Cancer du poumon: les autorités sanitaires entrouvrent la voie à un dépistage généralisé, "un jour historique", se réjouit un pneumologue

La Haute autorité de santé a rendu mardi un avis où elle juge "bienvenu de lancer dès maintenant l'engagement d'un programme pilote" pour dépister le cancer du poumon, le plus meurtrier en France. Une demande portée depuis longtemps par les pneumologues.

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avec AFP - franceinfo
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Un radiologue observe les scans des poumons d'un fumeur à la recherche de tumeurs cancéreuses (illustration). (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

"C'est vraiment un jour historique", se réjouit mercredi 2 février sur franceinfo Sébastien Couraud, le chef de service de pneumologie du CHU de Lyon, après l'annonce de la Haute autorité de santé (HAS), d'autoriser une expérimentation du dépistage généralisé du cancer du poumon chez les fumeurs. Ce type de cancer est le plus meurtrier en France avec quelque 33 000 décès annuels.

>> Dans 10 ans, "les cancers du poumon chez les femmes seront aussi fréquents que chez les hommes, c'est désespérant", s'alarmait Axel Kahn il y a un an.

Des études tendent à montrer que le dépistage "chez les personnes ayant un risque augmenté de ce cancer [comme les fumeurs] réduit la mortalité spécifique de celui-ci", selon la HAS. Cette stratégie, par exemple en vigueur aux États-Unis, est défendue depuis plusieurs années par certains pneumologues, qui regrettent la frilosité des autorités sanitaires françaises. Elles redoutent un risque de "surdiagnostic" : repérer des tumeurs qui n'évolueraient de toute façon pas en cancer et, en conséquence, imposer des traitements lourds et inutiles au patient.

franceinfo : Pour vous, l'annonce de la HAS qui autorise cette expérimentation de dépistage généralisé du cancer du poumon chez les fumeurs, c'est un grand jour ?

Sébastien Couraud : C'est vraiment un jour historique pour nous. Cette autorisation de la Haute autorité de santé va permettre de voir si en France, on peut reproduire les résultats des essais et si on peut se retrouver avec des résultats comparables qui peuvent nous permettent d'espérer un dépistage plus généralisé. Globalement, on nous annonce quand même quelque chose d'important qui va toucher de nombreux territoires et qui peut vraiment avoir un impact sur la vie de beaucoup de vos auditeurs.

Pourquoi y avait-il une telle frilosité jusque-là en France sur ce dépistage généralisé puisque ça fait presque 10 ans que ça existe aux États-Unis ?

Une frilosité oui, mais il y a surtout aussi le besoin d'accumuler des évidences et d'accumuler les preuves. Si vous voulez, ce qui s'est passé depuis dix ans, c'est qu'il y a de nouvelles études qui sont sorties, qui sont venues confirmer les résultats américains, qui montrent effectivement que le dépistage est utile, que le dépistage est faisable. Il y a notamment un essai qui a été mené en Europe, en Belgique et aux Pays-Bas, qui a montré que c'était très utile et que ça avait vraiment une efficacité pour réduire la mortalité du cancer du poumon. Le cancer du poumon, c'est quelque chose de particulièrement fréquent d'une part chez les fumeurs, et surtout extrêmement grave. Ça rend tout le monde d'accord pour dire qu'il fallait absolument travailler vers une réduction de la mortalité cancer.

Avec 33 000 morts par an du cancer du poumon, le but de ce dépistage c'est de détecter la maladie au plus tôt, pour avoir de meilleures chances d'en réchapper ?

Vous avez tout à fait raison.

"La problématique du cancer du poumon est que pendant très longtemps, la maladie évolue de manière asymptomatique."

Sébastien Couraud, chef de service de pneumologie du CHU de Lyon

à franceinfo

C'est vraiment quelque chose d'insidieux puisque, en réalité, le cancer du poumon vous n'en verrez aucun symptôme, vous n'en verrez absolument rien jusqu'à ce que la maladie soit déjà relativement importante, relativement sévère et donc plus difficile à traiter. Donc, là où on avait plus de chance de le traiter, c'est vraiment très tôt dans la maladie. Et ce sont les formes précoces que l'on cherche à dépister justement de cette manière-là, puisqu'elles sont asymptomatiques.

Mais ce n'est pas tout à fait un dépistage comme les autres, il y a des risques ?

C'est exactement ça. Toute campagne de dépistage va comporter des risques individuels et des risques collectifs. Ça, c'est absolument consubstantiel au fait de dépister. Il y a notamment ce risque de surdiagnostic qui est probablement peut-être un petit peu moins vrai que dans d'autres cancers. Malheureusement, parce qu'on sait que ce risque de surdiagnostic est moins important dans le cancer du poumon. Tout cancer du poumon risque d'évoluer assez rapidement. Mais il y a certaines anomalies. On les a bien identifiées en c'est probablement un des éléments qui a fait bouger la HAS.

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