Contraception : on vous explique où en est la recherche sur la pilule pour hommes

Une équipe scientifique américaine étudie un nouveau contraceptif hormonal destiné aux hommes. Les premiers tests sont insuffisants, mais encourageants.

La recherche sur la contraception orale pour hommes progresse lentement, plus de cinquante ans après la légalisation de la pilule contraceptive pour les femmes en France.
La recherche sur la contraception orale pour hommes progresse lentement, plus de cinquante ans après la légalisation de la pilule contraceptive pour les femmes en France. (B. BOISSONNET / BSIP / AFP)

Un petit pas de plus dans le domaine de la contraception masculine. Une nouvelle pilule contraceptive pour hommes a passé avec succès les premiers tests menés par une équipe scientifique américaine. Elle a réussi les "tests de sécurité et de tolérance" et "a produit des réponses hormonales cohérentes avec une contraception efficace", selon le communiqué de l'université de Washington (en anglais) à Seattle. Les résultats de l'étude ont été présentés dimanche 24 mars lors du congrès annuel de la Société d'endocrinologie, à La Nouvelle-Orléans. 

Comment fonctionne cette pilule ?

Pour le moment, elle s'appelle 11-beta-methyl-19-nortestosterone dodecylcarbonate ou, pour faire court, 11-beta-MNTDC. C'est une forme de "testostérone modifiée", précise l'université de Washington, et elle combine les effets de la progestérone et d'un androgène.

La progestérone permet de bloquer la production des hormones LH et FSH, nécessaires à la production de testostérone et de sperme, dans les testicules. L'androgène vient compenser les effets de cette baisse de testostérone. La pilule "imite la testostérone dans tout le reste du corps, mais ne se concentre pas suffisamment dans les testicules pour permettre la production de sperme", explique l'endocrinologue Stephanie Page, qui a codirigé l'étude. 

Ce fonctionnement se rapproche de celui des pilules contraceptives féminines dites "œstroprogestatives" ou "combinées" : un progestatif assure la contraception (en bloquant l'ovulation, notamment) et un œstrogène (le plus souvent l'éthinylestradiol) compense l'effet du progestatif et assure l'équilibre hormonal. Mais c'est là que s'arrête la comparaison, en raison des cycles hormonaux : l'ovulation intervient environ tous les 28 jours, alors que la spermatogenèse est un processus continu.

Où en sont ces essais cliniques ?

La pilule 11-beta-MNTDC a passé une première phase de tests encourageante sur 40 hommes en bonne santé, à Seattle et Los Angeles. Dix ont pris un placebo, 14 ont reçu une dose quotidienne de 200 milligrammes, et 16 ont pris chaque jour 400 milligrammes. Le tout pendant 28 jours. "Le niveau des deux hormones nécessaires à la production de sperme a beaucoup diminué chez ceux qui prenaient la molécule, par comparaison aux patients qui ont pris le placebo", résume l'étude. Autre bonne nouvelle, les effets de cette pilule sont réversibles lorsqu'on l'arrête.

Toutefois, il faudrait "au moins 60 à 90 jours" pour que le médicament affecte la production de sperme (et pas seulement les hormones nécessaires au processus). Les pilules féminines utilisées correctement sont en principe efficaces, au plus tard, sept jours après la première prise, et certaines le sont même immédiatement.

Ces 28 jours de test sont trop courts pour "observer une suppression optimale du sperme". Prochaines étapes, donc : mener des tests plus longs, et, si la pilule prouve son efficacité, étudier son effet sur une plus grande population, notamment des couples ayant une activité sexuelle.

Quels sont ses effets secondaires ?

Si la pilule 11-beta-MNTDC a passé avec succès les premiers tests, c'est parce qu'elle n'a pour le moment provoqué aucun effet secondaire dangereux. L'étude cite "de la fatigue, de l'acné, des maux de tête" chez quatre à six participants, quel que soit le dosage reçu. Cinq patients ont rapporté une "petite baisse de la libido" et deux ont décrit de "légers troubles de l'érection, sans baisse de l'activité sexuelle", précise Christina Wang, professeure de médecine à l'université de Californie à Los Angeles, dans le communiqué. "Aucun participant n'a arrêté de prendre le médicament à cause des effets secondaires", ajoute la scientifique.

Peu de médicaments n'ont aucun effet indésirable. Et les pilules contraceptives féminines ne sont pas épargnées. La liste est longue, et varie selon les pilules. Parmi les effets "gênants" d'une pilule œstroprogestative, le Vidal cite des saignements en dehors des règles, des nausées ou un gonflement des seins, des problèmes de peau. Des effets indésirables graves sont aussi connus, pour certaines pilules et chez certaines femmes, notamment des problèmes vasculaires aux conséquences lourdes (thrombose, phlébite ou accidents vasculaires cérébraux).

Quant à l'effet négatif d'une pilule sur la libido, de nombreuses études menées ces dernières années ont établi un lien chez environ un tiers des femmes, sans démontrer un effet systématique. 

Existe-t-il d'autres moyens de contraception masculine ? 

Les moyens les plus courants sont le préservatif et les gels spermicides. Les autres méthodes restent méconnues, comme l'explique franceinfo dans cet article. La vasectomie, une intervention chirurgicale légale et accessible en France, n'est pas toujours réversible et peut effrayer. Il existe aussi un slip chauffant, à l'efficacité contestée. La contraception hormonale, elle, est encore vue comme "une affaire de femme".

D'autres études sont toutefois en cours, en France et ailleurs, sur des pilules pour hommes. L'équipe des docteures Wang et Page mène, en parallèle de la recherche sur la pilule 11-beta-MNTDC, une autre étude sur la diméthandrolone undécanoate, un composé voisin. Les premiers résultats ont été publiés dans le Journal of clinical endocrinology and metabolism (en anglais), en septembre 2018, mais là encore, d'autres tests sont nécessaires. "L'objectif est de trouver le composé le plus efficace, avec le moins d'effets secondaires", explique la docteure Page.

En raison de la nécessaire durée des essais cliniques, on ignore encore si et quand ces pilules pourraient arriver sur le marché.