Témoignages Des étudiants handicapés racontent les discriminations à l'université : "Je passe plus de temps à me battre pour mes droits"

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Sur Twitter, des étudiants témoignent des discriminations qu'ils subissent à l'université en raison de leur handicap. (ANDERSEN ROSS PHOTOGRAPHY INC / DIGITAL VISION / GETTY IMAGES)

Sous le hashtag #NousEtudiantEsHandiEs, de nombreux étudiants handicapés racontent sur Twitter les difficultés qu'ils affrontent lors de leurs études. Franceinfo a recueilli leurs témoignages.

"J'ai été maltraité, humilié et harcelé pendant ma prépa. Par les profs et les élèves", raconte Artémis sur Twitter. Depuis plusieurs jours, à la suite d'une enquête de Mediapart sur les violences subies par une étudiante handicapée à l'université Paris-Descartes, de nombreuses personnes handicapées témoignent sur le réseau social de leur vécu lors de leurs études. Avec le hashtag #NousEtudiantEsHandiEs, elles dénoncent un système peu adapté à leurs diverses situations.

"L'accessibilité à la fac est absolument atroce", dénonce Helios. Dans un bâtiment où il est censé y avoir trois ascenseurs, un seul fonctionne." Par conséquent, cet étudiant de 19 ans en première année d'études de langues étrangères à Strasbourg ne peut pas accéder à tous les étages, "pour aller voir les responsables", ni même le service de la scolarité pour sa carte d'étudiant. Helios, autiste, présente aussi des troubles dys (qui induisent des troubles de l'apprentissage) et souffre de douleurs chroniques permanentes. "Et quand c'est adapté, c'est fait de façon excluante. Dans l'amphithéâtre, les étudiants handicapés en fauteuil sont placés dans un rang séparé, donc on n'est pas en contact avec les autres", déplore-t-il.

Des salles de cours "inaccessibles en fauteuil"

Dans son université du sud de la France, Lucas*, étudiant en troisième année de droit, se bat également sans cesse pour accéder aux locaux de sa fac. "Depuis la rentrée en septembre, mes cours ont eu lieu à deux reprises dans une salle non accessible par l'ascenseur. Pourtant, je ne suis pas nouveau, l'administration sait que je suis en fauteuil", pointe cet étudiant de 30 ans. Depuis l'âge de 6 mois, Lucas est atteint du syndrome de Little, qui provoque une infirmité motrice cérébrale et des troubles associés, comme la dyspraxie (trouble du développement moteur), et des difficultés à se concentrer. "Je leur ai écrit pour leur dire que je n'ai pas pu assister au cours, mais c'était toujours pareil la semaine d'après", déplore-t-il.

A la question de l'accessibilité du bâtiment, s'ajoute celle du mobilier des salles de classes et amphithéâtres. Roxanne, 20 ans, qui souffre notamment d'une dyspraxie majeure, déplore l'inadaptation de la lumière et du bruit aux personnes autistes ou épileptiques.

"Quand j'étais en BTS informatique à Reims, il y avait des néons avec une lumière blanche extrêmement forte qui faisait du bruit. C'est très usant pour les personnes épileptiques. Ils pourraient mettre une lumière plus chaude ou réglable."

Roxanne

à franceinfo

"Pour les personnes ayant des troubles de l'attention, les cours en amphithéâtre ne sont pas toujours faciles : 200 personnes qui grattent, tapent, les strapontins qui bougent, quand on n'arrive pas à filtrer le moindre son, au bout de 4 heures on est juste effondré", illustre-t-elle.

"L'impression d'être déconsidéré en permanence"

Les étudiants interrogés par franceinfo doivent également négocier en permanence l'organisation de leur scolarité. "J'ai besoin d'un preneur de notes, que quelqu'un puisse assister aux cours et me les transmettre ensuite car je suis très souvent épuisé", reprend Helios. En général, les universités demandent à d'autres élèves d'exercer cette fonction, mais la mise en place n'est pas toujours faite dans les temps, quand elle ne se révèle pas impossible. "Il faudrait me trouver quelqu'un de disponible dans la promotion pour chaque cours magistral et chaque travail dirigé."

"On est mi-octobre et je n'ai toujours pas de preneur de notes. Donc je n'ai toujours pas accès à une grande partie des cours."

Helios

à franceinfo

Lucas a mis énormément de temps aussi à avoir un preneur de notes. "J'ai dû me battre, je suis allé voir le délégué du Défenseur des droits dans ma région, me déplacer dans une autre ville… C'était un vrai cheval de bataille, tout le monde se renvoyait la balle. Et puis à l'université, les référents au handicap sont vacataires, changent tout le temps… Il n'y a aucune politique stable sur le handicap", déplore l'étudiant. "Je passe plus de temps à me battre pour mes droits qu'à étudier, regrette-t-il, j'ai l'impression d'être déconsidéré en permanence."

"Le problème n'est pas la volonté individuelle des personnes, c'est le système qui empêche toute avancée."

Lucas

à franceinfo

Les emplois du temps et la charge de travail sont également inadaptés, selon ces étudiants. "Mes professeurs me demandent de lire 3 à 4 livres par matière, mais quand on fatigue très vite comme moi, il est compliqué d'accumuler autant de savoir en si peu de temps", déplore Eden, étudiant de 25 ans en histoire de l'art. Il y a un an et demi, les médecins lui ont diagnostiqué le syndrome d'Ehlers-Danlos, qui engendre "beaucoup de douleurs, de fatigue chronique, des troubles de l'attention et des difficultés à écrire", explique-t-il.

"Pour les examens, j'ai besoin d'un tiers-temps, mais parfois les contrôles s'enchaînent sans me donner cette possibilité."

Eden

à franceinfo

"J'ai une capacité de concentration inférieure aux personnes valides, j'aurais besoin de pouvoir me reposer après deux heures de travail, mais ce n'est pas possible, poursuit Lucas. Je n'arrive pas à faire les choses dans une extrême vitesse, je me sens très très mal pendant ces examens et mes résultats sont en dents de scie."

"Le pire sentiment, c'est de savoir qu'on a les connaissances, mais qu'on n'est pas capable de le démontrer lors des examens car leur organisation est inadaptée. On se sent dépossédé de ses capacités."

Lucas

à franceinfo

Un système qui "met les étudiants handicapés à l'écart"

Face à ces discriminations, certains étudiants se voient contraints d'abandonner leurs études. "J'ai abandonné cette année, car à force de me battre, ma santé ne suit plus. Il y a eu une accumulation de choses matérielles, morales", dépeint Roxanne, qui a également reçu des remarques transphobes.

"Je n'ai eu aucun contact cette année avec des étudiants. L'année dernière, il y a même eu un début de harcèlement avec les élèves. On se moquait de ma manière de parler, de ma manière de fonctionner."

Roxanne

à franceinfo

Pour lutter contre ce "système validiste", qui met "sciemment les étudiants handicapés à l'écart", Lucas aimerait créer une association d'étudiants handicapés. "J'ai déjà demandé à des gens s'ils voulaient me rejoindre. Mais le problème c'est que le bureau des associations se trouve dans un endroit auquel je n'ai pas accès avec mon fauteuil, glisse-t-il. Mais je ne me résigne pas. La lutte contre le validisme est un combat politique."

* Le prénom a été changé à la demande de l'intéressé

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