Relations Algérie-Maroc : bientôt 60 ans de hauts et de bas

L’Algérie vient de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc. Un nouvel épisode des relations tumultueuses qui lient les deux pays depuis leur indépendance.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
La "Une" du journal algérien l'Expression du 25 août 2021, revient sur la rupture des relations diplomatiques entre Algérie et Maroc. (RYAD KRAMDI / AFP)

Le ministre algérien des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, le déclare en préambule, avant d’exposer en détails les motifs qui ont poussé l’Algérie à rompre ses relations diplomatiques. "Il est historiquement et objectivement établi que le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de mener des actions hostiles, inamicales et malveillantes à l’encontre de notre pays et ce, depuis l’indépendance de l’Algérie."

Des propos très durs qui illustrent une nouvelle fois les relations entre les deux pays. Depuis 1962, elles n’ont cessé de jouer les montagnes russes, alternant le chaud (jamais bouillant) et le froid (souvent glacial).

Mauvais départ

Alors que le Maroc a apporté son soutien au FLN durant la guerre d’indépendance, tout se complique par la suite. Le Maroc conteste les frontières tracées par la France. Hassan II, le jeune monarque, déclenche les hostilités en octobre 1963, et lance la "guerre des sables", afin de mettre la main sur la région de Béchar, à la limite nord-ouest du Sahara Algérien. Le conflit sera court, les combats s'arrêtent le 5 novembre 1963. Un cessez le feu définitif est déclaré trois mois plus tard, qui ne remettra pas en cause les frontières entre les deux pays.

On pouvait espérer un meilleur démarrage pour les relations entre les deux jeunes nations. Mais, malgré les morts, les deux pays parviennent à rédiger un "Traité de fraternité". Les relations se normalisent et une "Convention de délimitation des frontières" retient finalement le tracé hérité de la colonisation française.

L’épineuse question du Sahara occidental

L’Espagne quitte à son tour l’Afrique, et dès lors l’avenir de son ancien protectorat, le Sahara occidental, va devenir le caillou dans la chaussure des relations entre Rabat et Alger. Le Maroc revendique le territoire tandis que l’Algérie soutient le mouvement du Front Polisario qui réclame un Etat indépendant. En 1975, Hassan II lance la Marche verte qui se solde par l’annexion du Sahara occidental. 

Une manifestation de soutien à l'indépendance du Sahara Occidental se déroulait le 19 juin 2021 à Madrid. (JAVIER SEGOVIA / NURPHOTO)

Cette fois c’est Rabat qui, en 1976, rompt les relations diplomatiques avec son voisin pour le soutien qu'Alger apporte au Polisario. La brouille va durer 12 ans, et en 1988 les deux pays commencent enfin à normaliser leurs relations, qui sont loin d’être un fleuve tranquille.

Fermeture des frontières

En 1994, nouveau coup de théâtre à l’initiative de l’Algérie. Les frontières sont fermées entre les deux pays. A l’origine, il y a un attentat perpétré dans un hôtel de Marrakech par quatre hommes, trois franco-algériens et un franco-marocain. Deux touristes espagnoles sont tuées, une troisième touriste, française, est blessée.

Le Maroc impose alors un visa aux ressortissants algériens. Alger en fera de même pour les Marocains, en y ajoutant la fermeture des frontières terrestres entre les deux pays. Une mesure toujours en vigueur aujourd’hui qui ne fait que gêner les populations locales et entretenir des trafics en tout genre. Il y a 10 ans, le site Media 24 parlait déjà d’un immense gâchis.

Indépendance de la Kabylie et affaire Pegasus

Cette fois-ci le Ministre a exposé en détail, les actions marocaines qui ont poussé Alger à rompre ses relations diplomatiques : ingérence dans les affaires intérieures lors des incendies en Kabylie, soutien à Israël vu comme l’introduction "d’une puissance militaire étrangère dans le champ maghrébins", jusqu’à l’affaire Pegasus qui "a révélé au grand jour l’espionnage massif et systématique auquel ont été soumis des responsables et des citoyens algériens ciblés par les services de renseignement marocains."

"Cette toute dernière mesure est, dans les faits, davantage symbolique qu’effective. Elle ne va rien changer à des relations qui sont au point mort ", commente le site internet le 360, proche du pouvoir marocain.

Des deux côtés, c’est un fait, toutes les occasions sont bonnes, y compris les plus futiles, pour montrer sa différence. Il y a peu nous évoquions le sort des petits producteurs de dattes marocains de Figuig, devenus indésirables en Algérie (à quelques centaines de mètres), pour d’obscures raisons.

Pour de nombreux observateurs, la question du Sahara Occidental est le moteur de ces querelles sans fin entre les deux pays. Mais c’est aussi et peut-être surtout une question de leadership sur les pays d’Afrique du Nord.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Maroc

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.