La consigne à 15 centimes, 110 000 points de collecte... Un rapport détaille le coût de la consigne des bouteilles plastiques et des canettes

Une note confidentielle de Citeo et du Collectif Boissons que franceinfo a pu se procurer estime le coût total de la consigne et propose comment la financer. 

110 000 points de retour sont prévus, dont 26 000 machines automatiques.
110 000 points de retour sont prévus, dont 26 000 machines automatiques. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Un rapport confidentiel obtenu par le journal spécialisé Déchets infos évalue le coût de la remise en place de la consigne voulue par le gouvernement. Pour répondre à l'objectif de l'Union européenne d'atteindre 90% de recyclage des bouteilles plastiques collectées et recyclées d’ici 2029, ce rapport, rédigé par Citeo,  l'organisme chargé de la gestion des déchets ménagers, et le Collectif Boissons, qui doit mettre en place la consigne, préconise un scénario dans lequel seraient consignées les bouteilles en PET (polytéréphtalate d’éthylène) uniquement, ainsi que les canettes en acier et en aluminium. 

Un taux de retour des emballages de 90%

Dans ce scénario, le montant de la consigne sera fixé à 15 centimes d'euros, que le consommateur devra payer en plus du prix de sa bouteille ou de sa canette. Il sera remboursé s'il la rapporte dans l'un des 110 000 points de collecte, dont 22 000 seront équipés de RVM ("reverse vending machines", des machines destinées à la collecte). 20 centres de tri devraient être mis en place.

Plus d'un milliard d'euros seront investis dans ces centres de tri, dont 800 millions d'euros pour les seules RVM. Et le coût brut de fonctionnement annuel s'éleverait à 575 millions d'euros, selon le scénario cité par Déchets infos.

"C'est absolument énorme, estime Olivier Guichardaz, rédacteur en chef de Déchets infos. Cette somme sera destinée à recycler 370 000 tonnes de bouteilles en plastique et de canettes. À titre de comparaison, le budget actuel de Citeo pour les emballages est de 667 millions d'euros pour recycler 3,4 millions de tonnes d'emballages. Cela va donc coûter huit fois plus cher à la tonne."  Le journaliste estime ainsi le coût moyen de la consigne à 1 550 euros par tonne.

Déchets infos dénonce également le fait que le client doive mettre la main à la poche, contrairement à ce que le gouvernement avait annoncé.

L'information, donnée par la secrétaire d'État à l'Écologie Brune Poirson, selon laquelle la consigne serait une opération blanche pour les consommateurs. Ce n'est pas clair.Olivier GuichardazDéchets infos

Le scénario privilégie un taux de retour des emballages de 90%. Une partie du fonctionnement de la consigne serait financé par les 10% de consommateurs qui n'auront pas rapporté leurs bouteilles et canettes, ce qui représenterait pour les entreprises en charge du recyclage un gain de 249 millions d'euros. "Qui n'a jamais été étourdi ou maladroit ? s'interroge Olivier Guichardaz. Au bout du compte, les consommateurs payeront en moyenne 3,60 euros par habitant et par an."

L'indemnisation des collectivités locales

Une autre difficulté pointée par Déchets infos, c'est le coût que la consigne fera peser sur les collectivités locales qui ont déjà financé des conteneurs, des bennes, des centres de tris et dont les investissements n'ont pas encore été totalement amortis. "Si on met en place la consigne, ces équipements vont devenir partiellement surdimensionnés ou inutiles," prévient Olivier Guichardaz. Les collectivités locales seront-elles indemnisées ? Brune Poirson affirme qu'elles ne seront pas lésées. "Soit c'est l'Etat qui indemnise, et c'est le contribuable qui va payer, estime le journaliste de Déchets infos, soit ce sont les marques qui vont indemniser, et ça sera le consommateur. Le consommateur et le contribuable, en général, c'est la même personne,"