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Guerre en Ukraine : comment expliquer le nombre élevé de généraux russes morts ?

Depuis le début du conflit, l'Armée rouge paie un lourd tribut humain : outre les soldats de base, de nombreux hauts gradés ont également été tués. Pour des raisons qui tiennent en bonne partie à l'organisation de l'armée russe.

Article rédigé par France Info - Jean-Marc Four
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, à Moscou le 26 mars 2022 (- / RUSSIAN DEFENCE MINISTRY)

Ils sont déjà sept officiers supérieurs à avoir été tués, si l’on en croit les autorités ukrainiennes. Moscou ne reconnaît que deux victimes, mais c’est déjà beaucoup. L’armée russe déployée en Ukraine ne compte qu’une vingtaine de généraux ou d’amiraux. Donc si on suit les chiffres donnés par Kiev, ça veut dire un tiers du haut commandement russe déjà mort au front. Pour donner un point de comparaison, lors de la guerre du Vietnam, les Etats-Unis avaient perdu une douzaine de généraux, mais sur dix ans.

La disparition la plus emblématique depuis le début, c’est sans doute celle de Vitali Guerassimov, chef d’état-major de la 41e armée, engagée au nord, entre Kiev et Kharkiv. Il a été tué il y a déjà un mois. C’était un officier très expérimenté, qui avait notamment servi en Syrie. Son adjoint, le major Andreï Soukohvetski, avait été tué peu avant. Le dernier en date, c’est Iakov Revantsev, lieutenant-général de la 49e armée, déployée au sud : il semble avoir été tué à Kherson, la seule ville prise à ce jour par les Russes.  

Communications mal cryptées et snipers professionnels

Alors comment expliquer ces morts en série de hauts-gradés ? La première raison tient à l’organisation de l’armée russe : très hiérarchisée, avec relativement peu de sous-officiers habilités à prendre des initiatives par eux-mêmes. Ça conduit les généraux à se rapprocher du front pour prendre les décisions quand il faut arbitrer face à un imprévu. Et là, c’est mécanique : le risque augmente d’être pris pour cible.

Deuxième raison: les Ukrainiens les visent délibérément. Le pouvoir ukrainien revendique cette stratégie : viser l’état-major russe pour mieux désorganiser l’ennemi. Une unité spéciale du renseignement militaire ukrainien est affectée à cette tâche. Elle dispose d’excellents snipers, nous précise un militaire français. Elle utilise aussi des drones pour viser ces hauts gradés. Et là encore, cette stratégie est rendue d’autant plus efficace que l’armée russe n’a pas fait preuve d’une grande prudence jusqu’à présent. Les véhicules des postes de commandement sont faciles à repérer : ils sont bardés d’antennes. Et en plus, ils sont trahis par leurs systèmes de communication, faiblement cryptés voire pas du tout. C’est d’ailleurs visiblement de cette façon, via ce talon d’Achille des communications radio, que le général Guerassimov a été repéré et tué près de Kharkiv.  

Plus de mercenaires et de miliciens

Ces morts de hauts gradés peuvent avoir un impact, changer quelque chose au cours de la guerre mais pas nécessairement dans le sens auquel on pense. En première intention, on se dit que l’armée russe peut rapidement manquer de généraux si le conflit, comme c’est probable, dure et s’enlise. Donc, vu le fonctionnement très hiérarchisé de cette armée, ça peut la paralyser. Mais d’un autre côté, le pouvoir et la société russes demeurent relativement insensibles aux pertes humaines.

Et surtout, pour pallier ces difficultés liées à un éventuel manque de hauts-gradés, Vladimir Poutine peut être tenté de développer le recours à des forces de volontaires, à des miliciens, à des mercenaires du groupe Wagner. Avec ce que cela implique de violence encore plus incontrôlable et incontrôlée contre les civils.  

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