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En Suisse, des paraplégiques font des pas sans stimulation : une prouesse médicale "porteuse d'espoir"

Trois personnes atteintes de lésions de la moelle épinière ont pu retrouver de la mobilité, et même faire quelques pas, grâce à la stimulation par électrodes. Des progrès ont été constatés même sans cette stimulation. Une avancée importante, pour la neurochirurgienne Jocelyne Bloch.

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Radio France
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David Mzee, l'un des patients, à l'université de Lausanne. (/ EPFL)

Une prouesse médicale a été réalisée en Suisse : des patients paraplégiques traités par stimulation électrique ont pu marcher à nouveau, et même, pour la première fois, en l'absence de la stimulation. "Rééduquer immédiatement quelqu'un avec une stimulation médullaire pourrait apporter un espoir de meilleure récupération", affirme jeudi sur franceinfo la neurochirurgienne Jocelyne Bloch de l'hôpital universitaire de Lausanne, qui participe à cette recherche de l'École polytechnique fédérale de Lausanne.

franceinfo : Quelle est votre méthode ?

Jocelyne Bloch : On stimule la moelle épinière avec un champ d'électrodes localisé sur les cinq derniers centimètres de la moelle épinière. Ce sont les plus importants pour activer les jambes. Quand on a une lésion de la moelle épinière qui est au-dessus de ces cinq centimètres, les cinq centimètres inférieurs sont toujours fonctionnels mais ils ne sont plus activés par le cerveau ou de façon insuffisante pour qu'on ait un mouvement des jambes. Et donc, avec la mise en place de ces électrodes, on va faciliter le mouvement. La grosse différence, c'est qu'on a pu faire à Lausanne, avec toute cette équipe qui est dirigée par le professeur Grégoire Courtine, une stimulation en temps et en espace. C'est-à-dire qu'on va viser chaque zone de la moelle épinière pour activer les muscles des jambes de façon alternée parce qu'on ne pas tout stimuler en même temps. Quand on stimule tout en même temps, c'est beaucoup plus difficile de marcher. C'est ce que les Américains ont fait jusqu'à présent. Là maintenant, on stimule après avoir compris comment on marche naturellement, on essaie de stimuler les zones activées naturellement quand on se déplace.

Comment ça se passe pour les patients ?

Lorsqu'on a mis l'implant, il y a une phase de compréhension, ce qu'on appelle un 'mapping', une cartographie où on comprend bien chacune de ces zones, à quel muscle elles correspondent et ensuite, on fait un programme spécialisé pour chacun, bien individualisé. Ce qu'on observe déjà c'est que, quand on verticalise le lésé médullaire, très vite il est capable de faire des pas. Parce que quand on stimule au bon endroit, il peut vite s'approprier cette stimulation et faire des pas. Ensuite il y a un long travail parce que les trois personnes qui ont été appelées dans cette étude sont atteintes depuis longtemps et n'ont plus l'habitude de faire des pas. Donc, il va falloir se réentraîner. Il y a quatre-cinq mois d'entraînement à raison de quatre fois par semaine. Ils remarchent vite et plus le temps passe, plus ils marchent, plus les distances sont grandes, l'endurance meilleure. Après, on note des récupérations neurologiques. Des muscles qui ne fonctionnaient plus pendant plusieurs années, se remettent à marcher.

Même sans stimulation, deux des patients retrouvent un peu l'usage de leurs jambes. Est-ce qu'il y a un espoir pour les gens paralysés de recouvrer totalement leurs capacités ?

Un des patients avait la jambe gauche complètement paralysée et ce, depuis sept ans. Après deux mois, il commence à bouger les orteils sans stimulation et puis ensuite il fléchit le genou, il le tend, il bouge la hanche et puis maintenant, il est même capable de faire des pas sans stimulation. C'est clair qu'on a vu chez ces trois patients qui eux, sont malades depuis très longtemps, une amélioration mais ils ne marchent pas comme vous et moi. C'est peu probable qu'un jour, ils marchent comme nous. C'est porteur d'espoir mais il faut aussi calibrer un peu nos attentes et puis peut-être réenvisager une nouvelle façon de rééduquer les personnes qui ont des lésions médullaires. Et certainement que juste après une lésion, rééduquer immédiatement quelqu'un avec une stimulation médullaire pourrait apporter un espoir de meilleure récupération. On travaille pour pouvoir un jour toucher tout le monde.

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