Quel avenir pour le procès de l'affaire Mediator, après la mort de Jacques Servier ?

Le décès du président-fondateur des laboratoires Servier inquiète les victimes du Mediator.

Jacques Servier, le 21 mai 2013, à l\'ouverture du procès sur le Mediator, à Nanterre (Hauts-de-Seine).
Jacques Servier, le 21 mai 2013, à l'ouverture du procès sur le Mediator, à Nanterre (Hauts-de-Seine). (MARTIN BUREAU / AFP)

Jacques Servier, président-fondateur des laboratoires pharmaceutiques du même nom, est mort. Son décès, annoncé mercredi 16 avril, inquiète les victimes du Mediator, cet antidiabétique prescrit comme coupe-faim entre 1976 et 2009. Quid du procès, dans cette affaire, sans la présence de celui qui était poursuivi pour "tromperie aggravée" ?

Ce n'est pas la fin du scandale

Utilisé par cinq millions de personnes en France, le Mediator est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques. Il pourrait être responsable à long terme de 2 100 décès, selon une expertise effectuée dans le cadre d'une enquête judiciaire. La disparition de Jacques Servier ne signifie pas que ce scandale va tomber dans l'oubli.  

C'est ce que pense Irène Frachon, la pneumologue qui a dénoncé la première les effets du médicament des laboratoires Servier. "Le scandale du Mediator a révélé une culture de pharmaco-délinquance de l'entreprise Servier", a-t-elle jugé. Et de continuer : "Il reste à écrire la vraie histoire des laboratoires Servier, une entreprise liée à la personnalité de Jacques Servier marquée du sceau de l'influence, du secret, du complot, de la mégalomanie."

Les poursuites ne vont pas s'arrêter

Deux procédures sont en cours dans l'affaire Mediator et ne devraient pas être interrompues par la mort de Jacques Servier. Une première enquête porte notamment sur des faits de "tromperie, d'escroquerie et de trafic d'influence". Une seconde concerne des faits d'homicides et blessures involontaires. Les deux volets ont été joints début 2014 pour permettre la tenue d'un grand procès

"Cette mort était attendue avec une certaine appréhension de la part de ses victimes qui peuvent craindre que le processus de la justice s'arrêtera avec sa mort. Ce n'est pas le cas", a insisté Irène Frachon. "Si la personne a disparu, le nom de Jacques Servier et ses collaborateurs auront à répondre des crimes devant la justice. Les victimes doivent le savoir, la Justice ne s'arrête pas avec sa mort", a martelé la pneumologue brestoise.

 La tenue du procès pourrait être retardée

Le "grand procès du Mediator", attendu d'ici le premier semestre 2015 ou l'année 2016, ne sera pas annulé. Il se tiendra sans Jacques Servier. C'est pourtant la grande inquiétude des victimes du Mediator. Interrogée par Europe 1, l'une d'elles redoute qu'il n'aille pas jusqu'au bout : "J'espère que le procès va continuer parce qu'il n'y a pas que lui [Jacques Servier] qui était au courant de tout ça. Ça serait trop facile que tout s'arrête parce qu’il est plus là."

C'est aussi l'avis d'Irène Frachon. Sur BFMTV, elle concède simplement que la mort de Jacques Servier "va sans doute bousculer un peu le calendrier de la justice". Autrement dit, la date du procès pourrait être retardée.