Nouvelle escalade diplomatique entre l'Algérie et le Maroc avec la fermeture de l'espace aérien algérien

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La tension monte de jour en jour entre les deux pays. Dernier rebondissement en date : l’annonce par Alger de la fermeture de son espace aérien aux vols de toute nature liés au Maroc.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Tous les vols marocains sont désormais forcés de contourner l'espace aérien algérien. (PASCAL PAVANI / AFP)

Tous les avions sont concernés, civils comme militaires, qu'ils soient marocains ou simplement immatriculés au Maroc. La mesure a été annoncée le mercredi 22 septembre au soir à l’issue d’un Conseil de sécurité dirigé par le président algérien Abdemajid Tebboune. Même si les frontières aériennes de l’Algérie sont déjà en grande partie fermées depuis la mi-mars en raison de la pandémie, tous les vols marocains, notamment ceux de la compagnie Royal Air Maroc, sont désormais contraints de contourner l’espace aérien algérien. Cette décision possède surtout une forte portée symbolique. Une étape supplémentaire est donc franchie dans ce qu’il faut bien appeler une escalade entre les deux grands pays d’Afrique du Nord. L’affaire fait d’ailleurs la Une de la presse dans les deux pays. Il y a un mois tout juste, le 24 août, l’Algérie avait déjà rompu ses relations diplomatiques avec son voisin. Alger reproche à Rabat de "mener des actions hostiles" contre l’Algérie et qualifie donc cette mesure de "riposte".    

L'épine du Sahara occidental et la question d'Israël

La liste des contentieux est très longue entre les deux pays, et elle s’allonge. L’Algérie et le Maroc sont en contentieux depuis un demi-siècle, d’abord sur le dossier du Sahara occidental, ce territoire situé au sud du Maroc. Rabat considère que la souveraineté marocaine s’exerce sur cette ancienne colonie espagnole. De son côté, Alger soutient depuis longtemps l’autodétermination réclamée par le Front Polisario dans la région. Un conflit dans l’impasse, auquel s'ajoute désormais un désaccord sur l’attitude à tenir vis-à-vis d’Israël. Le Maroc fait partie des quelques pays arabo-musulmans à avoir normalisé ses relations diplomatiques avec Israël, sous pression américaine : Washington s’est engagé en échange à reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. À l’inverse, l’Algérie soutient la cause palestinienne. Enfin, Alger accuse le Maroc d’aider en sous-main les mouvements indépendantistes de Kabylie sur le sol algérien. Mais plus globalement, ce qui se joue c’est une rivalité régionale. Les deux pays se considèrent comme le pivot de la région. Ces dernières années, le Maroc a marqué des points, notamment sur le plan économique, pendant que l’Algérie s'est enlisée dans la fin de règne de Bouteflika et dans la contestation sociale.

La corde nationaliste

Aujourd’hui, le nouveau gouvernement algérien, et notamment le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, entend reprendre ses positions avec le risque d’un engrenage. Alger utilise aussi cette rivalité avec le voisin marocain à des fins de politique intérieure. C’est une vieille ficelle : faire vibrer la corde nationaliste pour ressouder le pays, et faire oublier les problèmes économiques et politiques et l’absence d’élections crédibles. Mais d’escalade en escalade cela peut aussi dégénérer. Nous ne sommes pas à l’abri d’incidents frontaliers ou bien de dommages collatéraux sur des pays tiers : le Mali, dans sa partie Nord, ou la Libye, autant de pays déjà très déstabilisés. Cette escalade inquiète, donc, et elle inquiète jusqu'à Paris.

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