaines. Avec beaucoup de difficultés, nous essayons de recruter des jeunes diplômés qui vont sortir d'école fin juin ou début juillet."

"La période estivale risque d'être très compliquée avec des fermetures de lits dans certains secteurs pour pouvoir laisser partir nos professionnels en congés malgré tout."

Fabien Martinez, DRH de l'hôpital d'Amiens

à franceinfo

Fermer des lits, c’est la solution classique quand il y a beaucoup d’absents. C'est probablement ce que va faire l’hôpital d'Arles. La directrice des Ressources humaines Sophie Debliquy ne veut pas toucher aux congés. "Nous n'avons jamais annulé les congés annuels de nos professionnels. Je pense que si on le fait, ça va encore empirer la situation, avec des arrêts de travail. Ce n'est pas forcément la solution. Nous allons sûrement être amenés à refermer des lits".  

À Saint-Brieuc, l'hôpital a quant à lui sorti le porte-monnaie : il offre 350 euros par semaine aux infirmiers et aux aides-soignants qui acceptent de décaler leurs congés après le 15 septembre. Les hôpitaux peuvent aussi embaucher des intérimaires. Ils le font en dernier recours, parce que ça leur coûte extrêmement cher : le prix peut monter à 4000 euros la journée pour un médecin remplaçant.

La solution à plus long terme existe-t-elle ?

Pour le professeur Rémi Salomon, qui préside l'instance représentative des médecins au sein des CHU, l'urgence absolue, sur le long terme, est de mieux payer les astreintes de nuit, du week-end et des jours fériés. Ces primes n'ont pas évolué depuis 20 ans et une infirmière gagne seulement 10 euros bruts pour une nuit de travail. "Il faut payer mieux, nous n'avons pas le choix", commence-t-il. Les patients sont là.

"Si nous voulons recruter, il faut mieux payer de manière significative. C'est vraiment urgent."

Rémi Salomon, président des médecins de CHU

à franceinfo

"Je pense qui si on paye nettement mieux, ce sera un signal qui permettra de redonner la possibilité de recruter et de remplir les tableaux de gardes." 

De plus, afin de remplir les tableaux de garde des services des urgences, les hospitaliers comptent sur les médecins de ville. Or, il est parfois difficile de trouver des volontaires pour assurer des gardes. Frédéric Valletoux, le président de Fédération hospitalière de France met les pieds dans le plat : "Ce que nous demandons, c'est qu'il y ait une obligation pour chaque professionnel de santé de participer à cette permanence des soins. Évidemment, je ne parle pas du cœur de la nuit, mais peut-être en début de soirée, peut-être le week-end en fin d'après-midi, peut-être même le dimanche. Notre idée serait de faire confiance aux acteurs de terrain pour qu'ils s'organisent entre eux.

Des demandes "déroutantes" 

Une hausse des primes, des gardes obligatoires pour les médecins libéraux, et pour attirer les jeunes à l’hôpital, il faut aussi que la direction fasse preuve de souplesse, comme l'explique la DRH de l'hôpital d'Arles : "Nous avons affaire à des jeunes professionnels qui sont parfois déroutants, qui ne veulent pas faire de nuits et qui ne veulent pas travailler le week-end. Nous ne pouvons pas accéder à ces demandes car nous avons des patients dans les lits. Nous essayons de trouver une organisation avec ces fameuses 12 heures de travail, qui permettent aux professionnels de venir moins longtemps à l'hôpital et d'avoir plus de jours de repos. C'est ce qui est très recherché en ce moment."

Enfin, il faut fidéliser ces jeunes diplômés en faisant évoluer les métiers, notamment celui d’infirmier. Et puis, il y a l'argent, le nerf de la guerre : l'investissement pour les hôpitaux a été divisé par deux ces dix dernières années. Le Ségur de la santé n’a pas comblé ce retard. Le gouvernement devra y penser cet automne quand il se penchera sur le budget de la sécurité sociale.

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