Comment fonctionne Yuka, l'appli qui vous mâche le travail en déchiffrant les étiquettes et en notant les aliments ?

Lancée en 2017, cette application pour smartphone attribue une note sur 100 et une appréciation, d'excellent à mauvais, à vos produits alimentaires, en fonction de leur qualité nutritionnelle et de la présence d'additifs.

L\'application Yuka permet de scanner les étiquettes des produits en faisant ses courses.
L'application Yuka permet de scanner les étiquettes des produits en faisant ses courses. (YUKA.IO)

C'est le défi quotidien du consommateur soucieux de son alimentation. Comment déchiffrer ce qui se cache derrière les sigles et les obscurs tableaux nutritionnels des étiquettes ? En France, l'Etat a bien décidé la mise en place d'un affichage couleur simple, le Nutri-score. Mais vous le croisez peu dans les rayons : son utilisation a été rendue facultative, sous la pression des lobbies de l'industrie alimentaire, comme le racontait "l'Oeil du 20 heures" en février.

Il est aujourd'hui possible de dépasser ce blocage. Depuis 2017, l'application pour smartphone Yuka permet de déchiffrer rapidement les étiquettes. Voici comment elle fonctionne.

D'où vient l'idée ?

"L'idée est venue d'un de mes associés, Benoît, père de trois enfants, raconte à franceinfo Julie Chapon, cofondatrice de Yuka. Il avait acheté un livre qui classait les bons et les mauvais produits, mais il s'est dit : 'Je ne vais pas aller faire mes courses avec un livre sous le bras'. Nous avons donc voulu faire une version digitale de ce livre." Le principe de l'application était né. Aujourd'hui, Yuka revendique 2 millions d'utilisateurs actifs, qui scannent au moins un produit toutes les deux semaines.

Comment ça marche ?

Le principe est le suivant : au moment de choisir un produit au supermarché, vous scannez son code-barres avec votre téléphone. S'il est déjà répertorié dans sa base de données, l'application lui donne une note sur 100, accompagnée d'un code couleur : vert pour excellent et bon (de 50 à 100), orange pour médiocre (25 à 50 sur 100), rouge pour mauvais (en dessous de 25). Voici quelques exemples, avec un paquet de bonbons, des céréales et un sandwich industriel :

Captures d\'écran de trois produits notés par l\'application Yuka.
Captures d'écran de trois produits notés par l'application Yuka. (YUKA.IO)

Cette indication s'accompagne d'une présentation détaillée des défauts – additifs nocifs, trop calorique, trop sucré, trop salé... – et qualités par produit. Comme le Nutri-score, il se base sur un échantillon de 100 grammes, un étalon qui permet de comparer les aliments entre eux. Les Dragibus contiennent par exemple neuf additifs, dont un nocif (E131) et sont, sans surprise, trop sucrés (56 grammes). Un peu trop caloriques et un peu trop sucrées, les céréales spécial K feuilles de chocolat noir contiennent quelques additifs "douteux". Heureusement, l'appli vous propose parfois une alternative, plus ou moins convaincante : plutôt que des Dragibus, mangez donc des bonbons Stevi Drop à la réglisse ! 

Captures d\'écran de trois produits notés par l\'application Yuka.
Captures d'écran de trois produits notés par l'application Yuka. (YUKA.IO)

La note finale est pondérée de la manière suivante : 60% pour la qualité nutritionnelle, 30% pour les additifs et 10% sur le caractère biologique ou non du produit. L'application vous propose enfin un récapitulatif de votre alimentation des trente derniers jours, sous la forme d'un graphique de couleurs. Sur l'application iOS, vous avez également la possibilité de mettre de côté vos produits favoris.

Capture d\'écran de l\'application Yuka.
Capture d'écran de l'application Yuka. (YUKA.IO)

Enfin, si le produit scanné ne figure pas dans le répertoire de Yuka, vous avez la possibilité de le rentrer, en précisant scrupuleusement sa composition et en envoyant une photo du tableau nutritionnel. 

D'où viennent les données ?

Yuka ne fait en réalité que présenter de manière plus synthétique et esthétique le travail d'Open Food Facts (OFF), une base de données ouverte et collaborative lancée en 2012. En 2018, elle répertorie plus de 250 000 produits grâce aux utilisateurs. Ces informations sont recoupées et vérifiées par la communauté. 

C'est à partir de cette base de données que Yuka construit ensuite sa note. "Là où leur analyse se base uniquement sur la qualité nutritionnelle du produit, nous regardons également la présence d'additifs et le caractère biologique", explique Julie Chapon. Les deux systèmes s'auto-alimentent : si vous entrez un produit dans l'application Yuka, il sera intégré à la base de données OFF. "Nos utilisateurs envoient entre 1 500 et 2 000 contributions par jour sur Open Food Facts", assure la cofondatrice de Yuka. 

Des marques rémunèrent-elles l'application ?

Yuka est une application gratuite, qui "ne travaille avec aucune marque" alimentaire, précise sa cofondatrice. Pour rémunérer ses trois salariés et ses deux stagiaires, elle compte pour le moment sur les dons de ses utilisateurs et sur la vente d'un programme de nutrition sur 10 semaines (60 euros, 2 000 exemplaires vendus). "Mais le cœur de notre modèle économique est de développer des fonctionnalités payantes dans l'application", explique Julie Chapon. Une fonction pour noter ses produits cosmétiques et d'hygiène, ainsi qu'une détection personnalisée des allergènes et autres éléments qui peuvent être indésirables (gluten, lait de vache) sont en préparation. 

Est-ce fiable ?

La base de données d'Open Food Facts, sur laquelle repose Yuka, est reconnue par les experts du secteur. "Leur travail est vraiment solide et très sérieux, affirme à franceinfo Serge Hercberg, professeur de nutrition et concepteur du Nutri-score. Nous avons validé leur système d'attribution du Nutri-score, vérifié que c'était bien fait. Ce sont des gens désintéressés, qui font avancer les choses. Nous avons même fait des publications scientifiques à partir de leurs données." 

S'il n'a pas collaboré avec Yuka, Serge Hercberg voit d'un bon œil le développement de ce type d'applications. "Elles me paraissent utiles pour le consommateur, qui a ainsi accès à l'information, et pour faire pression sur les industriels, indique le médecin. J'espère que cela les incitera à mettre directement le Nutri-score sur leurs produits et que cela leur montrera qu'il est inutile, comme le font certains groupes, de proposer des alternatives pour torpiller cet indicateur." La bataille des étiquettes n'est pas terminée.