L’Espagne confirme que le téléphone du Premier ministre Pedro Sanchez a été infecté par le logiciel espion Pegasus

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C’est la première fois, depuis que ce scandale a éclaté l’été dernier, que l’espionnage d’un responsable politique de ce niveau est officiellement confirmé. 

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez le 2 mai 2022 lors d'une visite à Siauliai (Lituanie) (PETRAS MALUKAS / POOL)

Les deux porte-parole du gouvernement Sanchez l’ont annoncé ce 2 mai au matin lors d’une conférence de presse exceptionnelle, organisée en hâte un jour férié, puisque ce 2 mai c’est férié en Espagne. La conclusion des services de renseignement espagnols est sans appel : le téléphone portable de Pedro Sanchez a bien été infecté à deux reprises en mai et en juin de l’année dernière, à chaque fois par le logiciel Pegasus. Si l’on en croit le grand quotidien El Pais, le montant des données dérobées est considérable, en particulier lors de la première intrusion : entre deux et trois giga-octets. Le téléphone portable de la ministre de la Défense Margarita Robles a également été brièvement piraté en juin dernier. Et tous les téléphones portables des autres membres du gouvernement sont en cours de vérification.

Madrid affirme ne pas savoir quelle est la nature des données récupérées, et en particulier leur degré de confidentialité. Mais en tout état de cause, ce sont "des faits d’une énorme gravité", selon l’un des porte-parole Felix Bolanos. Et il ajoute : "Nous avons des certitudes absolues sur le fait qu’il s’agit d’une attaque externe". En d’autres termes, d’un espionnage effectué par des services étrangers.  

Près de trois giga-octets piratés

Le gouvernement espagnol ne cite personne. Mais on pense spontanément au Maroc, l’un des principaux pays montrés du doigt dans ce gigantesque scandale d’écoutes téléphoniques, dévoilé l’été dernier par un consortium de médias internationaux dont la Cellule Investigation de Radio France. A l’époque du piratage du téléphone de Pedro Sanchez, l’Espagne et le Maroc étaient à couteaux tirés sur le dossier des migrants : Rabat avait délibérément laissé 8000 personnes rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. Avec le Mexique, l’Inde ou l’Arabie Saoudite, le Maroc fait partie des pays à avoir le plus utilisé le logiciel. Mais il nie catégoriquement les faits.

Au total, près de 50 000 personnes ont été visés par ce logiciel israélien Pegasus, essentiellement des dirigeants politiques, des journalistes, des chefs d’entreprises, des responsables d’ONG. Pegasus, une fois introduit dans un téléphone portable, permet d’accéder à toutes les messageries qui s’y trouvent, y compris les messageries cryptées comme Whatsapp. Le logiciel permet également de déclencher à distance le micro et la caméra du smartphone. Plusieurs enquêtes ont été déclenchées, dans plusieurs pays, en France par le parquet de Paris dès l’été dernier. Le Parlement européen a également ouvert une enquête en avril.    

Un embarras politique pour Madrid

Dans le cas de l’Espagne, c’est un peu l’arroseur arrosé, parce que le gouvernement espagnol est lui aussi soupçonné d’avoir utilisé Pegasus à l’encontre de 65 dirigeants ou militants de la cause indépendantiste en Catalogne entre 2017 et 2020. Là encore, le logiciel Pegasus a été repéré dans leurs téléphones portables. À Madrid, le gouvernement nie toute responsabilité. Une enquête interne a été ouverte au sein du Centre National du Renseignement Espagnol, le CNI. Evidemment les dirigeants catalans, Pedro Aragones et Carlos Puigdemont dénoncent un "deux poids deux mesures". Ils accusent le gouvernement espagnol de recourir aux mêmes méthodes d’espionnage que celles dont il se dit victime. C’est forcément embarrassant pour Madrid.    

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