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Veillée d'armes en Thaïlande avant une manifestation à haut risque

Ce pays d'Asie du Sud-Est est secoué depuis l'été dernier par des manifestations régulières contre la monarchie et le pouvoir en place. Et le nouveau rassemblement s’annonce particulièrement tendu.  

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 De gros canards gonflables sont passés dans la foule alors que des manifestants pro-démocratie se rassemblent pour un rassemblement anti-gouvernemental à un grand carrefour de Bangkok, le 18 novembre 2020.
 De gros canards gonflables sont passés dans la foule alors que des manifestants pro-démocratie se rassemblent pour un rassemblement anti-gouvernemental à un grand carrefour de Bangkok, le 18 novembre 2020. (JACK TAYLOR / AFP)

Il ne faut pas se fier aux canards jaunes. Les gros canards jaunes gonflables en plastique sont des icônes de la pop culture en Asie et ils sont devenus l’un des emblèmes des manifestants. Mais derrière cette façade souriante, en réalité, cela se radicalise des deux côtés dans ce pays d’une taille et d’une population comparables à la France, 69 millions d’habitants. Du côté des manifestants, les leaders affirment qu’au bout de quatre mois de contestation, il n’y a plus de compromis possible avec le pouvoir.

Les opposants, beaucoup de jeunes, beaucoup de femmes, souvent vêtus de noir et pour la plupart issus des classes moyennes, défient désormais ouvertement la monarchie. Les insultes contre le roi, jusqu’à présent inimaginables en Thaïlande, prolifèrent dans les rassemblements.   De l’autre côté, les forces de l’ordre haussent le ton. Le Premier ministre estime que "les limites sont dépassées". Mardi 17 novembre, les policiers ont déjà utilisé abondamment les canons à eau et les gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, qui se sont d’ailleurs protégés avec les fameux canards gonflables. Des tirs à balle réelle, dont on ne connait pas l’origine, ont également fait 50 blessés dont 6 graves. Bref, le risque est élevé que la situation dégénère.  

La monarchie sur la sellette

À court terme, les manifestants demandent d’abord la démission du Premier ministre, Prayut Chan o Cha, qui est en fait un général arrivé au pouvoir après un coup d’Etat il y a 6 ans. Ils réclament aussi une réforme du système éducatif, des droits accrus pour la communauté LGBT et la légalisation de l’avortement : sur ce dernier point, ils sont en train d’obtenir gain de cause. Mais le sujet le plus sensible, c’est la monarchie. Elle fait traditionnellement l’objet d’une véritable vénération en Thaïlande. Et plus les jours passent, plus les manifestants la rejettent. Ils demandent désormais plus qu’une réforme, un abandon de la monarchie, avec une réécriture de la Constitution. Ce sujet était un tabou jusqu’à présent dans le pays. Il ne l’est plus. Et c’est en soi un bouleversement majeur.  

Le roi Rama X, est monté sur le trône il y a quatre ans est un personnage controversé. Il a cherché à renforcer son pouvoir en prenant le contrôle d’une partie de l’armée.  Mais il est surtout célèbre pour ses escapades en Allemagne et sa sexualité débridée. Depuis le 23 novembre, sur les réseaux sociaux en Thaïlande, ce qui fait jaser, ce sont les photos dénudées et sexuellement explicites de sa concubine, un temps emprisonnée mais qu’il a fait gracier. Malgré ses frasques, Rama X est notamment soutenu par des groupuscules ultra-royalistes, les Chemises jaunes. Et ces milices pourraient bien venir provoquer les manifestants. La Thaïlande n’est donc pas à l’abri d’une répression sanglante ou d’un nouveau coup d’État : le pays en a connu 12 depuis 1932, en moyenne un tous les sept ans. Et le dernier, c’était il y a 6 ans et demi.  

 De gros canards gonflables sont passés dans la foule alors que des manifestants pro-démocratie se rassemblent pour un rassemblement anti-gouvernemental à un grand carrefour de Bangkok, le 18 novembre 2020.
 De gros canards gonflables sont passés dans la foule alors que des manifestants pro-démocratie se rassemblent pour un rassemblement anti-gouvernemental à un grand carrefour de Bangkok, le 18 novembre 2020. (JACK TAYLOR / AFP)