Amazon/Monoprix : un accord "symbolique" sur "un tout petit marché qui n'a probablement pas vocation à devenir très gros"

Le spécialiste de la grande distribution, Olivier Dauvers a estimé mardi sur franceinfo que l'accord entre Monoprix et Amazon "va représenter 10 à 15 millions d'euros de chiffres d'affaires" dans un "marché alimentaire à Paris qui représente 7 milliards d'euros."

Un magasin Monoprix à Dunkirk (Nord), le 27 mars 2018.
Un magasin Monoprix à Dunkirk (Nord), le 27 mars 2018. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

C'est une première pour un distributeur français. La chaîne de supermarchés Monoprix va vendre certains produits via le géant du commerce en ligne Amazon. Il s'agit d'un "tout petit marché qui n'a probablement pas vocation à devenir très gros", a nuancé mardi 27 mars sur franceinfo Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution. Selon lui, ces "formes de ventes" avec livraison à domicile "en une ou deux heures vont coûter plus cher" au consommateur. Olivier Dauvers estime que "la part des consommateurs, qui sont réellement prêts à surpayer leur approvisionnement alimentaire en payant une livraison est très faible." Ce partenariat entre Amazon et Monoprix "est symbolique", car "il va représenter 10 à 15 millions d'euros de chiffres d'affaires" dans un "marché alimentaire à Paris qui représente 7 milliards d'euros", minimise Olivier Dauvers.

franceinfo : Dans la guerre que se livrent les poids lourds de la grande distribution, la vente en ligne est-elle devenue l'enjeu numéro un ?

Olivier Dauvers : Au moins, en termes d'image. Il faut peut-être remettre l'église au centre du village. On est en train de parler d'un tout petit marché qui n'a probablement pas vocation à devenir très gros, mais qui cristallise beaucoup d'attention, parce qu'il est très symptomatique du bouleversement qu'on est en train de voir entre d'un côté le commerce en ligne et de l'autre le commerce physique. L'alimentaire est le parent pauvre du commerce en ligne à une exception près, qui est très française et qui s'appelle le drive et qui pèse déjà 6 milliards d'euros de chiffres d'affaires. Ce partenariat entre Monoprix et Amazon est un business qui va représenter peut-être 10 à 15 millions d'euros de chiffres d'affaires. Si je le compare au marché alimentaire à Paris qui représente 7 milliards d'euros, ce n'est pas énorme, mais c'est très symbolique.

Que représente ce partenariat pour un acteur comme Monoprix qui appartient au groupe Casino ?

Je pense que dans le cas de Casino, il y a un besoin de montrer que le groupe est à la manœuvre sur le terrain parisien qui est son coffre-fort. C'est là qu'il fait une bonne partie de ses résultats en France. Il est aujourd'hui menacé par Leclerc qui arrive depuis ce matin [mardi] avec les toutes premières livraisons. Casino a besoin de montrer qu'il a pris la mesure de ce danger-là et qu'il n'est pas passif par rapport à tous ses bouleversements qui sont à l'œuvre. Il y a évidemment un enjeu de communication. Quant à Amazon, le site est très faible sur l'alimentaire. Il a le grand dessein de dire que s'il arrive à livrer de l'alimentaire plusieurs fois par semaine, tout le reste en découlera. Amazon aura créé une habitude d'achat Par ailleurs, ce sont rarement les acteurs en place qui imaginent ou inventent la révolution à venir. C'est tellement difficile de bouger ses mastodontes. Un groupe comme Casino c'est 40 milliards d'euros de chiffres d'affaires, Carrefour c'est 80 milliards, ça ne se manœuvre pas comme des petites frégates. Ce sont de gros paquebots. Ce virage du numérique, ils l'ont pris beaucoup plus lentement que des start-up. Amazon par exemple, il y a 20 ans n'existait pas alors que Casino existe depuis 1898.

Quelles sont les conséquences de ce type de partenariat entre Monoprix et Amazon pour les consommateurs ?

Dans l'immédiat on est en train de lui proposer des formes de ventes qui vont lui coûter plus cher. Quand on est livré à domicile, qui plus est, en une ou deux heures. Il est inimaginable de penser que ça puisse se faire au même prix que lorsque vous allez dans un hypermarché en périphérie. C'est en ce sens que je minimise le potentiel commercial de ces annonces-là, car la part des consommateurs qui sont réellement prêts à surpayer leur approvisionnement alimentaire en payant une livraison est très faible. La livraison à domicile a commencé en France au moment du Minitel, il y a 30 à 35 ans. Quand on additionne tous les éléments, la livraison à domicile représente 500 millions d'euros de chiffres d'affaires alors que le drive réalise dix fois plus. La livraison à domicile est un petit marché.