Reportage Faut-il instaurer un dépistage systématique du cancer du poumon chez les gros fumeurs ? Une étude-pilote est lancée en France auprès de 2 400 patientes

Le cancer du poumon est aujourd’hui responsable du plus grand nombre de décès en France. Des fumeuses participent à une étude-pilote de dépistage organisé, systématique et régulier afin de détecter plus tôt cette maladie. 

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Radio France
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Les dépistages de cette étude-pilote sont faits avec le scanner de l’Hotel-Dieu à Paris, le 2 juin 2022. (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Elisabeth a longtemps été une grosse fumeuse, jusqu'à 30 cigarettes par jour. "J'ai commencé à fumer vers l'âge de 15 ans, explique-t-elle. J'en ai 65, donc ça fait 50 ans. Je fumais beaucoup et j'étais une grosse fumeuse quand même". Elisabeth s'est portée volontaire pour faire partie de l'étude, un suivi de deux ans avec trois scanners du thorax à faible dose pour détecter éventuellement un début de cancer du poumon. "C'est vraiment le cancer qu'on n'a pas envie d'avoir. Je vais être suivie. Pour moi, c'est une chance parce que s'il y a quelque chose, ils le verront."

Dépister le plus tôt possible 

Les médecins le verront et pourront agir tôt. Le cancer du poumon est aujourd’hui responsable du plus grand nombre de décès : plus de 30 000 morts par an en France. Dans tous les pays du monde, l’idée de le détecter plus tôt fait son chemin. Il en sera d’ailleurs question au Congrès mondial du Cancer de Chicago qui débute vendredi 3 juin. "Il faut absolument dépister le patient au stade où il n'a pas de symptôme, explique le professeur Marie-Pierre Revel, de l'hôpital Cochin à Paris, à la tête de cette étude clinique. Cette maladie est très muette, le poumon, ça ne fait pas mal. Si on attend l'arrivée des symptômes, on va avoir une maladie évoluée. Dans 80 % des cas, on ne pourra pas opérer.

"Lorsqu'on dépiste très tôt, 80 % des patients sont opérables car ce sont des tumeurs, des cancers du poumon de petites tailles. On peut opérer et guérir."

Professeur Marie-Pierre Revel

à franceinfo

Deux-mille-quatre-cents femmes vont participer à cette étude à Paris, Rennes, Béthune et Grenoble. Toutes ont fumé au moins un paquet par jour pendant 20 ans ou deux paquets pendant dix ans. Pourquoi étudier des femmes ? Parce qu'elles sont de plus en plus nombreuses à développer un cancer du poumon. Pour le professeur Revel, il faudrait en France transposer ce qui se fait déjà pour le cancer du sein avec un dépistage systématique chez les femmes dès 50 ans. Instaurer un dépistage organisé, systématique et régulier du cancer du poumon chez les gros fumeurs. "On y vient, reprend Marie-Pierre Revel. C'est une forte injonction européenne pour les États membres que de lancer des études-pilotes en Italie, en Allemagne et maintenant en France avec Cascade." 

La Croatie pionnière sur le sujet

Ces études-pilotes se déroulent donc un peu partout en Europe avant peut-être de généraliser ensuite le dépistage systématique. L'étude espère montrer que n'importe quel radiologue de France pourra détecter un cancer du poumon très précoce. "Les experts d'imagerie thoracique comme moi, il y en a moins de 50 en France, conclut le professeur Marie-Pierre Revel. Il faut des radiologues de terrain, mais qu'on a formés au dépistage et qui vont être aidés par une solution d'intelligence artificielle. On a maintenant des solutions modernes avec très peu de faux positifs et qui jouent un rôle, un peu de second lecteur."  

La Croatie est le premier pays au monde à avoir lancé il y a deux ans déjà un programme de dépistage systématique du cancer du poumon chez les fumeurs de plus de 50 ans, pour détecter le cancer avant qu'il ne soit trop tard.

Cancer du poumon :des fumeuses participent à une étude-pilote de dépistage précoce - le reportage de Solenne Le Hen
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