Scandales alimentaires : pour Foodwatch, il faut "redonner les moyens aux contrôleurs" publics et imposer "la transparence"

"Tant qu'il n'y aura pas un système plus dissuasif, le laisser-faire et le laisser-faire n'importe quoi pourra continuer en toute impunité car, la réalité, c'est qu'on ne sait pas ce qui s'est passé dans ces usines".

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Karine Jacquemart, directrice générale de l'association Foodwatch, le 16 juillet 2019. (LEON TANGUY / MAXPPP)

"On a un système défaillant en matière de protection des consommateurs", a alerté Karine Jacquemart, directrice générale de l'ONG Foodwatch France, mercredi 6 avril sur franceinfo après les rappels, ces derniers jours, des pizzas Buitoni (Nestlé) contaminées par la bactérie E.coli, des chocolats Kinder (Ferrero) contaminés par des salmonelles et des fromages Graindorge (Lactalis) potentiellement contaminés à la listéria. Karine Jacquemart a appelé à "redonner les moyens aux contrôleurs de l'autorité publique" et à "remettre de la transparence" dans les autocontrôles réalisés par les entreprises pour les "forcer à prendre leurs responsabilités" et "redonner de la confiance aux consommateurs". Selon elle, "tant qu'il n'y aura pas un système plus dissuasif, le laisser-faire et le laisser-faire n'importe quoi pourra continuer en toute impunité car, la réalité, c'est qu'on ne sait pas ce qui s'est passé dans ces usines".

franceinfo : Autant de produits contaminés par des bactéries, est-ce que c'est rare ?

Karine Jacquemart : C'est rare que tout arrive en même temps mais malheureusement les scandales alimentaires à répétition ne sont pas rares. En revanche, là, on a quand même trois géants de l'industrie agro-alimentaire, Nestlé, Ferrero et Lactalis. Ce que ça révèle, ce que Foodwatch pointe du doigt depuis des années, c'est qu'on a un système défaillant en matière de protection des consommateurs. Sur le papier on a une réglementation européenne qui est très claire et qui est très forte mais elle n'est pas suffisamment respectée dans la pratique.

Pas suffisamment respectée par les entreprises ?

Il y a une double responsabilité. Les entreprises, d'un côté, ont l'obligation de faire des autocontrôles et de partager les alertes si ces autocontrôles révèlent qu'il y a un risque pour la santé. Elles doivent aussi s'assurer que les conditions d'hygiène des usines de toute la chaîne de production permettent de ne vendre que des produits qui ne présentent pas de risque pour la santé. L'État, la répression des fraudes et les services vétérinaires, de l'autre côté, doivent contrôler que les autocontrôles sont bien faits par les entreprises.

Selon vous, il n'y a pas assez d'autocontrôle et de contrôle de ces autocontrôles ?

Le problème c'est qu'on ne sait pas. Il y a un manque de transparence concernant ce qui est fait ou pas par les entreprises. Ajoutez à cela le fait que depuis plusieurs années, on assiste à une réduction constante des effectifs des contrôleurs sur le terrain et des moyens alloués aux services de contrôle de l'État. D'après les informations internes du ministère de l'Économie, la répression des fraudes a perdu plus de 440 postes ces 10 dernières années. C'est autant de personnes qui ne font pas de contrôles sur le terrain. Le système des autocontrôles, c'est-à-dire obliger les entreprises à prendre leur part de responsabilité, est indispensable. On ne le conteste pas. Il ne s'agit pas de mettre un contrôleur public derrière chaque usine, chaque jour.

"Mais s'appuyer de façon trop marquée sur l'entreprise, qui se retrouve juge et partie du contrôle et des résultats dans sa chaîne de production, vouloir leur faire une confiance aveugle sans mettre des contrôles de l'État derrière, ce n'est pas acceptable."

Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch France

à franceinfo

Cela revient à privatiser les contrôles.

Le préfet du Nord a interdit la production de pizzas au sein de l'usine Buitoni à Caudry, c'est une décision qui arrive trop tard selon vous ?

Il est indispensable d'agir, que ces inspections arrivent, parce qu'on ne plaisante pas, on parle de risque pour la santé. Mais, oui, ce que nous regrettons c'est qu'on agisse trop tard. La vraie question, et on aimerait que les entreprises, Nestlé, Ferrero, Lactalis, y répondent, c'est quels contrôles ont-ils fait dans ces usines, sur la chaîne de production de façon préventive ? Pareil au niveau des autorités. Ont-elles effectué des contrôles dans ces usines ces deux dernières années ? Qu'en est-t-il des résultats ? Il faut remettre de la transparence pour être dissuasif et forcer les entreprises à prendre leurs responsabilités mais aussi pour redonner de la confiance aux consommateurs. Tant que cela ne sera pas réglé il y aura une répétition des scandales. Redonnons les moyens aux contrôleurs de l'autorité publique qui ont le rôle de défendre le droit des consommateurs et la santé des citoyens car tant qu'il n'y aura pas un système plus dissuasif, le laisser-faire et le laisser-faire n'importe quoi pourra continuer en toute impunité car, la réalité, c'est qu'on ne sait pas ce qui s'est passé dans ces usines.

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