Interdiction de pêcher dans la Seine : "Une interdiction de trois mois qui peut être évidemment renouvelée", selon une association

Le porte-parole de l’association Robin des Bois a fait le point sur franceinfo sur la pollution en cours dans la Seine. 

Des bateaux sur la Seine après une pollution. 
Des bateaux sur la Seine après une pollution.  (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

La préfecture de l’Eure interdit pour trois mois vendredi 19 juillet la pêche ainsi que la consommation de poissons pêchés dans la Seine. Une décision qui fait suite à une pollution qui pourrait toucher jusqu'à la Normandie après un incendie dans l’usine de traitement des eaux d’Achères dans les Yvelines au début du mois. "Etant donné que l'indisponibilité de la station d'Achères en fonctionnement normal va durer deux à trois ans, c'est une interdiction qui est fixée à trois mois mais qui peut être évidemment renouvelée", estime vendredi sur franceinfo Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association Robin des Bois, qui alertait le 9 juillet sur la non-conformité de l’usine.

franceinfo : Cette interdiction était-elle nécessaire ?

Jacky Bonnemains : Elle était prévisible parce que la station d'Achères, qui traite en particulier les eaux usées, les eaux déviées et de voirie quand il y a des orages, est en fonctionnement dégradé depuis le 3 juillet. Cela risque de durer pendant plusieurs mois, et même plusieurs années, jusqu'en 2021-2022, le temps de reconstruire l'unité de stockage de chlore, qui sert justement à abattre les germes pathogènes dans les eaux usées. Etant donné que l'indisponibilité de la station d'Achères en fonctionnement normal va durer deux à trois ans, cette interdiction, qui est fixée à trois mois, peut être évidemment renouvelée. Depuis 2008, la commercialisation de la plupart des poissons, en particulier les poissons de fond comme les anguilles, est interdite en amont de Paris jusque dans l'embouchure de la Seine, à cause des PCB et des dioxines. Là on parle d'une pollution supplémentaire, bactériologique, qui peut provoquer des troubles divers chez les consommateurs éventuels. Ça peut aller des eczémas jusqu'aux coliques fréquentes et graves, jusqu'à des hépatites. La situation est quand même sérieuse.

On a retrouvé beaucoup de poissons morts depuis l'incendie. De quoi meurent-ils ?

Cette indisponibilité de la station d'Achères arrive au plus mauvais moment : la Seine est en étiage, le débit est faible, la température de l'eau est relativement élevée. Il y a donc, à cause du rejet massif d'eaux brutes, partiellement traitées ou non traitées dans la Seine, un manque d'oxygène dans le fleuve, et ça provoque l'asphyxie des poissons par milliers.

Est-ce risqué de manger un poisson pêché dans la Seine en ce moment ?

Il est heureux que le préfet de l'Eure ait pris cette décision radicale. Si ce n'est déjà fait, nous souhaitons que le préfet des Yvelines fasse de même. Mais derrière, la Seine est un continuum qui s'étend au-delà de l'Eure à la Seine-Maritime, puis à la baie de Seine. A notre avis, le préfet de la Seine-Maritime va être amené dans les jours à venir à prendre la même décision. J'ajouterais que cette pollution consécutive au rejet massif d'eaux brutes dans la Seine va aussi toucher son embouchure. A notre avis, l'Agence régionale de santé doit être très attentive à la qualité des eaux dans la baie de Seine, voire elle va peut-être envisager, au vu des résultats d'analyses de l'eau, d'interdire les eaux de baignade. Ça arrive vraiment au très mauvais moment car c'est une série noire dans les stations d'épuration : un peu au nord dans l'embouchure, celle d'Etretat vient de subir un incendie, et les eaux de baignade sont interdites sine die à Etretat, à Yport et dans d'autres stations balnéaires.