"On a sauvé de la poubelle 150 millions de repas" : la lutte contre le gaspillage alimentaire en progrès, mais peut mieux faire

Une nouvelle loi est étudiée par les députés pour mieux organiser la récupération des invendus des supermarchés.

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Édité par Noémie Bonnin - Sophie Auvigne
Radio France
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Temps de lecture : 2 min.
De la nourriture jetée dans une benne (illustration). (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

La lutte contre le gaspillage alimentaire a encore une belle marge de progression : cinq ans après l'entrée en vigueur d'une première loi "anti-gaspi" dans la grande distribution, on jette encore 10 millions de tonnes de nourriture chaque année en France. Le député Guillaume Garot a déposé une nouvelle proposition de loi, examinée mercredi 10 février en commission économique de l'Assemble nationale.

À la tête de son petit Express U, dans le 14e arrondissement de Paris, Paul Gérardin, par exemple, a beau faire attention, il a chaque année 15 000 euros d'invendus. Avant lui, le précédent responsable a bien tenté d'agir, mais ce n'est pas facile : "Quand je suis arrivé, il y avait des petites initiatives en place, avec directement des associations. C'était un peu au jour le jour. Parfois, la Croix-Rouge passait pour nous dire 'aujourd'hui, on ne prendra pas de sandwichs, on en a trop'. Pour nous, le suivi quotidien était assez inégal. Ce qu'on cherche, c'est vraiment à tout sauver, et pas un jour, oui, un jour, non."

"Bien sûr, en termes de temps, ce serait plus simple de tout mettre à la poubelle directement, mais c'est impensable aujourd'hui."

Paul Gérardin, patron d'une petite surface

à franceinfo

Pourtant, comme l'épicerie de Paul Gérardin, la moitié des supermarchés en France ne sont pas concernés par la loi anti-gaspi : 7 000 supérettes font ce qu'elles veulent de leurs invendus. D'où l'idée de la start-up Phénix, qui réalise des tournées groupées pour récupérer la marchandise à donner.

Tout le monde y gagne, même les petites surfaces : "Ces magasins-là mettent à la poubelle entre 1,5 et 3% de leur chiffre d'affaires annuel, donc c'est de la pure perte pour eux, explique son créateur, Jean Moreau. La bonne solution, c'est de prendre l'angle économique, puisque le don des invendus donne droit à une réduction d'impôt pour le magasin qui joue le jeu. C'est ce discours qui arrive à convaincre les magasins, c'est de dire 'regardez, vos invendus ont encore de la valeur'. On peut dire qu'on a sauvé de la poubelle 150 millions de repas."

Créer une "police du gaspillage"

D'accord pour inciter à donner, mais en échange, il faut contrôler : "Aujourd'hui, quasiment toutes les grandes surfaces donnent aux associations de solidarité", constate le député Guillaume Garot. Un meilleur contrôle est au cœur de sa proposition de loi. "Simplement, il arrive que des grandes surfaces donnent tout, et puis à charge, ensuite, aux bénévoles des associations de trier ce qu'elles peuvent redistribuer et ce qui devrait être amené à la poubelle. C'est la raison pour laquelle j'avance l'idée d'une 'police du gaspillage alimentaire', qu'elle puisse véritablement contrôler la qualité de ce qui est donné."

"Les contrôles ne sont pas suffisamment faits aujourd'hui."

Guillaume Garot, député

à franceinfo

Il y a encore moins de contrôles possibles à la maison, où les français jettent 20 kilos de nourriture par an et par personne. Pourtant, l'objectif national est de diviser par deux le gaspillage alimentaire, dans tous les secteurs, d'ici moins de 10 ans.

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