Un monde d'avance, France info

L'alerte des ONG sur le renvoi des Rohingyas en Birmanie

Les autorités birmanes annoncent le début, la semaine prochaine, d'un processus de rapatriement des 700 000 réfugiés musulmans Rohingyas qui ont fui vers le Bangladesh voisin. Les ONG sont très inquiètes.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Des Rohingyas dans un bus pour les emmener dans un camp de réfugiés, le 3 décembre 2017. 
Des Rohingyas dans un bus pour les emmener dans un camp de réfugiés, le 3 décembre 2017.  (ED JONES/AFP)

"Ils ont fui l’enfer, on ne va quand même pas les y renvoyer !" Voilà ce que nous disait vendredi 9 novembre le responsable d’une ONG canadienne présente au Bangladesh. Au total, 42 ONG, dont Oxfam, Save the Children, Handicap International, Terre des Hommes, Care, Action Aid, ont lancé vendredi un appel commun pour stopper net le projet des autorités birmanes et bangladaises. Ce projet est simple : dès le milieu de la semaine prochaine débuterait une opération de rapatriement des Rohingyas qui ont fui le pays pour se réfugier au Bangladesh voisin. Rappelons que plus de 700 000 membres de cette minorité musulmane ont pris le chemin de l’exode depuis un an et demi pour échapper aux exactions commises contre eux par l’armée de la Birmanie, pays bouddhiste et nationaliste. Et la Birmanie affirme donc avoir conclu un accord avec le Bangladesh pour ouvrir la porte à un rapatriement progressif à compter de 150 personnes par jour à partir de mercredi prochain. Plus de 25 000 candidats au retour auraient, prétendument, été identifiés.

Une persécution sans fin

Mais les ONG ont de gros doutes, le mot est faible. Elles disent toutes que ce retour doit s’effectuer sur la base du volontariat et à la stricte condition que la sécurité des Rohingyas soit garantie en Birmanie. Et sur ce plan on est loin du compte. L’enquêteur spécial de l’ONU sur la crise des Rohingyas affirmait il y a 15 jours que la persécution continue. Marzuki Darusman, c’est son nom, prononce même les mots "génocide" et "crimes de masse", avec enfermement dans des camps, empêchement des naissances et discrimination généralisée. Le même enquêteur avait déjà, en septembre dernier, appelé à la saisine de la Cour pénale internationale, en vue de poursuivre les militaires birmans et peut-être même le prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, désormais au pouvoir. Les ONG sont catégoriques : les Rohingyas qui rentreraient en Birmanie seraient immédiatement cantonnés dans des camps dans l’État de Rakhine, situé à l’Ouest du pays. Des camps où plus de 120 000 d’entre eux sont déjà retenus dans des conditions extrêmement précaires.  

Île déserte et trafiquants d'êtres humains

La solution à cette crise n’est pas évidente, parce que le Bangladesh, de son côté, aimerait bien se débarrasser de ces 700 000 Rohingyas. Il faut dire que le Bangladesh est très peuplé (10 fois la densité de population de la France). Les autorités ont même envisagé de déplacer une grande partie de ces réfugiés sur une île déserte dans l’embouchure du principal fleuve de la région. Le projet est pour l’instant suspendu. Mais cela montre bien à quel point l’avenir des réfugiés Rohingyas est incertain. Nombre d’entre eux cherchent d’ailleurs désormais à fuir plus au Sud vers la Thaïlande et la Malaisie, mais dans ce cas ils se retrouvent aux mains de trafiquants qui souvent les abandonnent en pleine mer dans le golfe du Bengale.      

Des Rohingyas dans un bus pour les emmener dans un camp de réfugiés, le 3 décembre 2017. 
Des Rohingyas dans un bus pour les emmener dans un camp de réfugiés, le 3 décembre 2017.  (ED JONES/AFP)