Les violences éducatives ordinaires sont des "méthodes ancestrales" qui peuvent "avoir des conséquences sur l'enfant" selon un médecin

Gilles Lazimi, médecin et coordinateur des campagnes contre les violences éducatives, a expliqué sur franceinfo mardi qu'il "faut à chaque fois privilégier le dialogue" pour mettre fin à ces pratiques, alors qu'une nouvelle campagne de sensibilisation va être lancée.

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Radio France
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Le gouvernement lance le 3 novembre 2021 une campagne de sensibilisation à la télévision et sur les réseaux sociaux contre les violences éducatives (illustration). (ARNAUD DUMONTIER / MAXPPP)

"Il faut à chaque fois privilégier le dialogue", car les violences éducatives ordinaires sont des "méthodes ancestrales" qui peuvent "avoir des conséquences sur l'enfant", a insisté mardi 26 octobre sur franceinfo Gilles Lazimi, médecin et coordinateur des campagnes contre les violences éducatives, alors qu'une nouvelle campagne de sensibilisation va être lancée à la télévision et sur les réseaux sociaux par le gouvernement à partir du 3 novembre.

franceinfo : Deux ans après la promulgation de la loi qui interdit les violences éducatives ordinaires, a-t-on encore besoin d'une campagne de communication ?

Gilles Lazimi : Oui, bien sûr. Une loi ne suffit pas en elle-même, il faut qu'elle soit accompagnée de mesures chocs, qu'elle soit accompagnée de campagnes. De plus, pour changer les comportements, il faut du temps et de la pédagogie. Cette campagne est essentielle puisqu'elle montre que ce qu'on ne fait pas aux adultes, on ne doit pas le faire aux enfants, notamment les frapper, et qu'il faut à chaque fois privilégier le dialogue. (...) Nous n'avons malheureusement pas beaucoup d'études [sur la fessée]. Cependant, on voit que les jeunes parents aujourd'hui sont moins violents que les parents plus anciens. On a vu la société bouger. Il y a encore des irréductibles et des difficultés, parce que c'est dur d'être parent et de ne pas utiliser ce que nous avons nous-mêmes subi. Pourtant, avec de la pédagogie, on y arrive et on a compris l'intérêt de ne plus être violent avec les enfants, d'être bienveillant. On peut parler et dialoguer pour faire en sorte que l'enfant comprenne.

Qu'est-ce qu'une violence éducative ordinaire et que peut-elle entraîner pour l'enfant ?

Ce sont tous les moyens de violence utilisés par les parents pour faire obéir un enfant. C'est faire mal, faire souffrir, sidérer l'enfant pour qu'il vous obéisse. Ce sont des méthodes ancestrales, qu'on utilise culturellement depuis des millénaires dans nos pays et qui nous font croire que, pour faire obéir un enfant, il faut le frapper. Cela concerne donc les petites méthodes comme les claques, les fessées, les pincements, le tirage de cheveux. Cela peut aussi être des paroles blessantes, humiliantes ou des hurlements envers un nourrisson. Ces méthodes vont sidérer l'enfant, lui faire peur et faire mal. Un enfant (...) a besoin d'encouragements, d'amour, de jeux pour le stimuler et apprendre. Il a besoin d'attention et d'attachement. S'il n'a pas ces éléments et s'il y a des violences, cela peut provoquer des troubles de l'adaptation, d'apprentissage, éventuellement des échecs scolaires, de l'agressivité, de la dépression, de l'anxiété... Bien sûr, tous les enfants ne vont pas avoir ça mais, avec ces méthodes violentes, les enfants risquent d'avoir des troubles relationnels et vont reproduire la violence.(...)  On ne peut pas avoir les mêmes exigences avec un enfant de 2, 5 ou 10 ans. Quand on sait que 50% des parents ont frappé leur enfant avant l'âge de 2 ans, c'est ennuyeux, parce qu'un enfant de deux ans ne comprend pas. Quand on frappe, c'est un échec. Il faut essayer de comprendre le développement de l'enfant, ce qu'il peut entendre et comprendre, puis faire avec lui.

Dès mercredi 3 novembre, un spot télévisé sur les 1 000 premiers jours de l'enfant sera diffusé. Cette période est-elle essentielle ?

Oui, ce sont les premiers moments d'attachement, où l'enfant va s'éveiller et on va l'accompagner pour lui permettre d'acquérir le langage, la relation, l'empathie. C'est une période fondamentale pour l'enfant, pour les parents et pour la relation entre eux. C'est là que tout - ou presque - va se construire mais il faut aider les parents. Peu de parents savent, par exemple, que le développement de l'enfant va se faire jusqu'à l'âge de 25 ans, qu'un enfant qui pleure n'a pas forcément envie de manger. On entend beaucoup de choses de nos parents et, malheureusement, on reproduit. Il faut donc absolument apprendre. Des études sur les neurosciences montrent que cette période est essentielle et qu'il faut être deux quand c'est possible. Le congé paternité doublé est donc une chose essentielle et il faut que les pères le prennent dès le début. On sait que la période post-partum est très compliquée pour les parents et qu'il faut les aider, pas à être de parfaits parents - c'est très difficile - mais à être le moins mauvais parent possible.

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