Birmanie : la crise des Rohingyas "aurait pu être mieux gérée", affirme Aung San Suu Kyi

L'armée birmane aurait pu "mieux gérér" la crise des Rohingyas qui résulté dans l'exode au Bangladesh de 700 000 membres de cette minorité musulmane, a reconnu jeudi la dirigeante birmane.

Aung San Suu Kyi, au forum économique de Hanoï (Vietnam), le 13 septembre 2018.
Aung San Suu Kyi, au forum économique de Hanoï (Vietnam), le 13 septembre 2018. (YE AUNG THU / AFP)

Aung San Suu Kyi  s'est montrée imperméable aux accusations contre l'armée birmane venues des Nations unies. Fin août, l'ONU avait dénoncé un "génocide" de la minorité musulmane des Rohingyas. Tout juste la dirigeante birmane a concédé, jeudi 13 septembre, que les militaires auraient pu "mieux gérer" la crise, qui a conduit à l'exode au Bangladesh de 700 000 personnes depuis l'été 2017. "A posteriori, il y a, bien sûr, des façons dont la situation aurait pu être mieux gérée", a confié la prix Nobel de la paixen marge du forum économique à Hanoï (Vietnam).

Après des mois de blocage par le gouvernement birman, des fonctionnaires de l'ONU ont débuté mercredi une mission en Birmanie afin d'évaluer les conditions d'un éventuel retour des centaines de milliers de Rohingyas qui ont fui le pays. Cette mission intervient dans un contexte de grande tension entre la Birmanie et les Nations unies. Des enquêteurs de l'ONU avaient demandé en août que des poursuites soient engagées contre le chef de l'armée et cinq haut gradés.

La dirigeante directement visée par l'ONU

La Cour pénale internationale s'était ensuite déclarée compétente pour enquêter sur certains des crimes perpétrés. Aung San Suu Kyi est directement visée par le rapport des experts de l'ONU, qui déplore qu'elle n'ait pas utilisé son "autorité morale" pour tenter de faire cesser les atrocités.

En 2017, sous la menace de l'armée et de milices bouddhistes, plus de 700 000 Rohingyas ont fui le pays. Ils ont trouvé refuge dans d'immenses campements de fortune au Bangladesh. Un accord de rapatriement a été signé entre Dacca et Naypyidaw fin 2017, mais le processus est au point mort, les deux pays se rejetant mutuellement la faute. Les réfugiés rohingyas refusent, quant à eux, de revenir tant que leur sécurité et leurs droits ne seront pas garantis.

Le rapport complet des enquêteurs de l'ONU est attendu le 18 septembre et la Birmanie sera au centre des attentions lors de la prochaine assemblée générale des Nations unies.