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Vous en parlerez aujourd'hui. Notre-Dame : y aura-t-il assez de Compagnons du devoir (et de montreurs d'ours) pour reconstruire comme au Moyen Age ?

Tous les jours, Jean-Mathieu Pernin repère une info à partager, à la machine à café ou sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, le risque de pénurie de tailleurs de pierre, de charpentiers et de couvreurs capables de reconstruire à l'ancienne.

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Salle de menuiserie de l\'école des Compagnons du Devoir à Nîmes (Gard), le 8 mars 2019.
Salle de menuiserie de l'école des Compagnons du Devoir à Nîmes (Gard), le 8 mars 2019. (PHILIPPE THOMAIN / RADIO FRANCE)

Depuis le début de la semaine, certains s'inquiètent de la future pénurie d'ouvriers qualifiés pour reconstruire la cathédrale parisienne, Notre-Dame détruite par un incendie lundi 15 avril. Un cri d'alarme poussé par le responsable des Compagnons du devoir pas tout à fait vrai. Notre-Dame a résisté aux guerres, aux caprices des rois, à la colère du peuple... Elle a tout connu, le sacre d’un empereur, 25 présidents, un bossu amoureux, des millions de touristes, des selfies... Et pourtant elle est comme nous quand on démarre un chantier : elle ne trouve pas d’artisans.

La fameuse phrase "J'ai appelé monsieur Sanchez pour qu’il vienne réparer la fuite du lavabo, il m’a promis de passer dans la journée" – et c’est en fait une journée qui dure trois ans – pourrait s’appliquer à la dame de 850 ans. En effet, si nous reconstruisons à l’identique, a-t-on encore les savoirs et les apprentissages suffisant pour le faire ?

Depuis mardi, un homme donne une petite suée à ceux qui veulent reconstruire au plus vite. Il s’appelle Jean-Claude Bellanger, il est secrétaire général des Compagnons du devoir, l’élite en matière de métiers manuels. Il prévient que pour le chantier de Notre-Dame, il faudrait dès septembre 100 tailleurs de pierre, 150 charpentiers et 200 couvreurs. Or, précise Jean-Claude Bellanger, ces métiers attirent peu.

Un Puy-du-Fou en plein Paris

On voit tout de suite le symbole. C’est sur les chantiers des cathédrales qu’est née cette confrérie ouvrière des Compagnons du devoir. Et là, si on leur confiait le chantier de Notre-Dame, on serait dans une sorte de fil conducteur de l’histoire. Une sorte de Puy-du-Fou de proximité où l’on taillerait la pierre au milieu des montreurs d’ours, lorsqu’en visite sur le chantier Emmanuel Macron guérirait les écrouelles – car la peste aurait fait son retour. 

Un parc d’attraction moyenâgeux en plein Paris pour financer les travaux, pourquoi pas... Si les divers Compagnons du devoir ou du Tour de France peuvent gérer ce chantier vu leur formation, nous ne savons absolument pas s'il va leur revenir. Et comme le précise le journal Le Monde, qui s’est penché sur le sujet, tous les ouvriers travaillant sur un chantier des monuments historiques ne sont pas nécessairement compagnons. Ce sont les entreprises qui doivent être agréées quand elles interviennent sur ce type de chantier, pas les ouvriers. De plus, si tous les compagnons travaillent sur le chantier de Notre-Dame, ça voudrait dire que les autres chantiers de restauration historique seraient abandonnés. Difficile à imaginer.

Devra-t-on aller chercher des ouvriers étrangers et les former sur place ? Un sujet qui pose beaucoup de questions mais on peut déjà affirmer une chose, pour le chantier de Notre-Dame, monsieur Sanchez sera vraiment à l’heure.  

Salle de menuiserie de l\'école des Compagnons du Devoir à Nîmes (Gard), le 8 mars 2019.
Salle de menuiserie de l'école des Compagnons du Devoir à Nîmes (Gard), le 8 mars 2019. (PHILIPPE THOMAIN / RADIO FRANCE)